GABON/L’AFFAIRE BILIE-BY-NZÉ : les prix politique et diplomatique d’une répression mal calculée

GABON/L’AFFAIRE BILIE-BY-NZÉ : les prix politique et diplomatique d’une répression mal calculée

LIBRES PROPOS. Quand un régime qui a promis l’État de droit franchit la ligne rouge que même ses prédécesseurs n’avaient jamais osé franchir Il est des impostures politiques qui se suffisent à elles-mêmes. Il suffit de les exposer à la lumière de leurs propres proclamations pour que l’édifice s’effondre sous le seul poids de la contradiction. L’arrestation, dans la nuit du 15 avril 2026, à son domicile, de l’ancien Premier ministre, Président du Parti politique Ensemble Pour le Gabon, Alain-Claude Bilie-By-Nzé, arrivé deuxième à la présidentielle d’avril 2025, et son placement sous mandat de dépôt à la prison centrale de Libreville le lendemain, constitue précisément cette espèce d’événement révélateur : ce moment où un régime se condamne de sa propre voix, avec ses propres mots, devant l’histoire et devant la conscience universelle. I. LE SERMENT FONDATEUR : LE CONTRAT QUE L’ON NE PEUT DECHIRER Les auteurs du coup d’État du 30 août 2023, devenus depuis lors les dirigeants constitutionnels du Gabon après une élection qu’ils ont organisée et contrôlée du début à la fin, ont fondé leur prise de pouvoir – et aujourd’hui leur légitimité – sur un constat et sur des engagements solennels. Ils proclamaient que le Gabon traversait une crise profonde marquée par des violations des droits fondamentaux, la mainmise d’une élite sur le pouvoir et un recul démocratique. En réponse à ce constat, la Charte de la Transition s’engageait solennellement à assurer « la promotion et la protection des Droits de l’Homme et des libertés publiques » ainsi que « le renforcement de l’indépendance de la Justice et la lutte contre l’impunité ». Ces engagements étaient les actes constitutifs, les titres de légitimité, la justification morale et politique du renversement par les armes d’un gouvernement élu. Ils obligent. Ils condamnent. Et la Constitution du 19 décembre 2024 – texte suprême du régime actuel – les a gravés dans le marbre institutionnel en inscrivant au fronton de son préambule que « le peuple gabonais … porté par l’esprit du 30 août 2023, entend reprendre sa marche vers l’édification d’un État de droit garant des droits et libertés fondamentaux ». Cette formule est une norme constitutionnelle suprême. Le régime qui la viole ne trahit plus seulement sa parole : il viole sa propre Constitution. Il est son propre hors-la-loi. II. LE PRECEDENT HISTORIQUE : LA MESURE ACCABLANTE DE L’INEDIT Pour mesurer l’ampleur de la trahison, il faut la rapporter à l’histoire. Et l’histoire est sans appel. Durant les longues décennies du règne d’Omar Bongo Ondimba, les formes de répression privilégiées contre les opposants de premier rang furent l’exil contraint, la condamnation par contumace et l’interdiction de candidature, jamais l’incarcération physique directe sur le sol gabonais. Pierre Mamboundou fut condamné à dix ans de prison par contumace depuis son exil au Sénégal, mais il rentra au pays en 1993 sans avoir à purger cette peine. À son retour sur le sol gabonais, malgré sa condamnation antérieure, il ne fut pas arrêté. Paul Mba Abessole, l’adversaire le plus redouté d’Omar Bongo dans les années 1990, candidat à trois élections présidentielles et figure de proue du multipartisme naissant, vécut en exil avant d’être rapatrié politiquement sans jamais connaître les geôles de son pays. Sous Ali Bongo Ondimba, André Mba Obame, pourtant accusé de haute trahison pour s’être autoproclamé président de la République en 2011, trouva refuge dans les locaux du PNUD à Libreville et regagna finalement son domicile sans être physiquement incarcéré. Il en fut de même pour Jean Ping, qui fut interdit de quitter le territoire – mesure grave, certes, mais encore en-deçà de l’incarcération physique. En trente-cinq ans de vie politique gabonaise, sous deux présidents Bongo Ondimba et malgré tous les reproches qui leur ont été faits par leurs adversaires en terme de non respect des libertés fondamentales, aucun opposant politique de premier plan n’avait été arrêté en pleine nuit à son domicile, placé en garde à vue par la Direction Générale des Recherches et conduit à la prison centrale de Libreville. Cette frontière, que même ces régimes avaient su ne pas franchir, c’est le régime qui se proclame « libérateur » qui l’a franchie. Non pas malgré ses promesses d’État de droit, mais en les tenant dans une main pendant qu’il les piétine de l’autre. Le fossé est vertigineux. Il ne sépare pas seulement deux époques. Il sépare deux conceptions irréductibles de la politique : celle qui supporte malgré elle la contestation politique de ses adversaires, et celle qui la réprime par les barreaux – cette dernière étant, dans l’histoire des régimes, le symptôme le plus sûr d’un pouvoir qui ne se sent plus en mesure de gouverner par la persuasion et doit désormais gouverner par la peur. III. LA PROCEDURE : QUAND LA FORME TRAHIT LE FOND En ma qualité de juriste, j’ai jusqu’à présent choisi de ne pas me prononcer sur le fond de l’affaire qui oppose Alain-Claude Bilie-By-Nzé à sa plaignante. Ce choix n’est pas celui de l’indifférence – c’est celui de la rigueur. Il appartient aux magistrats, et à eux seuls, de se prononcer sur les faits allégués, d’en apprécier la réalité, la qualification et la portée. Cette réserve sur le fond, je l’assume pleinement et je la maintiens. Mais il est une dimension de cette affaire sur laquelle le juriste, de surcroît homme politique, ne peut se taire sans manquer à ses obligations les plus élémentaires envers l’état du droit : la conduite de la procédure elle-même. Car la procédure n’est pas un accessoire de la justice, elle en est la colonne vertébrale. Elle est la garantie que le résultat, quel qu’il soit, sera le produit d’un processus équitable et non d’une mécanique orientée. Or, à s’en tenir aux seuls faits procéduraux publiquement établis dans cette affaire, force est de constater que cette garantie est sérieusement mise en défaut. Premier fait procédural : l’arrestation a été conduite par des agents de la Direction Générale des Recherches dans des conditions qualifiées par la défense d’« arbitraires, brutales et manifestement contraires aux principes fondamentaux de

