Zakariae LHADJ KACEM : La performance globale des universités marocaines au CFA Research Challenge s’est nettement améliorée

INTERVIEW. La deuxième édition de la finale marocaine de la compétition internationale du CFA Research Challenge a été remportée par l’Université Al Akhawayn d’Ifrane. Président de l’Investment Analysts Society of North Africa, Zakariae Lhadj Kacem revient dans cet entretien sur les principaux défis et les enseignements de cette édition. Pagesafrik/Libé : Investment Analysts Society of North Africa (IASNA) a organisé en février dernier la finale marocaine de la compétition internationale du CFA Research Challenge. Aviez-vous un défi à relever ? Zakariae Lhadj Kacem : Avant de citer les défis que nous avions à relever dans cette deuxième édition, je rappelle qu’à la suite du succès de la toute première édition du Challenge au Maroc, avec seulement la participation de trois universités, nous avons annoncé l’ambition d’élargir le nombre d’universités marocaines participantes. Cette ambition s’est transformée en réalité avec la participation de 15 équipes cette année. En d’autres termes, nous sommes passés de 15 à 75 étudiants-participants. Mais, il ne s’agit pas juste d’augmenter les chiffres. Notre premier défi à relever est de tirer le niveau académique et technique de tous les participants vers le haut. Le CFA Challenge n’est pas un concours classique à la française où les étudiants se préparent pendant plusieurs mois voire années afin de passer une épreuve technique qui dure 4 heures ! Le CFA Challenge est une plateforme unique de formation et d’accompagnement des étudiants participants pendant plusieurs mois. Pour encadrer les 15 équipes, il a fallu la mobilisation de 30 encadrants bénévoles. Deux d’entre eux sont dédiés pour chaque équipe, un conseiller pédagogique ainsi qu’un mentor professionnel exerçant dans l’industrie d’investissement. En plus de ces 30 encadrants d’équipes, l’association a recruté 16 correcteurs et membres du jury final, qui sont tous des experts de l’industrie, et qui participent à la compétition en tant que bénévoles à titre gracieux. Vous voyez, pour réussir à encadrer 75 étudiants participants, il a fallu la mobilisation de 46 bénévoles d’encadrement ! Nous avons décidément, un niveau élevé d’encadrement, ce qui explique la nette amélioration dans la performance globale de toutes les équipes marocaines cette année. Je tiens à remercier tous les encadrants bénévoles pour leurs efforts et leur contribution de grande valeur au succès de la compétition. Non moins lié au défi de l’encadrement, nous avons annoncé en novembre 2020 l’ambition de faire porter le travail d’analyse des étudiants-participants sur une des sociétés marocaines cotées à la Bourse de Casablanca. C’est une autre ambition qui s’est transformée en réalité, car le travail de tous les étudiants a porté sur l’analyse du titre action de la société Aradei Capital. Je voudrais remercier Aradei Capital, car ils ont consacré deux sessions aux équipes participantes, dont une animée par le PDG monsieur Nawfal Bendefa, pour présenter l’entreprise et répondre aux questions des étudiants. Lors de ces sessions, les étudiants s’exercent au métier d’equity-analyst dans des conditions de la vie réelle. Quels enseignements avez-vous tiré de cette deuxième édition du CFA Challenge au Maroc ? Le principal enseignement de cette année est que le Maroc dispose d’un stock impressionnant d’étudiants talentueux, ainsi que de professeurs et d’experts financiers hautement qualifiés. Et cela nous encourage encore plus à développer cette compétition du CFA Challenge au Maroc. Au-delà d’être une plateforme d’apprentissage du métier d’analyste financier, participer à la compétition est un booster de l’employabilité des étudiants. Les compétences développées par les participants sont pluridisciplinaires, elles comprennent l’analyse quantitative, l’analyse qualitative, les capacités rédactionnelles, les capacités de présentation et de prise de parole en public ; et tout cela en langue de Shakespeare. Cette deuxième édition a été marquée par une forte participation des universités marocaines dont le nombre est passé de 3 à 15 équipes. Comment expliquer cette forte mobilisation ? La question serait plutôt pourquoi ne pas participer ! La participation est gratuite pour les universités. Les étudiants bénéficient d’une