CANCER/Latifa Cherif : Le dépistage précoce met la femme sur la voie de la guérison

Pagesafrik/Libé : Pourquoi le bon diagnostic et le dépistage précoce sont-ils importants pour la sécurité des patients ?

Latifa Cherif : C’est important parce que nous avons un problème sérieux en matière de sécurité des patients au Maroc, notamment concernant le bon diagnostic. La sécurité du patient commence par un bon diagnostic. Si le diagnostic est mauvais, rien ne marchera, même si l’on a une assurance maladie, même si l’on rencontre des blouses blanches sympathiques.

En ce qui concerne le dépistage, cette affaire d’Octobre Rose est devenue, à mon avis, un peu du marketing. Beaucoup de personnes essaient de commercialiser cette idée, alors que le dépistage doit être fait tout au long de l’année. Il ne faut pas que ce soit uniquement en octobre, car le dépistage précoce permet à la femme de commencer à guérir.

Peut-on vraiment parler d’égalité d’accès aux soins lorsque le lieu de résidence et les ressources financières influencent encore les possibilités de soins pour les patientes ?

Non, ce n’est pas évident du tout, car une personne qui vit en milieu rural, dans les montagnes, est souvent diagnostiquée trop tard. Un diagnostic tardif entraîne des coûts financiers, un traitement lourd sur le plan physique, psychologique, familial et professionnel.

Aujourd’hui, l’accès aux soins n’est pas encore suffisant en milieu rural, malheureusement, en raison de la distance par rapport aux structures de santé. C’est pourquoi j’espère voir se développer la numérisation du système de santé, par exemple avec des consultations à distance et l’utilisation de la télémédecine. Cela pourrait aider davantage les populations rurales à accéder aux soins.

Le patient est-il suffisamment écouté dans l’élaboration des politiques de santé?

Pendant mon mandat, ces cinq dernières années au Parlement, je le disais à haute voix et je le répétais à chaque fois : ce n’était pas seulement une parlementaire qui s’adressait au ministre de la Santé, mais d’abord une citoyenne marocaine qui a été patiente et qui a traversé beaucoup d’épreuves pendant son cancer. C’est le cancer qui m’a amenée à la tribune pour défendre les droits des patients, car les patients n’ont pas encore tous leurs droits. Le ministère, l’Etat et le gouvernement devraient écouter la voix des patients pour les aider à avancer dans le futur.

Propos recueillis par Alain Bouithy

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