GABON. On ne fait pas du neuf avec du vieux, ou l’impossible changement du système sous le régime issu du 30 août 2023

GABON. On ne fait pas du neuf avec du vieux, ou l’impossible changement du système sous le régime issu du 30 août 2023

I. UNE PHRASE, UN CONTEXTE, UNE INTENTION Le 30 novembre 2014, à la place de l’Indépendance de Franceville, j’avais prononcé une phrase qui allait profondément marquer ma trajectoire politique : « On ne fait pas du neuf avec du vieux. » Cette formule fut immédiatement caricaturée. On y lut une attaque contre les anciens, une provocation générationnelle, une entreprise de mise à l’écart de certaines figures historiques du système politique gabonais. Le contexte politique était alors tendu, traversé par l’idée d’une fracture entre une nouvelle génération et les hiérarques hérités de l’ère Omar Bongo Ondimba. Beaucoup voulurent voir dans ma phrase l’expression de ce conflit. Mais cette lecture était fausse. Ce jour-là, je ne parlais pas d’âge biologique. Je parlais de structures politiques. Je ne dénonçais pas des hommes en raison de leur ancienneté. Je dénonçais les résistances opposées à la réforme du système. Et ces résistances, je les observais de l’intérieur même du pouvoir, non comme spectateur, mais comme acteur du système, engagé au cœur de sa mécanique quotidienne. II. LA VOLONTÉ DE RÉFORME D’ALI BONGO ONDIMBA ET SES ADVERSAIRES INTERNES À cette époque, le Président Ali Bongo Ondimba tentait d’introduire une méthode nouvelle de gouvernance. Il voulait moderniser l’action publique, transformer les mécanismes de décision, réformer les pratiques de gestion héritées de plusieurs décennies d’un fonctionnement politique enraciné dans des logiques anciennes. Au sommet de l’État, il existait une volonté réelle de transformation structurelle qui tentait de se frayer un chemin à travers la résistance du système lui-même. Mais cette volonté se heurtait à une résistance considérable. Cette résistance venait de plusieurs cercles à la fois : des hiérarques du Parti Démocratique Gabonais, des barons administratifs solidement installés dans leurs prérogatives, des réseaux d’influence construits sur des décennies de pratiques clientélistes, et de tous ceux qui percevaient les réformes envisagées comme une menace directe contre leurs intérêts établis. Beaucoup voyaient dans les changements impulsés par Ali Bongo Ondimba un risque de remise en cause des équilibres acquis, des privilèges consolidés, des mécanismes de reproduction du pouvoir hérités du régime précédent. Je voyais les blocages. Je voyais les sabotages silencieux. Je voyais ces freinages discrets qui paralysaient, réforme après réforme, toute initiative de modernisation. C’est dans ce contexte précis qu’à Franceville, lors d’une manifestation de soutien au Président dans sa province natale du Haut-Ogooué, j’avais estimé nécessaire d’interpeller ceux qui, tout en se réclamant de son soutien, refusaient en réalité les changements qu’il voulait introduire. Certaines personnalités, même dans cette province symboliquement liée au Président, manifestaient leurs réserves parce qu’elles estimaient être marginalisées par les nouvelles orientations, prétendant soutenir le chef de l’État tout en sabotant, par leurs inerties ou leurs calculs, l’essentiel de ce qu’il voulait construire. C’est à eux que je répondais. Le sens de ma formule était simple : on