Depuis 2010, les économies des « marchés frontières » enregistrent des performances inférieures à leur potentiel

La progression des investissements y a été divisée par deux, une baisse plus marquée que dans les autres économies à faible et moyen revenu Selon une nouvelle étude de la Banque mondiale, les marchés dits « frontières » — un ensemble composé principalement d’économies à revenu intermédiaire considérées comme des terrains d’essai pour les champions économiques de demain — ne sont pas globalement parvenus à concrétiser leur potentiel au cours des dernières décennies. La progression des investissements par habitant depuis le début des années 2020 n’y atteint même pas en moyenne la moitié de son niveau des années 2010. L’expérience des marchés frontières les plus performants livre toutefois des enseignements pour les 56 économies qui composent actuellement ce groupe. Pour les investisseurs internationaux en quête d’opportunités au-delà des économies à revenu élevé, les marchés frontières représentent le milieu du spectre : ils sont généralement moins étroitement intégrés aux marchés financiers mondiaux que les marchés émergents, mais davantage que d’autres économies en développement qui n’appartiennent ni à la catégorie « émergente » ni à la catégorie « frontière ». La création de ces deux classes d’actifs dans les années 1980 et 1990 — une initiative à laquelle le Groupe de la Banque mondiale, via la Société financière internationale (IFC), a largement contribué — a permis d’orienter des flux d’investissements privés considérables vers les « À l’exception d’une poignée d’économies qui se sont hissées, au cours des 25 dernières années, dans la catégorie investissement des agences de notation financière, les marchés frontières pourraient bien constituer la plus grande déconvenue en matière de développement économique, affirme Indermit Gill, économiste en chef et premier vice-président du Groupe de la Banque mondiale pour l’Économie du développement. Les habitants des marchés frontières sont, en moyenne, plus instruits et vivent plus longtemps que ceux des autres économies en développement. Leurs politiques publiques et institutions sont de meilleure qualité. Certains d’entre eux sont dotés de ressources naturelles abondantes. Mais les marchés frontières n’ont pas transformé ces atouts en progrès — et ils demeurent, dans le monde en développement, ceux qui peuvent donner des résultats le plus facilement et rapidement possible. Les marchés frontières comptent aujourd’hui 1,8 milliard d’habitants (soit un cinquième de la population mondiale) et devraient en abriter près de 800 millions de plus au cours des 25 prochaines années, soit davantage que le reste du monde réuni. Plus d’un tiers d’entre eux se situent en Afrique subsaharienne. Beaucoup sont riches en minerais indispensables aux nouvelles technologies liées aux énergies renouvelables, aux télécommunications et à l’électronique grand public. Leurs institutions sont souvent plus robustes que celles des autres économies en développement. De plus, les marchés frontières présentent un attrait particulier pour les investisseurs : ces 25 dernières années, la dynamique des actions sur ces marchés s’est révélée en grande partie découplée des conditions financières mondiales, qui n’expliquent qu’une fluctuation des rendements sur huit, contre une exposition bien supérieure dans les économies avancées ou les marchés émergents. « Ces économies joueront un rôle déterminant pour relever le défi de l’emploi dans le monde en développement, car elles abriteront près d’un cinquième des 1,2 milliard de jeunes qui y atteindront l’âge de travailler dans la prochaine décennie, souligne M. Ayhan Kose, économiste en chef adjoint du Groupe de la Banque mondiale et directeur de la cellule Perspectives. Les marchés frontières les plus performants ont suivi des trajectoires diverses, mais ils présentent un certain nombre de stratégies communes : des politiques propices à la croissance, des infrastructures favorisant l’investissement, une gestion des finances publiques plus rigoureuse et un cadre institutionnel qui attire l’investissement privé. Ces stratégies ont été payantes : le revenu par habitant dans le premier quartile a presque quadruplé ces 25 dernières années. » Plus généralement, toutefois, les marchés frontières ont en moyenne peu progressé depuis 2000 dans leur capacité à attirer des investissements. Le rythme de croissance des investissements par habitant dans ces économies s’est essoufflé ces 25 dernières années, pour tomber à 2 % dans les années 2020, soit moins de la moitié du niveau enregistré au cours des deux décennies précédentes. Les marchés frontières ne représentent aujourd’hui que 3,1 % des flux mondiaux de capitaux, et moins de 5 % de la production économique mondiale. Les économies frontières ont accompli des avancées politiques considérables sur le plan de l’ouverture de leurs marchés financiers : leur degré d’ouverture atteint désormais environ la moitié de celui des économies avancées, contre environ un cinquième seulement