Soudan : des familles ayant fui El Fasher racontent la violence et leurs conditions de vie insoutenables

Après des mois de violents combats, des milliers de familles fuient la ville d’El Fasher depuis plusieurs semaines et se réfugient à Tawila, où elles arrivent épuisées, affamées et démunies. Les équipes du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui leur viennent en aide indiquent que leur nombre ne cesse d’augmenter chaque jour, la violence, le manque de nourriture et l’effondrement des services de santé poussant toujours plus de civils à fuir. Les personnes qui arrivent d’El Fasher racontent les attaques et les scènes de panique dont elles ont été témoins tandis qu’elles quittaient la ville. Jamila Ismail, une mère de sept enfants, explique avoir désespérément cherché son fils Ibrahim à la suite d’une attaque au cœur d’un marché local : « Je craignais qu’il ait été tué », raconte-t-elle. « Je l’ai cherché parmi les corps. Il y avait des cadavres partout. Le chaos régnait. C’était horrible. Des blessés gémissaient et appelaient à l’aide, mais personne ne leur prêtait attention. Chacun s’occupait en priorité des personnes qu’il connaissait. J’ai continué à chercher mon fils. En vain. » Elle l’a finalement retrouvé, en vie mais gravement blessé. Il avait été transporté dans l’une des rares structures médicales encore opérationnelles de la ville. Avec l’aide d’un voisin, Jamila et les siens ont réussi à quitter El Fasher. Ils ont trouvé refuge à Tawila, comme des milliers d’autres civils eux aussi confrontés à la mort, à la violence et à l’angoisse d’être sans nouvelles de leurs proches. Tawila est rapidement devenue l’épicentre de la réponse humanitaire dans l’État du Darfour Nord, les camps de fortune de la ville absorbant chaque jour des centaines de nouveaux arrivants originaires d’El Fasher. Les conditions de vie à Tawila sont très difficiles : s’approvisionner en eau et en nourriture, trouver un abri, se soigner est un combat quotidien pour les familles. Hussein Ibrahim Rasool, coordinateur adjoint « sécurité économique » du CICR au Soudan, témoigne de l’ampleur de la crise : « Des milliers de familles ont été contraintes d’abandonner leur foyer à cause du conflit. Elles ont trouvé refuge ici, à Tawila, et d’autres continuent d’affluer chaque jour. Il s’agit essentiellement de femmes, d’enfants et de personnes âgées. Toutes ces personnes sont en situation d’extrême vulnérabilité, dans l’impossibilité de subvenir à leurs besoins essentiels. Elles sont affamées, déshydratées, traumatisées et épuisées. Certaines sont blessées ou malades, et n’ont parfois plus de nouvelles de leurs proches. » À Tawila, le CICR a intensifié ses activités humanitaires afin de répondre aux besoins essentiels des communautés affectées. En coopération avec le Croissant-Rouge soudanais, les équipes du CICR ont déjà fourni une aide financière à 10 000 familles déplacées – soit près de 60 000 personnes au total – et renforcent actuellement l’assistance destinée aux nouveaux arrivants de manière à venir en aide à 12 000 ménages supplémentaires – soit environ 72 000 personnes. Cette assistance consiste également à fournir des articles médicaux essentiels et une aide opérationnelle à l’hôpital soutenu par MSF ainsi qu’aux centres médicaux des environs (matériel de pansement, incitations financières et contributions aux coûts de fonctionnement). Le CICR a enregistré près de 7000 cas de disparition dans le cadre du conflit en cours au Soudan. Avec l’aide du Croissant-Rouge soudanais, il a facilité des centaines d’appels téléphoniques entre des familles réfugiées à Tawila et leurs proches, les aidant ainsi à maintenir le contact. CICR
Maroc. La grande crainte des familles face à l’inflation persistante

La rentrée des classes avec son lot de fortes dépenses C’est la hantise de nombreuses familles : à quelques jours de la rentrée scolaire, synonyme de fortes dépenses, l’inflation continue de sévir. Malgré un ralentissement de son rythme, constaté au cours des derniers mois, la situation est loin d’apaiser les inquiétudes des ménages qui voient dans la poursuite de la hausse des prix une pression supplémentaire sur leur budget. Compte tenu de son impact sur le pouvoir d’achat, cette évolution n’est pas pour plaire aux ménages dont 80,9% déclaraient une dégradation du niveau de vie au cours des 12 derniers mois, selon les résultats de l’enquête de conjoncture menée par le Haut-Commissariat au plan (HCP) auprès de ces derniers au premier trimestre de l’année 2025. D’après cette enquête, 53% d’entre eux