L’élite politique jeune en Afrique : le cas du Cameroun et du Sénégal

L’élite politique jeune en Afrique : le cas du Cameroun et du Sénégal

TRIBUNE. Au Cameroun, quatre des douze candidats à la prochaine élection présidentielle d’octobre ont moins de cinquante ans. Mais contrairement au Sénégal, cette jeunesse politique peine à fédérer sa génération. La question c’est pourquoi? Au Sénégal, la nouvelle élite politique s’est imposée par la combativité, la cohérence et une opposition frontale au pouvoir. L’exemple d’Ousmane Sonko est révélateur : sa notoriété ne s’est pas seulement bâtie sur ses positions contre la Françafrique, mais surtout sur sa fermeté et ses actions déterminées face au régime de Macky Sall. Il n’a jamais hésité à mobiliser la rue, au prix de son intégrité et de sa liberté. Ses multiples arrestations, largement médiatisées, n’ont pas entamé sa détermination. Au contraire, elles ont renforcé l’image d’un leader prêt à tout sacrifier pour le changement. Son discours, sa pugnacité et son projet de société clair ont trouvé un écho profond auprès de la jeunesse sénégalaise. Aujourd’hui, lui et ses compagnons incarnent le renouveau politique au sommet de l’État. Au Cameroun, la situation est bien différente. L’élite politique jeune apparaît amorphe, complaisante, parfois même en connivence avec le régime qu’elle prétend combattre. Loin de risquer leurs privilèges, beaucoup préfèrent la posture confortable des plateaux de télévision climatisés, multipliant des déclarations alambiquées et soignant leur image. Mais rares sont ceux qui assument une véritable opposition, alors même que le contexte s’y prête. La réalité est simple : nous vivons en dictature. Et une dictature ne se renverse pas par des discours creux. Elle exige de la détermination, de la mobilisation et du courage. Elle exige qu’on descende dans la rue pour défendre les droits des citoyens et qu’on refuse le silence face au déclin du pays. L’exemple sénégalais rappelle que le changement n’est pas le fruit de la complaisance, mais celui de l’engagement, du sacrifice et de la conviction. Tant que la jeunesse politique camerounaise ne l’aura pas compris, elle restera spectatrice d’un pouvoir qu’elle dit vouloir combattre, mais qu’en réalité elle consolide par son inaction. Par Teddy Patou Journaliste et animateur radio