
A Koffi Olomidé
SANS DETOUR. Il est des silences qui honorent, et des prises de parole qui interrogent. Vos récentes déclarations à l’endroit du Président Denis Sassou Nguesso, dans lesquelles vous allez jusqu’à le présenter comme un « modèle », un « repère », et un homme sans lequel « la paix serait compromise », franchissent une ligne que beaucoup de citoyens africains ne peuvent plus ignorer.
À cela s’ajoute une mise en scène encore plus troublante : la dédicace d’une œuvre musicale, façonnée avec l’appui des technologies modernes, transformant l’éloge politique en produit artistique amplifié. Ce n’est plus seulement de l’admiration. C’est une mise en récit volontaire du pouvoir, dans sa version la plus flatteuse.
L’artiste ou le courtisan ?
Monsieur Olomidé, une question simple mais fondamentale s’impose : où s’arrête l’artiste et où commence le courtisan ?
Car à vous entendre, il ne s’agit plus de reconnaître un chef d’État parmi d’autres, mais de le sacraliser politiquement, de le placer hors du champ critique, comme si l’histoire d’un pays pouvait être réduite à la figure d’un seul homme.
Ce type de discours n’est pas neutre. Il participe d’une tradition bien connue sur le continent : celle de la flatterie politique érigée en stratégie de visibilité et de se remplir les poches, où certaines figures publiques deviennent des relais de légitimation symbolique du pouvoir.
La culture au service du pouvoir : un vieux schéma africain
L’Afrique a trop souvent vu ses artistes transformés en instruments de validation politique.
Dans ce schéma : l’artiste ne questionne plus ; il célèbre ; il amplifie; il sanctifie.
Et le pouvoir, lui, se nourrit de cette mise en scène pour renforcer sa respectabilité symbolique.
Mais cette logique pose un problème profond : elle affaiblit la fonction critique de la culture.
Une parole publique qui engage
Vous n’êtes pas un citoyen ordinaire dans l’espace public. Votre nom, votre parcours et votre audience font de vous une figure dont la parole dépasse le cadre du divertissement.
C’est précisément pour cela que votre positionnement interroge. Car lorsqu’une personnalité de votre envergure multiplie les éloges politiques aussi appuyés juste pour se faire les poches, elle ne parle plus seulement en son nom : elle participe à une construction narrative du pouvoir.
Et cette construction a des effets : elle influence les perceptions ; elle brouille le débat public ; elle marginalise la critique ; elle normalise l’absence de contradiction.
Le silence critique comme nécessité démocratique
Dans toute société sérieuse, les artistes jouent un rôle essentiel : celui de miroir, parfois dérangeant, parfois critique, mais indispensable. Or ici, ce que beaucoup constatent, c’est une transformation progressive de la parole artistique en discours d’accompagnement d’une dictature, sans distance, sans nuance, sans contradiction. Et c’est précisément cela qui dérange.
Une question de dignité culturelle
Monsieur Olomidé, la véritable grandeur d’un artiste ne se mesure pas à sa capacité à flatter les puissants, mais à sa capacité à survivre sans eux.
L’histoire culturelle africaine retiendra davantage ceux qui ont osé dire non que ceux qui ont systématiquement dit oui.
Car à force de transformer l’éloge en stratégie, et la musique en relais politique, on finit par réduire la culture à une fonction décorative du pouvoir.
Conclusion
Cette publication n’est ni une attaque personnelle ni un règlement de comptes. Elle est une interpellation politique et culturelle.
Elle pose une question simple : quelle place voulons-nous donner à la culture dans nos espaces démocratiques ?
Une culture libre, critique, indépendante ?
Ou une culture de validation, de célébration systématique et d’accompagnement du pouvoir ?
L’histoire jugera.
Par Serge Armand Zanzala
Écrivain, chercheur, citoyen engagé, Directeur de La Société Littéraire, Initiateur du projet Kongo Ya Sika