avaient déclaré s’attendre à une dégradation du niveau de vie au cours des 12 prochains mois. Ainsi, « le solde d’opinion sur l’évolution future du niveau de vie est resté négatif à moins 46,3 points, contre moins 46,1 points au trimestre précédent et moins 47,3 points au même trimestre de l’année passée », avait conclu l’institution publique dans sa note d’information d’alors. A cette perception négative, s’ajoute en outre celle du chômage. En effet, au premier trimestre de 2025, 80,6% des ménages s’attendent à une hausse du chômage au cours des 12 prochains mois. A propos de l’inflation, selon les chiffres publiés par le Haut-Commissariat au plan (HCP), comparé au même mois de l’année précédente, l’indice des prix à la consommation (IPC) a enregistré une hausse de 0,5% au cours du mois de juillet 2025. Bien qu’elle ait légèrement évolué, il s‘agit tout de même du septième mois consécutif de hausse de l’année 2025. En effet, cette progression fait suite à celles enregistrées au cours des six précédents mois : juin (0,4%), mai (0,4%), avril (0,7%), mars (1,6%), février (2,6%) et janvier (2%). Sans vouloir paraître pessimiste, il ne faut pas se faire trop d’illusions : rien n’augure pour l’instant une inversion radicale de cette tendance au cours des mois restants de l’année. Et quand bien même cela surviendrait, les charges inhérentes à la rentrée des classes auront déjà impacté le porte-monnaie de nombreux ménages. En d’autres termes, ceux-ci n’en tireraient pas un réel bénéfice. D’après l’institution publique, l’évolution des prix est la « conséquence de la hausse de l’indice des produits alimentaires de 0,9% et de celui des produits non alimentaires de 0,2% ». S’agissant des produits non alimentaires, les variations allaient d’une baisse de 2,9% pour le «Transport» à une hausse de 3,4% pour les «Restaurants et hôtels». Cependant, comparée au mois de juin 2025, l’inflation a connu une baisse de 0,1% résultant de la baisse de 0,5% de l’indice des produits alimentaires et de la hausse de 0,2% de l’indice des produits non alimentaires, a fait savoir le HCP. Ainsi, d’après les données recueillies, entre juin et juillet 2025, le Haut-Commissariat a relevé des baisses des produits alimentaires, principalement au niveau des «Légumes» (4,7%), des «Fruits» (0,9%), des «Huiles et graisses» (0,5%), du «Pain et céréales» (0,3%) et des «Viandes» (0,1%). D’après ces chiffres, les baisses les plus importantes de l’IPC ont été enregistrées à Meknès (0,7%), à Guelmim (0,6%), à Laâyoune et Settat (0,5%), à Oujda (0,3%), à Marrakech, Rabat, Safi et Béni-Mellal (0,2%). A l’inverse, les prix ont augmenté de 2,7% pour le «Lait, fromage et œufs», de 0,6% pour le «Café, thé et cacao» et de 0,4% pour les «Poissons et fruits de mer». Pour les produits non alimentaires, la hausse a concerné principalement les prix des «Carburants» avec 3,5%. Les hausses ont été enregistrées à Errachidia, à Al-Hoceima et à Tétouan avec respectivement 0,8%, 0,4% et 0,2%. Alain Bouithy
8% des familles des pays les plus pauvres sont contraintes d’emprunter de l’argent pour financer la scolarité de leurs enfants

Le nouveau Rapport mondial de suivi sur l’éducation 2021/2, présenté mardi 14 au Forum RewirEd à Dubaï, révèle qu’à l’échelle mondiale, une famille sur six doit épargner pour acquitter les frais de scolarité, tandis que 8 % des familles de pays à revenu faible ou intermédiaire sont contraintes d’emprunter de l’argent pour financer la scolarité de leurs enfants. Dans certains pays comme l’Ouganda, Haïti, le Kenya et les Philippines, 30% des familles doivent emprunter pour financer l’éducation de leurs enfants. Le rapport appelle les gouvernements à honorer leur engagement à garantir un accès gratuit à un an d’enseignement pré-primaire et à douze ans d’enseignement primaire et secondaire pour tous. De nouvelles données ont permis de constater que les coûts de l’éducation pèsent de manière disproportionnée sur les ménages dans les pays les plus pauvres. Dans les pays à revenu faible et intermédiaire inférieur, les ménages assument 39 % du coût de l’éducation, le gouvernement prenant en charge le reste, contre seulement 16 % dans les pays à revenu élevé. L’éducation publique a encore de nombreux coûts cachés. Environ un tiers des dépenses d’éducation des ménages dans les pays à revenu faible et intermédiaire provient des ménages ayant des enfants scolarisés dans des écoles publiques. Une analyse portant sur une centaine de pays à revenu faible ou intermédiaire entre 2009 et 2020 a révélé qu’en moyenne, 3,2 % des dépenses financières