LIVRE. Sous la chaleur de Feu sous cendres (1) de Jean-Bertin Mouankié

Feu sous cendres vient de me tomber dans les mains. Aussi, une nouvelle lecture de ma part de ces beaux et vibrants vers qui font encore écho à mon esprit serait une tautologie de ma part. Et je demanderais aux amateurs de poésie de plonger dans mon regard de préfacier de cette belle œuvre de Jean-Bertin Mouankié pour découvrir sa substantifique moelle. Feu sous cendre, unepoésie qui donne un autre souffle à l’écriture congolaise. Contrairement au moi natal qui, souvent influence les écrivains congolais en général dans leurs premières déclarations poétiques, l’incipit-texte de Jean-Bertin Mouankié emmène le lecteur à découvrir une réalité étrangère. Avec « J’ai visité Auschwitz », le poète nous plonge directement dans une page triste de l’histoire de l’humanité. Il réveille un souvenir pénible à revivre mentalement : l’enfer d’Auschwitz à travers un questionnement de l’auteur : « Et la prière assassinée / Est-elle loin du crime / Juste l’homme et l’hypocrisie ». Aussi, la tristesse et les malheurs deviennent presque permanents dans toute la première partie du recueil. Et c’est l’Afrique qui est peinte à travers un tableau lugubre où tout est sombre comme le précise le poète : « Du fond / De mon Afrique / Broyait mes tripes / Leur échobruyant / Sons démoniaques » Contrairement à certains poètes qui essaient de « dessiner » le côté positif du continent, Jean-Bertin Mouankié est le poète qui tire plutôt vers le bas pour attirer l’attention de ses compatriotes, e, particulier, et de tous les Africains en général, qui ne devraient pas être ce qu’ils sont : « Regardez-les / Avec leur raison / Conçue en pleine lune / Ils sont juste vampires » La poésie de Jean-Bertin Mouankié ne se lit plus, mais se vit avec un esprit mathématique qui définit le rationnel, souvent qui se révèle paradoxalement en porte-à-faux par le rationnel du langage poétique. Et cela se remarque dans « La sauce africaine ». Le poète se retrouve devant la présence voilée de ses compatriotes qu’il décrit dans une position sui semble se marier avec l’anonymat sociétal. Aussi, ces derniers qu’il nomme anonymement par « ces gens-là » constituent une classe hors-norme : « Regardez-les (…) / C’est comme ça / Qu’ils cachent / Leur patriotisme » Et l’anonymat se révèle aussi dans le personnage du révolté qui se dresse devant le poète avec des pronoms personnels tels « lui », « il », « on » qui reviennent sans cesse au cours de l’évocation. La poésie de Jean-Bertin Mouankié apparait comme un théâtre d’obscurs souvenirs ; aucune lumière n’éclaire le destin du poète malgré la marche du soleil qu’il essaie de mettre en exergue dans »le mauvais berger » comme on peut le vivre dans les vers ci-après : « L’humanité est dans un abîme acratique / La minorité et le trop plein / La majorité et les peines / Et ça continue ce théâtre / Ailleurs : le soleil est lent » Mais revient chez le poète l’image du pays d’accueil avec la nostalgie que lui procure la neige et lui rappelle le dernier voyage d’une tierce personne qu’il ne cite jamais : « Il me fallait une prière / Pour retrouver les sentiers / De sa tombe / Comme neige / Sur la plage / D’encre pleine » Mais, comme tout poète, Jean Bertin Mouankié se voit rattrapé par l’image de la femme à travers quelques-unes de ses dimensions universelles. Un souvenir de joie et de bonheur revient dans l’esprit du poète par l’intermédiaire de l’évocation d’une partie de danse : « Elle n’avait pas attendu, hélas / La fin de ce bal / Terminé par cette valse » Jean-Bertin Mouankié se souvient de ses premiers pas dans l’ancre de l’Amour où les premiers éclats des sentiments envers la fille que l’on croit aimer grandement reviennent souvent dans l’esprit du poète : « Pour qu’elle ne passât pas / Je m’étais fait sérénade / Ruissellement de doux verbe… » Mais l’amour a parfois des surprises qui blessent l’homme. Et c’est dans « Peines d’amour » que cela se ressent : « Laisse-moi panser tes plaies / Ces amours brisés empilés » Et c’est dans la dernière partie du recueil que ce sentiment d’amour se marie avec la nature à travers l’image de la pluie dans le poème intitulé « Liberté ». Feu sous cendre, une poésie qu’il faut lire et relire pour se rendre compte des métamorphoses de la poésie congolaise avec les hérauts de la nouvelle génération qui s’appuient sur l’écho lyrique de leurs aînés pour créer leur propre cheminement poétique. Et Jean-Bertin Mouankié fait partie de ces jeunes poètes « révolutionnaires ». Noël Kodia-Ramata