Congo – Gouvernement : du Bazar administratif au Foutoir institutionnel ( lecture en 5 mins )

SANS DETOUR. La séquence gouvernementale ouverte fin avril 2026 avec le décret n°2026-176 du 24 avril 2026 continue de susciter interrogations et inquiétudes. Les corrections des erreurs relevées dans ce texte tardent à être publiées au journal officiel : ministères aux attributions similaires, intitulés maladroits, ambiguïtés autour de certaines fonctions et désordre manifeste dans le secteur de l’enseignement. Le droit administratif nous enseigne qu’une note de service de la Primature ne corrige pas un décret présidentiel contresigné. Le parallélisme des formes impose un acte de même niveau : un décret rectificatif, enregistré, publié, opposable. À défaut, la correction relève davantage du bricolage administratif que de la régularisation juridique. Le Président de la République, son premier ministre et son directeur de cabinet n’arrivent pas à corriger leurs erreurs, des fautes intentionnelles. Ils nomment mal, corrigent mal, publient mal et laissent subsister l’équivoque qui affaiblit l’autorité dans tous ses actes subséquents. Le cas Frédéric/Serge Nzé est patent. Pourtant, un ministre n’est pas une interprétation de cabinet, ni une commodité politique mais une autorité instituée par un acte régulier. Bref, le droit public ne fonctionne pas à l’arrangement. Bis repetita pour les Hauts commissaires À la confusion générée autour des Nzé s’ajoute celle des hauts commissaires (Nganfouomo Charles, Mbou – Maba Adolphe, Bouhoyi Hilaire, Matson Mampouya Hellot) qui continuent d’exercer sans clarification politique et administrative officielle. Après une élection, les fonctions périphériques du gouvernement, les hauts commissariats, les missions spéciales et les dispositifs transversaux doivent être confirmés ou dissous surtout au regard du fiasco des états généraux de l’éducation, de la formation et de la recherche institués par décret n°2023-818 du 6 juillet 2023 et qui ont englouti des sommes faramineuses. Le décret précisait que les dépenses liées à l’organisation des États généraux étaient « imputables au budget de l’État » sans limite. De même, le projet d’érection d’une Académie de Pointe Noire n’a pas avancé. Ces atermoiements génèrent une incertitude qui place l’administration en zone rouge. L’intitulé des ministères comme le « ministère du contrôle d’État, de la qualité du service public et de la lutte contre les antivaleurs » est inapproprié et imprécis. Il aurait dû être reformulé en, « ministère du contrôle d’État, de la qualité du service public et de la promotion des valeurs » car le concept « antivaleurs » demeure flou sur le plan sémantique et administratif. Il sied également de rappeler que, « Anti être, n’est pas le contraire de l’être » ; pire encore, on ne juge pas les valeurs mais plutôt on les identifie. Les administrateurs avertis et rompus à la tâche conviendraient que l’action publique ne peut se construire sur des notions imprécises et légères, très loin d’un juridisme rigoureux. Quid du séminaire gouvernemental ? Le précédent séminaire de 2021 renforce le soupçon d’un État capturé par les réseaux de proximité. Confier l’animation d’un séminaire gouvernemental à un acteur issu du secteur privé éducatif, proche de l’écosystème du Premier ministre, pour un coût allégué de dizaines de millions fcfa (pour l’animateur Dr Kitsoro Kinzounza pour 2 journées), relevait déjà d’une politique de retour d’ascenseur plus que d’une ingénierie institutionnelle. Le fait que le Premier ministre soit lui-même lié au secteur privé universitaire, notamment à travers l’Université Internationale de Brazzaville, pose au minimum une question de conflit d’intérêts apparent. Dans une démocratie administrative normale, l’apparence du conflit suffit à déclencher prudence, transparence et déport. Le cas du Dr Kitsoro Kinzounza, ancien Directeur de l’ENAM devenu opportunément responsable d’un syndicat informel des « grands » établissements privés regroupant UIB (Anatole Collinet Makosso), IHEM (Claudine Munari), ESGAE (Makany Roger), ULC (Mialoundama Fidèle), IHL (Elongo Didier), EAD (Madzou Vincent), CEREC ISCOM (Mpika Ngoma Georges) selon les éléments avancés, ajoute une couche relationnelle : proximité ancienne, trajectoires croisées, accès à l’ENAM, appuis juridiques, dettes symboliques. Même lorsque ces éléments ne sont pas judiciairement qualifiés, ils nourrissent une lecture politique : le pouvoir administratif fonctionne moins par règles impersonnelles que par chaînes d’obligations. Le Congo ne manque pas de textes mais de rigueur dans leurs usages. Le pays passe ainsi du bazar – désordre toléré-au foutoir-désordre institutionnalisé. Dans le bazar, les acteurs bricolent. Dans le foutoir, le bricolage devient méthode de gouvernement. Avant de parler de réforme, MM Sassou, Tsiba, Boumakani et Collinet doivent commencer par rectifier le décret, clarifier le statut des hauts commissaires, encadrer les prestations financières tels que le séminaire gouvernemental transparent, les déclarations des conflits d’intérêts, l’encadrement des prestations intellectuelles financées par l’État, la publication des lettres de mission ministérielles. A défaut, le Congo continuera d’être gouverné par des notes de service, des arrangements relationnels et des improvisations solennelles. Ghys Fortune BEMBA DOMBE