ne peut pas prétendre vouloir le changement tout en exigeant la conservation intégrale des mécanismes qui l’empêchent précisément. On ne peut pas se réclamer du soutien à un programme de modernisation tout en protégeant les structures qui en constituent l’obstacle principal. III. LE BROUILLAGE ORGANISÉ : QUAND LES GARDIENS DU TEMPLE NOIENT LE POISSON Il faut aujourd’hui rétablir une vérité sur ce qui s’est réellement joué autour de cette phrase. Car ceux qui s’étaient attaqués à moi à l’époque avaient parfaitement compris ce que je voulais dire. Ils savaient que je ne parlais pas d’âge. Ils savaient que je ne dénonçais pas les anciens en tant qu’anciens. Ils savaient que je désignais les résistances aux réformes, les mécanismes de conservation du système, les blocages internes qui empêchaient toute transformation réelle de l’État. Ils l’avaient compris. Et c’est précisément pour cela qu’ils ont agi comme ils ont agi. Car si le peuple gabonais regardait véritablement ce que je montrais, il aurait fallu ouvrir un débat sur le conservatisme systémique, sur les intérêts établis, sur les réseaux de blocage. Il aurait fallu que ces gardiens du temple assument publiquement ce qu’ils étaient : des résistants au changement, des défenseurs de leurs propres privilèges habillés en serviteurs de l’État. Cela, ils ne le voulaient pas. Alors ils ont déplacé le débat. Moi, je désignais un problème de fond, les structures conservatrices qui paralysaient toute réforme, les mécanismes invisibles qui empêchaient le changement. Mais ils ont fait de moi le problème. Ils ont transformé une réflexion systémique en querelle personnelle, un débat sur les structures en conflit de susceptibilités, une mise en cause du conservatisme en prétendue guerre déclarée aux anciens. Ils ont fabriqué le doigt pour que personne ne regarde la lune. Pourquoi ? Parce qu’ils ne voulaient pas être identifiés comme les véritables gardiens du conservatisme. En me faisant passer pour un guerrier anti-anciens, ils évitaient d’être reconnus pour ce qu’ils étaient : des saboteurs de réformes déguisés en défenseurs de l’ordre. Et malheureusement, pendant longtemps, ce brouillage a fonctionné. Mais l’histoire finit toujours par rétablir les vérités que les stratégies politiques tentent d’étouffer. IV. LE MÊME DIAGNOSTIC, DEUX MÉTHODES : LA PAROLE DÉMOCRATIQUE ET LE PUTSCH Les auteurs du coup d’État du 30 août 2023, qui sont pour l’essentiel les mêmes que ceux du régime civil actuel, ont prétendu, pour justifier leur prise de pouvoir, avoir fait le même constat que celui que j’avais moi-même formulé publiquement dès 2014. Ils ont prétendu avoir compris que le système gabonais était devenu incapable de produire le changement qu’attendait le peuple, que les mécanismes anciens empêchaient les transformations nouvelles, que le pays ne pouvait plus se réformer avec les instruments hérités du passé. Autrement dit : ils ont repris à leur compte, en le retournant à des fins putschistes, le constat que j’avais porté par la voie démocratique. Je dis bien : ils ont prétendu. Car entre comprendre véritablement une réalité systémique et s’en emparer comme prétexte commode à une prise de pouvoir militaire, il y a une distance considérable. Ce constat, je l’avais porté dans le cadre qui est le mien : la parole politique, le débat public, la conviction par les idées, l’appel à la réforme dans

