Congo : tensions Iran-USA-Israël et paralysie gouvernementale, un cocktail explosif pour l’économie ( lecture en 4 minutes)

PARLONS-EN. À Brazzaville, la santé déclinante de M.Sassou devient un handicap visible. Débordé par les luttes de clans internes, il peine à piloter l’appareil d’État y compris la sécurité. Des baronnies et factions rivales s’emparent discrètement du pouvoir, alors que la géopolitique mondiale atteint un pic de tension avec l’escalade Iran-États-Unis-Israël.Résultat : une inertie cataleptique qui expose le Congo à une crise imminente La guerre qui se profile menace de gripper le commerce maritime mondial, avec des pénuries d’intrants, des hausses de prix et des restrictions à l’export. Une rupture des chaînes d’approvisionnement mondiales est donc en vue. Pour le Congo, en zone CEMAC, le choc sera double : un choc réel (retards et pénuries) et un choc nominal (rareté de devises). Contrairement à d’autres régions, la CEMAC ne peut pas dévaluer sa monnaie ; elle rationne les ressources. Sans devises disponibles à temps, le Congo perdra l’accès à des importations vitales : carburants, médicaments, denrées stratégiques et pièces industrielles. Le gouvernement Makosso, dont le mandat expire dans 40 jours, semble indifférent. Accaparé par des calculs personnels, il néglige cette urgence géopolitique. Trois chocs majeurs s’annoncent, aux effets dévastateurs, comparables à une « frappe nucléaire » économique. Le Congo importe plus de 80% de ses biens d’équipement, matériaux et produits alimentaires. Toute perturbation logistique – hausses de fret et d’assurances, délais prolongés – générera une inflation ciblée : sur les rayons (alimentation, médicaments) et les chantiers (ciment, acier). Moins d’offre et coûts plus élevés égalent prix exorbitants, avec une substitution vers des produits dangereux – farines, huiles, sels ou viandes avariées et cancérigènes, comme on le voit déjà. Les taux de mortalité en hausse en témoignent, sans susciter la moindre réaction officielle. Les réserves de change de la CEMAC, projetées à 4,25 mois d’importations fin 2025 (contre 4,87 en 2024), sont en baisse alarmante, alerte la Banque centrale. Le vrai risque ? Une désynchronisation entre les paiements en dollars ou euros et la disponibilité des devises. Les banques commerciales, flairant la pénurie de devises, resserrent les vis : maturités raccourcies, garanties exigées, priorités aux clients « stratégiques ». L’économie glisse dans une logique de file d’attente : certains importateurs paient, d’autres bloquent. Les secteurs vulnérables – BTP, maintenance industrielle, distribution – se contractent faute d’intrants. La BEAC durcit déjà l’accès au crédit face au repli des réserves, amplifiant le passage du choc réel au financier. L’État est coincé : recettes pétrolières volatiles, dépenses rigides (salaires, transferts sociaux, dette) et pressions inflationnistes. Une rupture d’approvisionnement forcera des mesures d’urgence – subventions, exonérations, contrôles des prix – qui alourdiront les déficits ou accumuleront des arriérés sur les fournisseurs. La faille congolaise n’est pas un manque de ressources, mais une incapacité à convertir les revenus pétroliers en importations critiques, au bon moment et au bon prix. La cessation de paiements guette la fin du trimestre, pile au moment de l’installation du nouveau gouvernement. Sans technocrates chevronnés aux manettes, les baronnies et factions « tueront le père » pour s’emparer des leviers et plonger le Congo dans un chaos profond – du « 5e sous-sol » vers le 6e. Ghys Fortuné BEMBA DOMBE