en 2000.Dans la pratique, cependant, le développement des marchés financiers a été timide. Les marchés en monnaie locale, par exemple, restent relativement sous-développés et les banques et institutions financières nationales ont tendance à accorder moins de crédit aux ménages et aux entreprises privées que dans les économies émergentes. Une discipline budgétaire plus rigoureuse sera déterminante pour permettre aux économies frontières de concrétiser leur potentiel dans les années à venir. La part des dépenses publiques dans le PIB a augmenté, tandis que les recettes ont stagné. Cette situation a entraîné une aggravation du fardeau de la dette et une hausse des défauts de paiement. Actuellement, le niveau des paiements nets d’intérêts sur la dette dans un marché frontière type, qui s’élève à environ 2,5 % du PIB, est supérieur à celui observé dans les marchés émergents ou les autres économies en développement. Près de 40 % des marchés frontières ont connu au moins un défaut de paiement entre 2000 et 2024. Depuis la pandémie de COVID-19, ces économies cumulent plus de défauts de paiement que tous les autres pays réunis. Plusieurs marchés frontières sont toutefois parvenus à surmonter ces écueils. Le Viet Nam, l’un des pays les plus pauvres du monde au tournant du siècle, se classe désormais parmi les dix économies les plus dynamiques des 25 dernières années. Après la guerre civile des années 1990, le Rwanda s’est affirmé comme l’une des réussites économiques phares de l’Afrique subsaharienne, en s’appuyant largement sur le tourisme et d’autres secteurs des services. Par ailleurs, quatre marchés frontières — la Bulgarie, le Costa Rica, le Panama et la Roumanie — ont accédé au statut d’économie à revenu élevé depuis 2012. Pour exploiter pleinement leur potentiel, ces économies ne devront pas se contenter d’ouvrir leurs marchés. Elles devront aussi les développer et mettre en place les garde-fous institutionnels nécessaires à leur bonne gouvernance. BM
Le Sénégal en tête des économies de l’UEMOA en 2023 (rapport)

Le Sénégal, cinquième économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) en 2022 avec un taux de croissance de 4,8%, devrait être en tête des économies des huit pays membres de l’organisation en 2023 avec un taux de 10,1%, indique le rapport annuel 2022 sur le fonctionnement et l’évolution de l’UEMOA.Avec un taux de croissance de 4,8% en 2022, le Sénégal était devancé par le Togo (5,8%), le Bénin (6,0%), la Côte d’Ivoire (6,8%) et le Niger (7,1%). L’activité économique de ses pays membres devrait poursuivre son « dynamisme », avec un taux de croissance moyen de 7,2% à la fin de l’année 2023, contre 5,8% en 2021 et 6,1% en 2022, ajoute la même source. Selon les prévisions faites par l’UEMOA pour l’année en cours, le Sénégal devrait être en tête avec 10,1%. Le Bénin va se retrouver avec 6,5%, le Burkina Faso avec 6,0%, la Côte d’Ivoire avec 7,3%, la Guinée-Bissau avec 5,7%, le Mali avec 5,1%, le Niger avec 7,0%, et le Togo avec 6,6%. Le rapport confirme les prévisions faites par les autorités sénégalaises, qui s’attendent à une croissance économique de 10% au moins en raison de l’exploitation prévue cette année des ressources de pétrole et de gaz du Sénégal. S’agissant de l’évolution des prix, le taux d’inflation annuel moyen de l’Union en 2023 serait d’environ 5,5%. Au niveau des finances publiques, le déficit budgétaire global pourrait tomber à 4,9% du produit intérieur brut (PIB), après 6,1% en 2022. Le déficit global, hors dons, serait de 6,4% du PIB contre 7,8% en 2022, a fait savoir le document. « La réduction de ces déficits s’expliquerait par une hausse des recettes plus importante que celle des dépenses. Les recettes totales et dons progresseraient de 12,7% pour représenter 18,0% du PIB, tirés par l’augmentation de 15,6% des recettes fiscales », estime l’UEMOA. Et d’ajouter que les dépenses totales et prêts nets augmenteraient de 6,5% pour représenter 22,8% du PIB en 2023, sous l’effet de la hausse de 1,5% des dépenses courantes et de celle des dépenses d’investissement de 1,9%. L’évolution des dépenses courantes s’expliquerait par la hausse de la charge de la dette publique (+9,6%) et de la masse salariale (+9,5%), atténuée par la forte baisse des subventions et transferts (-69,7%). Le taux d’endettement de l’Union en 2023 devrait afficher 57,7%, avec une augmentation de 0,8 point de pourcentage par rapport à 2022. Il est attendu que les échanges extérieurs des Etats membres de l’UEMOA en 2023 puissent dégager un excédent de 410,8 milliards de francs CFA, après un déficit de 2.714,4 milliards de francs CFA en 2022. « L’évolution favorable du solde de la balance des paiements serait consécutive à l’amélioration du déficit du solde des transactions courantes. Le déficit courant se réduirait de 11,8% pour ressortir à 7.168,6 milliards de francs CFA en 2023, en raison du fléchissement du déficit de la balance des biens et services (-0,1%) et, dans une moindre mesure, la légère hausse des entrées nettes au titre du revenu secondaire (+0,6%)’’, selon le rapport.