Tidjane Thiam déclare qu’une décision d’un tribunal ivoirien empêchant sa candidature à la présidentielle est un « déni de justice indigne d’une démocratie »

POLITIQUE. Tidjane Thiam, leader du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA), conteste la décision judiciaire visant à empêcher sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre. Le tribunal de première instance d’Abidjan a disqualifié M. Thiam mardi au prétexte fallacieux d’une question de nationalité, alors que les sondages d’opinion lui donnent une avance considérable sur ses rivaux politiques, à six mois de l’élection. Réagissant à la décision, M. Thiam a dit ceci : « Les ivoiriens attendent du système judiciaire qu’il garantisse la tenue d’élections pacifiques, transparentes et crédibles, et non qu’il serve d’instrument à un régime qui cherche à accaparer le pouvoir et à faire taire ses détracteurs. » « Le parti au pouvoir a utilisé les tribunaux pour éliminer son rival le plus sérieux tout en maintenant l’illusion d’une procédure régulière. Le pouvoir a déployé toutes sortes de manœuvres pour laisser croire que j’étais contesté au sein de mon parti le PDCI. Finalement aujourd’hui, les masques tombent : les procédures à l’origine de ce jugement infondé ont été initiées par des militants du parti au pouvoir, représentés par des avocats du parti au pouvoir devant des juges nommés par le parti au pouvoir. Ne nous y trompons pas, cette décision est un déni de justice indigne d’une démocratie qui priverait des millions d’électeurs de leur droit de vote si la situation restait en l’état. » « Il est maintenant essentiel que la communauté internationale soutienne les électeurs ivoiriens dans leur quête d’élections libres et équitables en octobre. » M. Thiam a été choisi il y a moins d’une semaine, le 16 avril comme candidat de son parti à l’issue d’une convention électorale, remportant 5 321 voix sur 5 348 suffrages exprimés, soit 99,50 % des voix avec un taux de participation de 93,17 %. M. Thiam a été élu par les présidents de 25 partis d’opposition à la tête de la conférence des présidents de partis de la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP) en Côte d’Ivoire, confirmant ainsi son statut de chef de file de l’opposition. Ces derniers jours, il a été rapporté que deux sondages d’opinion commandés par le gouvernement montrent que M. Thiam jouit d’une avance à deux chiffres sur ses rivaux potentiels, y compris le Président. Le Président Alassane Ouattara en est actuellement à son troisième mandat, en dépit des règles constitutionnelles qui limitent le Président de la République à effectuer deux mandats. Il envisagerait de se présenter pour un quatrième mandat, ce qui constituerait une nouvelle violation de la constitution. M. Thiam déclare: « « Il n’est pas surprenant que cette décision de justice intervienne tandis que notre soutien auprès des électeurs ne cesse de croître. » « Après 15 ans au pouvoir, les dirigeants du RHDP ont peur et tentent d’accaparer le pouvoir et les moyens de l’Etat l’État plutôt que de rendre des comptes aux ivoiriens et d’affronter le jugement de l’électorat. » Appel au dialogue entre les partis M. Thiam invite les dirigeants politiques de tous bords à engager des pourparlers pour sortir de l’impasse. Il rappelle le précédent de 2007 au cours duquel le président de l’époque, Laurent Gbagbo, avait permis à M. Ouattara de se présenter à la prochaine élection présidentielle (qui s’est finalement tenue en 2010) tandis que ce dernier avait été disqualifié précédemment à deux reprises. M. Thiam déclare : « nous sommes une fois de plus, et je le regrette, au bord d’une crise pour notre pays. Il est essentiel dans ce contexte que le gouvernement et les institutions de la république aient le souci de l’intérêt général et que leurs dirigeants inspirent confiance aux électeurs ivoiriens, aux pays voisins de la Cote d’Ivoire et à tous nos partenaires internationaux. » « Nous demandons donc instamment à toutes les parties de s’engager dans un dialogue constructif afin que le scrutin d’octobre soit conforme aux normes internationales et que personne ne soit exclu du processus électoral. »
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