Crise en RDC : la responsabilité des Congolais est plus importante que celle de Paul Kagame et du Rwanda

TRIBUNE. La RD Congo est confrontée à de nombreux défis et enjeux. Le plus important, qui est aussi le plus inquiétant, est sans nul doute la présence dans le pays d’une classe politique dont le niveau de dangerosité et de toxicité dépasse l’entendement. En fait, c’est toute la société qui est aujourd’hui contaminée par le virus de la médiocrité et des antivaleurs. Le phénomène, qui était déjà perceptible à l’époque de Joseph Kabila, s’est amplifié depuis l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi. Au niveau institutionnel, le pays est pris en otage par tout ce que la RDC et sa diaspora ont de mauvais, de hideux et de nauséabond, avec comme corollaire l’institutionnalisation et la systématisation du phénomène à tous les niveaux de la société congolaise. Aujourd’hui, n’importe quel vaurien ou pestiféré peut prétendre occuper des fonctions importantes dans le pays. On voit d’anciens chroniqueurs de musique s’improviser spécialistes d’on ne sait quoi, des pauvres gardiens d’immeubles au pédigrée plus que problématique, des gens de mœurs légères, etc., se retrouver à la tête des institutions et/ou des entreprises publiques. Le pays n’a presque plus de modèle. On encense très souvent les médiocres, des gens qui n’apportent pas grand-chose à la société. Les jeunes congolais, qui ont la trentaine aujourd’hui, ne connaissent rien d’autre que la médiocrité et les antivaleurs qui gangrènent leur société. Ils n’ont comme modèles que tous ces vauriens, délinquants et charlatans qui peuplent le monde politique et médiatique, les églises et la société civile, et qui passent pour des personnalités respectables. Pour « devenir quelqu’un » en RDC, il faut faire du djalelo, s’offrir au plus offrant, être foncièrement malhonnête comme un politicien, un pasteur, ruser avec les principes et j’en passe. L’intégrité, le respect des valeurs et des principes, ne payent pas. Les digues ont totalement cédé. Tel un cancer, le mal s’est métastasé dans tout le pays, rendant toute entreprise de reconstruction (mentale, spirituelle, politique, économique et sociale) insurmontable. Sans être un partisan de l’élitisme pur et dur, je crois qu’il faut passer des lois qui limitent l’accès à certains postes de responsabilité à certaines catégories de personnes. À vrai dire, la RD Congo a véritablement besoin d’une dictature éclairée. On accuse à juste titre le Rwanda de Paul Kagame de déstabiliser et de piller la RDC. Mais que dire de l’indifférence que les Congolais, à commencer par leurs autorités, réservent à la situation humanitaire catastrophique que connaît le Kivu ? Tout le monde est distrait dans ce pays. L’attention n’est accordée qu’aux futilités. La clochardisation de la population est généralisée, en même que prospèrent les antivaleurs. Bref. Si le Rwanda de Paul Kagame constitue un problème pour la sécurité et l’intégrité territoriale de la RDC, la classe politique congolaise représente aujourd’hui une menace existentielle pour le pays. Le discours anti-Rwanda ne doit pas détourner les Congolais de leur propre responsabilité dans ce qui arrive à leur pays. Après tout, Paul Kagame ne profite-t-il pas de la médiocrité de la crasse politique congolaise pour avancer ses cartes au pays de Lumumba ? Par Patrick Mbeko