De l’écriture à la scène : Amina Bensouda dévoile son projet le plus personnel à Casablanca

L’artiste sera en concert le 7 avril au Studio des Arts Vivants Le mardi 7 avril prochain à 20h30, le Studio des Arts Vivants accueillera la première de TRAVERSÉES, un concert événement écrit, composé et produit par l’artiste marocaine Amina Bensouda. Ce projet audacieux, soutenu par le Studio des Arts Vivants, marque une étape décisive dans le parcours d’une autrice-compositrice-interprète qui fait de la scène un espace de vérité brute. Un récit musical en deux actes Pensé comme un cheminement intérieur, « TRAVERSÉES » se déploie en deux temps forts. Le spectacle s’ouvre sur une première partie intimiste où Amina Bensouda, seule en scène avec sa guitare, installe un espace sensible et habité, porté par la voix et le texte. Pour l’artiste, cet instrument est bien plus qu’un accompagnement : « Avec la guitare, j’ai réglé mon problème de solitude : je ne serai jamais seule avec elle ». Dans un second acte, la scène s’élargit pour accueillir quatre musiciens de renom : Mourad Belouadi, Fayçal Boudli, Héctor Varela González et Ismail El Iraki. Ensemble, ils transforment le récit personnel en une expérience collective puissante, aux frontières du jazz, de la folk/ pop, du rock et des rythmes traditionnels. Une identité plurielle au cœur de l’écriture Née à Rabat et formée aux Cours Florent à Paris, Amina Bensouda puise sa force dans la pluralité de ses racines. Son écriture, façonnée entre le Maroc et la France, s’exprime en trois langues : le français, l’anglais et l’arabe. Après le succès de son premier EP Confidences en 2020 et des passages remarqués sur les scènes internationales de Dubaï, elle revient avec une proposition plus mature, nourrie par une récente résidence au prestigieux Berklee College of Music. L’art de dire l’essentiel Plus qu’un simple concert, « TRAVERSÉES » est une exploration des dualités qui nous habitent: force et fragilité, solitude et liens. « Je suis allée puiser dans mes vérités, dans le deuil, l’amour et cette quête de liberté… C’est thérapeutique de se raconter, et je pense qu’en le faisant, les gens se retrouvent dans nos histoires », explique Amina. Ayant assuré les premières parties d’artistes tels que Hoba Hoba Spirit ou Karim Duval, Amina Bensouda maîtrise l’équilibre entre la musique et la parole habitée. Ce projet auto-produit témoigne d’une volonté farouche d’indépendance artistique et d’un désir de « dire ce qui nous traverse ». Événement : Concert « TRAVERSÉES » par Amina Bensouda● Date : Mardi 7 avril 2026● Heure : 20h30● Lieu : Studio des Arts Vivants, Casablanca● Musiciens : Mourad Belouadi, Fayçal Boudli, Héctor Varela González, Ayman El Basri
Exposition. La palette de Houda Benjelloun s’invite à Malaga

ARTS. L’œuvre de l’artiste-peintre marocaine Houda Benjelloun sera présentée bientôt à la galerie d’art Margui Lopez – ArteAdiscar de Malaga. Les œuvres captivantes de Houda se distinguent par leur mélange complexe et délicat d’art surréaliste, expressionniste et néo-naïf. À travers des coups de pinceau subtils, ses peintures capturent à la fois l’expression directe du sujet représenté ainsi que les sensations ressenties par le spectateur. Les sirènes, les animaux amphibies et autres portraits évoqués dans ses tableaux peuvent être considérés comme appartenant au registre surréaliste. Ces créations jouent un rôle essentiel en permettant une fusion inimaginable entre deux univers : le réel et l’irréel. On peut également y percevoir une dimension fantastique même dans leurs aspects les plus extravagants, grâce à ce qui pourrait être qualifié d’ »effet de liste » macabre. Dans ces compositions artistiques remarquables, Houda Benjelloun maîtrise avec brio la technique picturale pour donner vie à des scènes fascinantes où chaque élément est soigneusement choisi pour susciter différentes émotions chez le