SENEGAL. Congrès de Pastef : le sacre du candidat unique Ousmane Sonko dans le royaume de l’unanimité

SENEGAL. Congrès de Pastef : le sacre du candidat unique Ousmane Sonko dans le royaume de l’unanimité

Au CICAD, ce samedi, il ne manquait presque rien à la cérémonie : 2000 congressistes, 1200 délégués, 28 délégations étrangères, 350 médias accrédités, une ferveur de stade en finale continentale et un suspense politique. Au bout du compte, comme dans ces films dont tout le monde connaît déjà la fin dès les premières minutes, Ousmane Sonko a été élu président de Pastef-Les Patriotes à l’unanimité. L’événement avait des allures de conclave moderne où la fumée blanche était visible avant même l’ouverture des urnes. La Haute Autorité de Régulation et d’Éthique du parti a déroulé un processus présenté comme transparent, inclusif et démocratique. Les règles furent respectées, les procédures suivies, les formulaires remplis, les mandats validés. La mécanique institutionnelle tourna avec la précision d’une horloge suisse. Seul détail : à l’arrivée, le seul candidat en lice était aussi le fondateur, le leader historique, la figure tutélaire et le visage même du projet Pastef. Dans les sections du Sénégal comme dans celles de la diaspora, la consultation de la base a produit un résultat d’une rare homogénéité. Les 553 sections nationales et les 36 sections reconnues à l’étranger ont parlé d’une seule voix. Un miracle statistique qui ferait pâlir les instituts de sondage du monde entier. Même les bulletins blancs, prévus pour rappeler que la démocratie aime les nuances, semblaient avoir compris qu’ils étaient invités à une fête où tout le monde connaissait déjà le nom du vainqueur. Il faut reconnaître que la scène avait quelque chose d’historique. Douze ans après la naissance de Pastef dans une salle de l’Université Cheikh Anta Diop, le mouvement de contestation devenu machine gouvernementale procédait enfin à la formalisation de ce que des millions de Sénégalais considéraient déjà comme une réalité politique : Sonko n’était plus seulement l’âme du parti, il en devenait officiellement le président. La caricature est tentante. On pourrait dire que Pastef a organisé l’élection la plus compétitive du pays entre un candidat et… l’absence de candidat. On pourrait ironiser sur ce scrutin où le suspense a été victime d’un accident de parcours avant même le dépôt des candidatures. On pourrait sourire devant cette unanimité parfaite qui rappelle les vieux réflexes des partis d’antan. Mais ce serait ignorer une réalité plus profonde. Car derrière l’absence de challenger se cache surtout une évidence politique. Peu de dirigeants sénégalais ont bâti un parti aussi fortement identifié à leur personne. Peu ont traversé autant de tempêtes judiciaires, médiatiques et politiques tout en conservant une telle emprise sur leur base. Sonko n’a pas seulement créé Pastef ; il l’a incarné, porté, défendu et transformé en force conquérante jusqu’aux sommets de l’État. Le congrès du CICAD n’a donc pas fabriqué un chef. Il a officialisé ce que les militants avaient déjà gravé dans leur imaginaire collectif. Le vote n’a pas désigné un leader ; il a consacré un symbole. Une sorte de couronnement républicain où les urnes ont joué le rôle de notaire d’une réalité politique déjà installée. Au CICAD, Ousmane Sonko a reçu bien plus qu’un titre. Il a reçu un mandat moral gigantesque. Celui de prouver que le chef de l’opposition devenu homme d’État peut réussir là où tant d’autres ont échoué. Car dans l’histoire politique, les acclamations sont souvent les premières à arriver. Les bilans, eux, arrivent toujours à la fin. Et c’est là que commence le véritable congrès. Celui du réel. Celui où les électeurs, contrairement aux militants, ne votent jamais à l’unanimité. Par Malick BA Journaliste