expérience unique d’apprentissage, de mentorat, et de réseautage ; ce qui booste leur employabilité. Donc pour une université, il y a tout à gagner. Autrement dit, en jargon financier, il n’y a aucun risque de downside ! Les compétences développées sont évidemment pertinentes pour les métiers d’analyse financière et la gestion de portefeuille. Mais ce sont des compétences clés également pour équiper ces futurs dirigeants, entrepreneurs, fondateurs de fintech, directeurs financiers, etc. La finale nationale a été remportée par l’Université Al Akhawayn d’Ifrane. Mais avant de nous intéresser à l’équipe gagnante, pouvez-vous nous rappeler le principe et le but de cette compétition ? Le Research Challenge est une compétition annuelle internationale entre équipes d’étudiants dans la préparation d’un dossier d’investissement. Chaque équipe doit produire un rapport de recherche détaillé et une présentation sur une société cotée en bourse. Au niveau de notre compétition nationale, le rapport de chaque équipe est noté dans un premier tour par un panel de correcteurs-experts en analyse financière, ce qui permet de sélectionner les équipes finalistes. Par la suite, les finalistes soutiennent leur thèse d’investissement devant un jury d’experts de l’industrie. L’équipe championne du Maroc, qui est cette année l’Université Al Akhawayn d’Ifrane, est qualifiée pour la compétition régionale MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) où elle affrontera des Universités du Bahreïn, du Qatar, de l’Égypte, des Émirats, de la Jordanie, du Koweït et de l’Arabie Saoudite. Après les compétitions régionales, la finale mondiale aura lieu le 16 mai 2022. A votre avis, qu’est-ce qui a pu convaincre le jury de choisir ? Permettez-moi d’abord d’expliquer les règles de notation utilisées par le jury. Contrairement à une soutenance académique classique où chaque juge donne un chiffre unique qui résume son appréciation de la performance globale de celui qui présente, le CFA Challenge utilise un système qui attribue une note pondérée à chaque compétence qu’on vise à évaluer. La somme de ces notes pondérées constitue la note finale de l’équipe. Ainsi 40% de la note finale est déterminé par la profondeur de l’analyse financière et des méthodes d’évaluation développées par l’équipe, 20% par la qualité de la présentation, 20% par la qualité des réponses aux questions du jury, 10% par l’analyse apportée aux aspects ESG (Environnemental, Social, et Gouvernance), 5% par
Zakariae Lhadj Kacem : La compétition internationale du CFA Research Challenge est un évènement avec un retentissement exceptionnel (Maroc)

INTERVIEW. Le Maroc intègre pour la première fois la liste des pays participants à la compétition internationale du CFA Research Challenge. Dans cet entretien, Zakariae Lhadj Kacem, président de l’Association IASNA (Investment Analysts Society of North Africa) revient sur la compétition, ainsi que le bilan et les ambitions de l’association. Pagesafrik/Libé : Pourriez-vous nous parler du CFA Research Challenge ?Zakariae Lhadj Kacem : Tout d’abord, le CFA Research Challenge est une compétition mondiale d’analyse et de recherche financière. Des équipes de 3 à 5 étudiants concourent pour représenter dans un premier temps leur université et par la suite leur pays. C’est un évènement avec un retentissement exceptionnel. L’édition de l’année dernière a rassemblé plus de 6.400 étudiants-participants, représentant plus de 1.100 universités de 98 pays. Le Maroc intègre cette année pour la première fois la liste des pays participants. Les bénévoles de l’IASNA sont extrêmement fiers de gérer à l’échelle locale la compétition. Pour des raisons sanitaires évidentes, nous organisons cette année la compétition au Maroc de manière virtuelle. Quelles sont les universités marocaines qui participent à cette première édition du CFA Research Challenge au Maroc ? Et comment fonctionne la compétition ?Cette année, nous avons trois équipes marocaines en lice. Ces équipes représentent l’Université Al Akhawayn d’Ifrane, l’ENSIAS de Rabat et l’ISCAE de Casablanca. Chaque équipe devra produire un rapport approfondi sur le titre d’une société cotée en bourse et remettra sa conclusion sous la forme d’une recommandation d’achat, de vente, ou de conservation. Chaque équipe soutiendra ensuite sa thèse d’investissement devant un jury d’experts marocains. Cet événement