spectateur. Son utilisation habile des formes organiques et géométriques crée un contraste saisissant entre réalité tangible et monde imaginaire. L’esthétique unique de son travail repose également sur sa palette chromatique audacieuse qui ajoute une profondeur supplémentaire aux sujets abordés dans ses toiles. Les couleurs vives utilisées mettent en valeur non seulement la beauté intrinsèque des personnages représentés mais aussi leur essence intérieure souvent mystérieuse. En somme, les œuvres de Houda Benjelloun sont un témoignage de son talent exceptionnel et de sa capacité à capturer l’essence même du surréalisme, de l’expressionnisme et du néo-naïf. Son travail artistique transcende les frontières des genres pour offrir aux spectateurs une expérience visuelle unique où la réalité se mêle harmonieusement à l’imagination débordante. L’œuvre de Houda offre une exploration fascinante des aspects surréalistes de la nature et des visages humains qui sont étonnamment animalisés par les circonstances. Elle utilise toute une gamme de techniques pour capturer l’étrangeté de ces créatures, tout en conditionnant le spectateur d’art contemporain à suspendre momentanément son incrédulité. Les personnages qu’elle représente sont souvent décrits comme étant à mi-chemin entre l’humain et l’animal, surgissant au milieu des citadins modernes. Leur apparence est semblable à celle d’un être humain, mais avec une tendance marquée vers l’animalité qui se manifeste par certains traits régressifs. Ces personnages ne sont que rarement entièrement humains; la plupart ont un corps grossièrement bipède avec une physionomie vaguement canine. Ces créatures « immondes » et canines dévorent avidement les restes humains, ce qui nous permet facilement de nous identifier à elles en tant qu’hypotexte fonctionnel dans notre société actuelle. Au talent inégalable, Houda Benjelloun ne cesse de repousser les limites du possible dans le domaine de la peinture. Son dernier exploit ? Réaliser un tableau sous-marin et un autre suspendu à 900 mètres d’altitude dans le ciel. Avec une détermination sans faille, Houda a plongé dans les profondeurs marines pour créer un chef-d’œuvre unique en son genre. Armée de ses pinceaux et couleurs spécialement conçus pour résister à l’eau salée, elle a su capturer toute la beauté des fonds marins sur sa toile subaquatique. Mais ce n’est pas tout ! Houda s’est également aventurée dans les airs pour défier les lois de la gravité et réaliser une œuvre d’art céleste. À près d’un kilomètre du sol, elle a manié avec habileté ses outils de dessin afin de donner vie à un tableau époustouflant qui semble flotter entre terre et ciel. Cette prouesse technique témoigne non seulement du talent exceptionnel dont fait preuve Houda Benjelloun mais aussi de sa passion indéniable pour l’aventure artistique. Elle nous rappelle que rien n’est impossible lorsque l’on croit en soi-même et que l’on est prêt à relever tous les défis qui se présentent à nous. Ayoub Akil
Maroc. L’univers de l’artiste-peintre Asmaa Ryad : Une recherche de la paix et de la joie interne

Décidément, l’œuvre de l’artiste-peintre Asmaa Ryad est d’un tel onirisme de rêveries incantatoires qui se matérialise en un monde de mutations et de métamorphoses. Un mode de mythe dans la théogonie de l’artiste figurative. Plus encore, c’est même le symbole de la transcendance qui peut s’interpréter comme être-médium unique, doué d’une vision spirituelle, allégorie du voyage libérateur pour l’inconscient. Pour elle, la peinture est la recherche de la paix, une joie interne d’une tranquillité de la paix. Dans ses œuvres récentes, l’artiste-peintre Asmaa Ryad travaille des nuances de couleurs afin que celles-ci ne deviennent pas des acteurs au sens dramatique. Elle cherche même à détruire l’espace au sens traditionnel, elle le construit dans une nouvelle plastique indépendante de toute référence