des ménages étaient consacrées à l’éducation. Au Ghana, la part des dépenses consacrées à l’éducation est non seulement la plus importante au monde, mais elle est également passée de 8,9 % en 2005/06 à 13,1 % en 2016/17. Une grande partie des coûts est due aux uniformes et aux autres fournitures scolaires, qui représentent près des deux cinquièmes du montant que les ménages consacrent à l’éducation dans 15 pays à revenu faible ou intermédiaire. « Nous avons sous-estimé à quel point les familles paient encore pour l’éducation alors que, selon les gouvernements, celle-ci devrait être gratuite », déclare Manos Antoninis, directeur du Rapport mondial de suivi sur l’éducation. « En outre, l’impact de la COVID-19 a encore réduit les budgets familiaux. En conséquence, beaucoup n’ont tout simplement pas les moyens d’acquitter les frais de scolarité. Les Etats doivent se pencher de plus près sur les montants que les familles déboursent. Ils doivent s’attacher à garantir la gratuité de l’enseignement au point d’accès – et à faire en sorte que les plus pauvres ne soient pas privés d’un enseignement de qualité. » Le Rapport GEM met en garde contre le fait que, sans amélioration de la réglementation, les choix en matière d’éducation privée, tels que les écoles privées ou les cours particuliers, font augmenter ces coûts pour les ménages. Si 3,2 % des dépenses des ménages sont consacrées à l’éducation en moyenne dans le monde, ce chiffre atteint 6 % dans les pays où le pourcentage d’écoles privées est élevé, comme Haïti et le Liban, et dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne, dont le Rwanda, l’Ouganda et la Zambie. Les coûts font que certaines possibilités d’éducation sont inaccessibles aux personnes défavorisées. Ainsi, alors que les ménages les plus pauvres ne déboursent pratiquement rien pour l’éducation en Argentine, au Costa Rica, aux Philippines et en Zambie, les 20% les plus riches dépensent entre 0,5% et 1,7% du PIB de leur pays. De nombreux ménages paient également pour des cours particuliers de complément, notamment pendant les fermetures d’écoles, ce que beaucoup de personnes parmi les plus défavorisées ne peuvent se permettre. En Égypte, en proportion des dépenses moyennes par habitant, parmi les élèves qui suivent un enseignement secondaire général, la moitié environ était consacrée aux cours privés par les plus riches et un tiers par les plus pauvres. Au Myanmar, 42% des dépenses des ménages consacrées à l’éducation étaient affectées au soutien scolaire. Pourtant, à l’heure actuelle, près de la moitié des pays ne réglementent pas du tout cette pratique. Aujourd’hui, moins de trois quarts des pays réglementent le montant des frais facturés par les écoles privées, qui contribuent à la charge supportée par les ménages. La plupart des établissements secondaires privés tirent au moins 80 % de leurs revenus des droits d’inscription dans 28 des 51 systèmes éducatifs des pays à revenu intermédiaire supérieur et à revenu élevé. Dans les pays à revenu faible et intermédiaire inférieur, les parents en situation de grande précarité ont recours à diverses stratégies pour faire face aux dépenses liées aux écoles privées. Les parents les plus précaires au Kenya et dans d’autres pays à revenu faible ou à revenu intermédiaire inférieur doivent souvent se rabattre sur des écoles non homologuées et moins chères, mais dont les équipements sont souvent médiocres et l’enseignement de moins bonne qualité. Recommandations : Redoubler d’efforts pour garantir l’accès gratuit et financé par des fonds publics à une année d’enseignement pré-primaire et 12 années d’enseignement primaire et secondaire. Les Etats doivent mesurer les dépenses d’éducation à l’aide d’enquêtes sur les revenus et les dépenses des ménages. En effet, les Etats ne prêtent souvent attention qu’aux seuls paiements formels. Ils détournent souvent le regard d’autres coûts moins bien documentés qui aggravent les inégalités, tels que les cours particuliers de complément. L’efficacité des politiques qui ont pour but de concentrer les ressources sur les apprenants défavorisés doit être évaluée et non présupposée. Renforcer la capacité des Etats à surveiller et à appliquer les réglementations. Les Etats doivent établir une relation de confiance avec les prestataires non étatiques, en les encourageant à se faire homologuer, en éliminant l’arbitraire des règles et en leur communiquant des incitations adaptées pour qu’ils gèrent efficacement leurs écoles dans l’intérêt des apprenants. Global Education Monitoring (GEM) Report, UNESCO.