Hausse du kérosène : Royal Air Maroc suspend provisoirement plusieurs vols vers l’Europe et l’Afrique

Hausse du kérosène : Royal Air Maroc suspend provisoirement plusieurs vols vers l’Europe et l’Afrique

TRANSPORT AÉRIEN. La compagnie aérienne Royal Air Maroc (RAM) a annoncé ce week-end la suspension provisoire de certaines lignes aériennes en raison de la forte hausse des prix du kérosène consécutives aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient, doublée  d’un ralentissement de la demande sur certaines dessertes. Elle a ainsi décidé la suspension provisoire des vols reliant Casablanca à Bangui, Brazzaville,  Kinshasa, Douala, Yaoundé et Libreville. Sont également suspendus les vols reliant Tanger à Malaga et Barcelone ainsi que ceux reliant Marrakech à Lyon, Bordeaux, Marseille et Bruxelles. Dans un communiqué relayé par l’agence MAP, la compagnie rappelle que cette hausse exceptionnelle des charges d’exploitation impacte fortement l’ensemble du secteur aérien mondial et a conduit plusieurs compagnies aériennes à revoir leur programmation de vols et à adapter temporairement leurs capacités. Royal Air Maroc annonce qu’elle mettra en œuvre toutes les dispositions nécessaires afin d’accompagner les clients concernés par ces suspensions et de limiter au maximum les désagréments occasionnés. Elle ajoute qu’elle rétablira progressivement ces lignes dès que les conditions opérationnelles et économiques le permettront. Martin KAM

Gabon : Dénouement de la crise à l’ambassade du Congo grâce à la médiation du président de la communauté congolaise

Gabon : Dénouement de la crise à l’ambassade du Congo grâce à la médiation du président de la communauté congolaise