déjà vue. Elle travaille avec une grande rigueur les couleurs et les non couleurs pour qu’elles ne soient pas agissantes. Ainsi, elle situe les couleurs primaires dans ce qu’elles représentent habituellement, le bleu n’est plus le ciel, le rouge n’est plus sang, le jaune n’est plus lumière. En ce sens, la peinture d’Asmaa s’inscrit complètement dans cette perspective contemporaine, non conceptuelle, qui imprègne au mouvement de la figuration une nouvelle saveur libertaire. Du plus ancien des signes, du plus lointain du passé, là où des hommes ont tracé des mots de toute beauté de leurs lettres, surgit la couleur de notre temps à travers les œuvres de cette plasticienne inspirée. Elle laisse la force de la vie emporter ses mouvements. Une force qui va naître dans le regard qui s’interrompt et simplement contemple. L’œil se laisse happer par les teintes tantôt chaudes, tantôt froides, amoureusement posées sur la toile, caressées par la main à l’œuvre. Peinture du silence, peinture qui offre le silence. Avant d’être lue, l’œuvre d’Asmaa est admirée pour sa seule beauté. Les mots peints et leur sens viendront ensuite. Il en est de même ici dans ses œuvres récentes où la toile met en silence, offre en notre mode un bloc de silence et donne de mieux voir, d’entendre autrement, d’être là, simplement, corps vibrant à la fureur et à la douceur humaines de notre temps. Les couleurs ne sont pas en opposition mais en appel incessant : l’œil voyage, s’arrête, suit le trait puis disparaît avec lui, se retrouve, enfin surgit dans un nouvel élan. L’œil se ressaisit, regarde l’ensemble du tableau et découvre ce qu’il n’avait pas encore vu : le mouvement de la toile, ce paradoxe permanent de l’immobile qui est là, ce simple panneau accroché au mur, tissé de couleurs, silencieux, arrêtant le corps qui passe dans son mouvement vers il ne sait quoi. Là, est donné à voir ce qui était jusqu’à cet instant ignoré : une manière de montrer le monde dans ses déchirements et ses joies. Cadeau précieux pour nos yeux aveugles soudain réveillés par la beauté offerte sur ces simples toiles dont les couleurs affirment la vie, la beauté de la vie. A travers sa nouvelle série d’œuvres, Asmaa nous réunit autour de sillons de lumière qui relèvent de l’imaginaire pour créer un effet de réel, pour donner une image du monde. A l’image de cette œuvre sur le thème de la femme où elle tente ardemment, à travers des portraits de la beauté féminine à l’état brut, de soulever la grâce, volupté, la sacralité de ce corps, souillé, transgressant les frontières de genre dans la façon dont il met en scène et incarne l’histoire. L’utilisation de la femme et quelques fois de son corps comme moyen d’expression participe à la critique des idées dominantes sur la femme en général et d’une redécouverte de soi, de l’art et des autres. Sur le visage de ses silhouettes féminines, elle essaie d’inscrire des propositions à la fois personnelles et collectives, conformes aux expériences vécues, dans leurs innombrables représentations. Ces portraits lui permettent de personnifier une émotion ou une histoire, mettre un visage sur un ressenti, nostalgique, gai, triste ou révolté, habillé de couleurs et de matières. Et l’on peut avancer que son travail fait preuve d’une conception faite d’exigence et d’honnêteté foncière, mais aussi d’instinct immédiat, de rêve, de poésie et de fantaisie. Ces aspects s’harmonisent pour s’incarner littéralement dans la matière, le pigment, le trait et la lumière. D’autant plus qu’il s’agit d’une artiste talentueuse et inspirée, et d’une figure éprise d’art et de liberté. Avec cette plasticienne, la peinture s’affranchit de la figuration pour laisser parler la forme et la couleur. Les yeux-éponges de cette artiste, à contre-courant, nous invitent heureusement à tutoyer le silence, à gagner des territoires, à discerner ce qu’on ne voit pas mais que l’on ressent au plus profond de soi. Sans nous rendre insomniaques, elle est un phare, pas nécessairement pour nous éclairer, mais pour nous permettre de nous repérer dans des situations complexes. Pour ainsi nous dire : la parole n’est pas la seule voie pour exprimer ce qu’on a sur le cœur. Et comme le disait Victor Hugo «Comme on fait son rêve, on fait sa vie!». Ayoub Akil
