SENEGAL. La grande lessive du parapublic : quand le gouvernement Sonko sort enfin la serpillière

SENEGAL. La grande lessive du parapublic : quand le gouvernement Sonko sort enfin la serpillière

PARLONS-EN. Pendant des années, le secteur parapublic sénégalais ressemblait à une vieille maison de famille : des pièces ajoutées au fil du temps, des portes qui ne mènent nulle part, des couloirs administratifs où l’on se perd, et surtout une facture d’entretien que personne n’ose regarder de trop près. Puis un jour, quelqu’un a décidé d’ouvrir les fenêtres, de faire entrer la lumière… et de sortir la serpillière. La rationalisation du secteur parapublic n’est pas une simple opération cosmétique. C’est une véritable chirurgie administrative, presque une opération à cœur ouvert sur un organisme public qui, à force de multiplier les entités, les conseils, les agences et les structures parallèles, avait fini par ressembler à un mille-feuille institutionnel. Le premier coup de balai est spectaculaire : 19 entités budgétaires seront supprimées. Dix-neuf. Autant de bureaux, de conseils d’administration, de lignes budgétaires et parfois de fauteuils confortables qui disparaissent du paysage administratif. Une décision qui, dans certains salons de la République, a dû provoquer quelques étourdissements. Mais le ménage ne s’arrête pas là. L’État a également entrepris l’apurement d’une dette de 2,6 milliards, comme pour rappeler une vérité simple : les dettes publiques ne disparaissent pas par magie, même lorsqu’elles sont dissimulées derrière des acronymes technocratiques. Dans le même temps, dix entités stratégiques seront repositionnées. Traduction : on arrête de créer des structures pour se donner l’illusion d’agir, et on renforce celles qui doivent réellement produire des résultats. C’est aussi l’heure de la discipline administrative : renforcement du contrôle, de l’évaluation et harmonisation des grilles salariales. Autrement dit, fini du moins sur le papier, les salaires qui varient d’une agence à l’autre comme les prix au marché Sandaga. Et puis il y aura le redéploiement des 982 agents. Une manière élégante de dire que les compétences doivent enfin être utilisées là où elles servent vraiment, et non là où les organigrammes les avaient oubliées. Le résultat, lui, est chiffré : plus de 55 milliards d’économies nettes sur trois ans. Une somme qui, dans un pays où chaque franc public est observé avec la loupe du contribuable, n’a rien d’anecdotique. L’État y gagne en crédibilité financière, avec des finances assainies. Les citoyens, eux, héritent, espérons-le, d’une administration plus lisible, débarrassée de ses doublons et de ses labyrinthes bureaucratiques. Car la véritable révolution est peut-être là : mettre fin à la culture du doublon administratif, cette étrange tradition nationale où deux structures peuvent tranquillement faire le même travail… sans que personne ne s’en étonne. Avec cette réforme, le message est clair : chaque franc public doit désormais être investi là où il est utile, et non là où il est simplement possible de le dépenser. Les 28 milliards économisés et réinvestis dans des secteurs prioritaires vont devenir ainsi le symbole d’une souveraineté budgétaire retrouvée. Et sur le plan social, la réforme prétend corriger un vieux mal sénégalais : les disparités salariales injustifiées, qui faisaient parfois d’un agent parapublic un privilégié administratif pendant que son voisin fonctionnaire regardait son bulletin de salaire avec résignation. Enfin, la promesse ultime : une administration plus agile, capable de répondre plus rapidement aux besoins des populations. Une promesse qui, au Sénégal comme ailleurs, constitue le test ultime de toutes les réformes publiques. Car dans ce pays, les citoyens ont vu passer tant de “grandes réformes” qu’ils ont développé un réflexe salutaire : applaudir poliment… puis attendre les résultats. Mais si cette rationalisation tient ses promesses, elle pourrait bien marquer la fin d’une époque : celle où l’État ressemblait à une hydre administrative, multipliant les têtes budgétaires pendant que la caisse publique soupirait. Et pour une fois, la plaisanterie pourrait être prise de court par la réalité : celle d’un État qui découvre qu’en coupant les excès bureaucratiques, on gagne non seulement de l’argent… mais aussi un peu de respect. Par Malick BA Journaliste