
Depuis le début de 2026, les prix des matières premières ont fortement progressé, sous l’effet du conflit au Moyen-Orient, des perturbations du trafic dans le détroit d’Ormuz et d’une demande encore résiliente pour certains métaux et produits agricoles.
Après un apaisement temporaire en mai-juin, suite à l’accord intérimaire entre Washington et Téhéran, les cours énergétiques ont rebondi en raison de l’effondrement de la trêve, du rétablissement du blocus maritime américain visant l’Iran et des nouvelles sanctions, ravivant les craintes sur les approvisionnements régionaux, constate la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) relevant du ministère marocain de l’Economie et des Finances .
Sur les sept premiers mois de 2026, l’indice énergie de la Banque mondiale a augmenté de 25% en glissement annuel, tiré par un fort rebond du pétrole (+27%). Hors énergie, les prix ont progressé de 7,5%, tirés par les métaux de base (+34%), les engrais (+24,5%) et les denrées alimentaires (+5,5%).
En revanche, les boissons ont reculé de 32%, principalement grâce à l’amélioration de l’offre de cacao et de café, souligne la DEPF dans sa note de conjoncture du mois d’août 2026 (N°354).
Par ailleurs, les métaux précieux se sont envolés de 59% en glissement annuel, avec des hausses de 48% pour l’or et de 127% pour l’argent. Cette progression a été alimentée par la demande de valeurs refuges, les achats des banques centrales et les flux d’investissement, auxquels se sont ajoutées les tensions sur l’offre d’argent.
Toutefois, après leurs records début 2026, l’or et surtout l’argent ont subi une forte correction. En juillet, l’escalade au Moyen-Orient n’a pas durablement soutenu les cours : la hausse du pétrole a renforcé les craintes d’inflation et les anticipations de taux américains élevés, favorisant les rendements obligataires au détriment des actifs sans rendement.
La flambée des cours énergétiques est provoquée par la quasi-paralysie du détroit d’Ormuz. Après avoir dépassé 120 dollars en avril, le Brent est redescendu autour de 70 dollars fin juin, avant de rebondir vers 100 dollars le 23 juillet avec la reprise des hostilités. En août, le Brent a oscillé aux alentours des 90 dollars. L’échec de la trêve entre Washington et Téhéran maintient des risques élevés sur le pétrole, le GNL et les routes maritimes régionales.
Les engrais restent particulièrement exposés aux prix du gaz et aux perturbations logistiques. Les expéditions d’urée et de soufre avaient commencé à reprendre fin juin, mais restaient inférieures à la normale. La nouvelle escalade de juillet-août menace à nouveau les flux. Les prix élevés ont par ailleurs incité certains agriculteurs à reporter leurs achats, faisant peser un risque sur l’utilisation des intrants et les rendements agricoles futurs.
Du côté des métaux industriels, le cuivre et l’aluminium restent soutenus par les investissements dans les réseaux électriques, les centres de données, les véhicules électriques et les énergies renouvelables. En juin, la reprise progressive de certaines capacités de production d’aluminium dans le Golfe a réduit une partie de la prime de pénurie, sans éliminer les risques liés aux faibles stocks, au détroit d’Ormuz et aux infrastructures régionales.
Au total, les marchés entrent moins dans une phase de détente que dans un régime de volatilité durable. L’énergie, les engrais et les denrées alimentaires restent fortement exposés au risque géopolitique. Les métaux industriels bénéficient de tendances structurelles favorables, mais demeurent vulnérables au ralentissement mondial, à la volatilité du dollar et aux conditions financières mondiales.
Selon la Banque mondiale (prévisions d’avril), les prix mondiaux des matières premières devraient augmenter de 16% en 2026, portés par le choc d’offre lié au conflit au Moyen-Orient, avant de reculer de 12% en 2027. L’énergie serait le principal moteur de cette hausse (+24%), avec un Brent à 86 dollars en moyenne. Les engrais (+31%), les métaux de base (+19%) et les métaux précieux (+42%) progresseraient également, tandis que les prix agricoles reculeraient de 6%, sous l’effet de la chute des boissons. Ces prévisions supposent une reprise progressive du trafic par Ormuz. Un conflit prolongé accentuerait les risques inflationnistes et alimentaires.
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