Shams Sahbani au-delà du pinceau

Le style comme lieu de la singularité subjective, le style comme expression (affective ou intellectuelle), le style comme écart…tel le mot d’ordre constant de notre artiste marocaine Shams Sahbani. Elle fut à même de ce point d’orgue quand elle exposait un échantillon de ses états d’âme (sa collection) à Rabat, Casablanca, Meknès, Ifrane, Monaco, Toulouse… Les tableaux de notre artiste, plutôt intellectuelle engagée autant pour les causes nationales qu’universelles, échappent aux vulgaires stéréotypes de la carte postale exhibant des vases décoratifs, des fleurs et beaucoup de soleil…,et fait fit de la fameuse « marque déposée » des pays du Sud visant la commercialisation du pittoresque désert, la quête hypocrite de l’exotisme onirique gratuit. Selon les représentations largement partagées, les fleurs ont généralement une fonction cérémoniale qui varie selon le temps, l’espace, les cultures les cultes et rituels de chaque civilisation… et ce, selon leurs espèces, leurs couleurs et leurs odeurs… Chez notre artiste, chaque tableau est suggestifs.. Les fleurs parlent autrement grâce à un pinceau mariant les couleurs de façon rebelle mais très harmonieuse par le biais de l’acrylique sur toile : elles suggèrent et ne disent pas. Chaque titre se veut « le chapeau » d’un poème ou d’une sonate ou d’un portrait intérieur de notre artiste. Les titres des tableaux à eux seuls : »Spleen », « échos du silence » , « d’or et de poussières » , « été », « ode à la mer », « cimetière intime », « transe en mue », « rage », « sentiers de lumière» (entres autres titres de tableaux), nous déconcertent avant de nous impressionner.. Elle ne cultive pas que des fleurs par son pinceau, mais compose ses poèmes à la Baudelaire et à la Verlaine…, avec des toiles de fonds culturelles assez profondes.. A première impression, l’observateur curieux mais non initié, dirait : « de simples fleurs. (point à la ligne) »…, mais pour l’initié, la fleur en soi n’est qu’un signifiant, un prétexte.. qui cache un non dit, tout un monde profond : Stéphane Audeguy dans La théorie des nuages écrivait : « On ne peint pas pour faire de la peinture, ou même pour être peintre : seuls les amateurs en sont là. On peint pour des raisons plus profondes et qui n’ont rien à voir avec la carrière ; ce qui est essentiel pour un peintre, c’est le rapport entre son art et tout ce qui n’est pas la peinture, c’est ce désir de capter les couleurs et les saveurs du monde. » Les fleurs de notre artiste racontent toute une philosophie, tout un culte ou religion : Son « spleen » est peut être inspirée par un poème de Baudelaire qui porte le même titre dans le célébrissime recueil « les fleurs du mal »…, qui, selon la critique contemporaine, a fait de Baudelaire le « premier poète » qui se soit pris lui pour objet : novateur dans l’intériorité, il est inévitablement pessimiste. Alors qu’il met bien en lumière son histoire de malheur et culpabilité… (sic). Notre artiste va au-delà de ce « spleen » (ennui mortel à la Bovary) en nous invitant à mysticisme à l’orientale prêchant la pratique du culte de la « transe », à un univers propre à l’artiste où l’exaltation est un « maître-mot » grâce à un pinceau et à des couleurs, à des formes et à des assemblages, parfois délibérément et à dessein, hétéroclites… une « transe » dépassant le « spleen » et métamorphosant les tableaux de notre artiste en sorte de « médium » en communication avec un univers « absolu », plutôt métaphysique… Par Bouziane Moussaoui, Critique d’art