constitue une occasion éducative unique pour les étudiants d’appliquer en situation réelle ce qu’ils ont appris en classe, tout en respectant les standards d’éthique professionnelle les plus avancés. Chaque équipe bénéficie des conseils et du soutien d’un conseiller pédagogique et d’un encadrant professionnel. L’équipe marocaine gagnante au niveau local accédera à la compétition au niveau de l’ensemble sous-régional, Moyen-Orient et Afrique du Nord, qui se tiendra en mars 2021. Cette équipe devra soutenir sa recommandation d’investissement devant un jury international. Les équipes ayant remporté les compétitions sous-régionales se qualifieront au niveau régional. Et la finale mondiale aura lieu le 22 avril 2021. Pour illustrer cela avec des chiffres de l’édition dernière, sur plus de 1.100 équipes participantes, seules 5 sont parvenues au stade de la finale mondiale. Et bien entendu, une seule a remporté le titre de championne du monde : l’équipe australienne de l’Université de Sydney. Qu’est-ce qui a motivé cette première participation du Royaume à une compétition planétaire de cette envergure?Cette compétition internationale existe depuis 2007. Donc, la question à se poser serait plutôt de savoir pourquoi notre pays n’a pas présenté d’équipe au CFA Research Challenge avant cette année. Une des raisons de la non-participation du Maroc était l’absence d’une association locale partenaire du CFA Institute. En effet, l’organisation de la compétition au niveau d’un pays doit se faire par des bénévoles de l’association locale. Pour rappel, notre association IASNA a été créée en mars 2019. Vous avez organisé en septembre 2019 une conférence sur “Le futur de la finance au Maroc : expertise et professionnalisme via le programme CFA”. Quel bilan tirez-vous de l’activité de l’association ?Avant de vous répondre sur le bilan, permettez-moi de dire que la conférence de 2019, coorganisée avec le CFA Institute, nous a permis de mettre en avant la mission de l’Association IASNA auprès de la communauté de l’industrie financière marocaine. Quatorze mois après cette conférence, notre mission demeure la même, à savoir bâtir une culture d’éthique et d’excellence professionnelle. Concernant le bilan de l’Association IASNA, je pense qu’il est extrêmement positif malgré le contexte sanitaire, car nous avons su réagir très vite. En effet, dès les premières semaines du confinement nous avons mis en place un ensemble de séminaires virtuels. L’association IASNA a ainsi donné à titre gracieux des séances de coaching et de préparation pour les personnes inscrites aux examens du CFA Institute Investment Foundations Program®. Nous avons ensuite tout mis en œuvre pour que le Maroc participe pour la première fois de son histoire au CFA Research Challenge. Nous travaillons en partenariat avec des établissements de l’enseignement supérieur marocain pour les accompagner dans l’intégration des composantes du CFA Program® au sein de leur programme académique. Quelles sont les perspectives du CFA Institute Research Challenge au Maroc ?En ce moment, la compétition locale est en cours de déroulement, et nous annoncerons le nom de l’équipe championne du Maroc en février 2021. Nous souhaitons que cette dernière livre une bonne performance lors de la compétition au niveau sous-régional. Nous sommes parmi les premiers pays africains francophones à avoir organisé localement la compétition du CFA Research Challenge. Nous vous rappelons que IASNA ne soufflera sa deuxième bougie qu’en mars prochain, et à ce moment-là, l’équipe marocaine qualifiée sera en pleine compétition au niveau de l’ensemble du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord. L’année prochaine, nous avons l’ambition d’élargir le nombre d’universités marocaines participantes au CFA Research Challenge, et nous ambitionnons également que le travail d’analyse des étudiants-participants portera sur une ou plusieurs des sociétés marocaines cotées à la Bourse de Casablanca. Nous comptons sur la qualité de l’enseignement supérieur, le travail de fonds de l’association, et l’intérêt grandissant des étudiants pour hisser à moyen terme au plus haut niveau les couleurs du Royaume. Les personnes et les entités intéressées désireuses de rejoindre la prochaine édition peuvent d’ores et déjà nous écrire à l’adresse suivante : iasnaMorocco@gmail.com. Propos recueillis par Alain Bouithy