TRIBUNE. Un retour au calme a été observé le 4 mai 2026 à l’ambassade de la République du Congo à Libreville, mettant fin à plusieurs heures de vives tensions entre les ressortissants congolais et les autorités consulaires. Ce dénouement est le fruit de la médiation menée par M. Gildas Parfait Diamonéka, président de la communauté congolaise au Gabon. Une réunion de concertation a été organisée sous l’autorité de l’ambassadeur du Congo au Gabon, M. François Ibovi a permis de rétablir le dialogue entre les ressortissants congolais et les autorités consulaires. Une crise ouverte a été évitée de justesse entre les ressortissants congolais du Gabon et leur représentation diplomatique à Libreville. Après vingt-quatre heures de vive tension marquées par la frustration et des mouvements d’humeur, le calme est revenu. Ce dénouement fait suite à une médiation de Gildas Parfait Diamoneka, président de la communauté congolaise au Gabon, qui a permis aux compatriotes d’obtenir les éclaircissements attendus. Épaulé par les membres de son bureau national, notamment M. Mombo Sivo, chatgé de la communication et relations extérieures) et M. Ghislain Tchikaya en charge du sport et culture, le président de la communauté a œuvré de manière décisive à la désescalade des tensions. Une réunion d’urgence pour éviter l’escalade Pour répondre à la grogne croissante, une réunion de crise a été convoquée sous la haute autorité de l’ambassadeur François Ibovi. Cette initiative visait à apaiser la situation au sein de la représentation diplomatique congolaise au Gabon. Sous le signe du dialogue, cette rencontre a mis face à face l’administration consulaire, notamment Serge Alain Ossenguet et Marien Iboulamoki et les représentants de la communauté congolaise au Gabon. L’objectif commun était de dénouer sans délai une situation devenue inconfortable pour l’ensemble des parties prenantes. Des zones d’ombre entourant la manipulation d’un fonds de 5 millions de FCFA À l’origine de la crise se trouve un incident survenu lors de l’accueil du président Denis Sassou-N’Guesso à l’aéroport international Léon-Mba de Libreville. La polémique s’est cristallisée autour d’une enveloppe remise publiquement aux ressortissants, laquelle aurait été préalablement ouverte, suscitant ainsi l’indignation des compatriotes présents. Selon les précisions fournies lors de la réunion, l’enveloppe de cinq millions de francs CFA, don du Chef de l’État destiné à remercier les 437 compatriotes mobilisés pour l’accueil, a été présentée déjà ouverte par les autorités consulaires. Ce détail a été le point de friction majeur lors des échanges. A ce fait, s’est ajouté un climat d’hésitation dans la transmission du Don, devant une foule déjà fatiguée par l’attente mais attentive aux moindres gestes. Cette succession d’éléments imprévisibles a provoqué des interprétations diverses et nourri un sentiment de méfiance parmi les autorités présentes sur place. Beaucoup y ont vu un manque de transparence. Suite à cet incident et aux vives protestations qui ont suivi, le président de la communauté congolaise a été appelé à mener une médiation pour désamorcer la crise. M. Gildas Diamonéka s’est d’abord employé à apaiser ses compatriotes en les invitant à la retenue et à la confiance envers les autorités consulaires. Il a ensuite rappelé les valeurs qui ont motivé leur forte mobilisation pour l’accueil du Chef de l’État. Enfin, le président a précisé que cette organisation s’inscrivait dans le cadre rigoureux défini lors de la réunion préparatoire tenue le 30 avril 2026 à l’ambassade. Selon le président de la communauté congolaise au Gabon, M. Gildas Diamonéka, l’incident découle principalement d’une erreur de gestion dans la perception des foules et d’un manque de communication concernant la remise du don présidentiel. Il a tenu à préciser qu’il ne s’agissait en aucun cas d’une intention délibérée de l’ambassade de léser les participants. Par Prosper Makaya

Gabon. Inauguration de l’annexe du Tribunal de Première Instance de Libreville et renforcement des capacités des Forces de Police Nationale

Gabon. Inauguration de l’annexe du Tribunal de Première Instance de Libreville et renforcement des capacités des Forces de Police Nationale

Le Président de la République, Chef de l’État et Président du Conseil Supérieur de la Magistrature, Son Excellence Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, a procédé ce jour à l’inauguration de l’annexe du Tribunal de Première Instance de Libreville. Cette réalisation majeure s’inscrit dans la dynamique de modernisation de l’appareil judiciaire national et de renforcement de l’Etat de droit. Avec cette infrastructure,c’est l’Etat qui réaffirme son engagement à garantir une justice accessible, équitable et efficace, au service des citoyens. Ce complexe répond aux exigences du service public et offre un cadre de travail fonctionnel et adapté aux magistrats, avocats, greffiers et à l’ensemble des acteurs judiciaires. Le bâtiment principal comprend notamment quatre salles d’audience, deux salles multimédias et deux cafétérias. Il est complété par deux blocs annexes symétriques totalisant 154 bureaux, destinés à améliorer l’organisation et la fluidité du traitement des dossiers. Au-delà de son rôle opérationnel, cette infrastructure incarne une vision durable, celle d’une justice modernisée, crédible et pleinement tournée vers la protection des droits des justiciables. En marge de cette cérémonie, le Chef de l’État, Chef Suprême des Forces de Défense et de Sécurité, a procédé à la remise d’un important lot d’équipements au profit des Forces de Police Nationale. Cette dotation comprend 10 000 uniformes et équipements divers, 840 barrières de sécurité ainsi que 148 vélos, destinés à renforcer les capacités d’intervention et les conditions de travail des agents. Ces actions traduisent la volonté constante des plus hautes autorités de consolider des institutions fortes, modernes et performantes, au service de la sécurité, de la justice et du bien-être des populations.

Gabon/Passeport diplomatique d’Ali Bongo : entre mensonge d’État et dénis de droit – une honte républicaine

Gabon/Passeport diplomatique d’Ali Bongo : entre mensonge d’État et dénis de droit – une honte républicaine

HAUT ET FORT. Une information circule depuis quelques jours sur les réseaux sociaux gabonais et gagne en intensité depuis lors : Ali Bongo Ondimba aurait reçu son passeport diplomatique d’ancien chef d’État. Cette information est reprise, amplifiée, mise en scène, au point de donner l’illusion d’un fait acquis, d’une normalisation administrative, d’un geste institutionnel tardif mais salutaire. Certains allant même jusqu’à y voir un acte d’apaisement politique, une marque d’élégance républicaine. Cette présentation est doublement fausse. Elle est factuellement fausse et juridiquement trompeuse. À la suite de son propre fils, Nourredin Bongo Valentin, qui l’a publiquement démenti, je démens à mon tour fermement cette information, d’autant mieux que je suis actuellement aux côtés d’Ali Bongo Ondimba, en séance de travail en France sur le dossier du Parti Démocratique Gabonais. Je sais donc de source directe et certaine que le Président Ali Bongo Ondimba n’a pas reçu de passeport diplomatique. Le mensonge est donc triplement établi : par la réalité des faits, par le témoignage de la famille elle-même, et par son entourage proche. Mais je n’entends pas m’en tenir à ce seul démenti. Car ce qui est en jeu ici est bien plus grave qu’une simple fake news. Ce qui est en jeu, c’est l’indignité dans laquelle le régime de transition maintient délibérément le premier ancien président vivant de l’histoire du Gabon, et la manipulation cynique d’un document administratif qui aurait dû lui être remis il y a plus de trente mois. I. UN FAUX GROSSIER, UNE TRIPLE VIOLATION DU DROIT, ET LE SILENCE COMPLICE DU RÉGIME Commençons par établir ce que ce document est réellement. Ce passeport qui circule sur les réseaux sociaux est, j’en suis convaincu, un faux grossier. Un faux qui expose publiquement les données personnelles d’Ali Bongo Ondimba – sa photographie, sa date de naissance, ses éléments d’état civil – sous le sceau supposé de la République gabonaise. Or, cette diffusion constitue, en droit gabonais positif et en vigueur, une triple violation que le régime se refuse obstinément à sanctionner, alors même qu’il en détient désormais tous les instruments légaux. En premier lieu, la loi n°025/2023 du 12 juillet 2023 relative à la protection des données à caractère personnel protège explicitement les données personnelles de tout citoyen gabonais, a fortiori celles d’un ancien chef d’État. La diffusion non consentie de la photographie, de la date de naissance et des éléments d’identification d’Ali Bongo Ondimba dans un document présenté comme officiel constitue une atteinte manifeste à cette protection. Le Président de la Commission nationale de protection des données à caractère personnel devrait se saisir d’office, de cette violation flagrante. Son silence est inexplicable. En deuxième lieu, l’Ordonnance n°0011/PR/2026 du 26 février 2026 portant réglementation de l’usage des réseaux sociaux, que le Président de la République a lui-même signée il y a à peine deux mois, est d’une clarté implacable. Son article 32 interdit expressément tout contenu imitant l’identité visuelle d’une institution étatique gabonaise à des fins de désinformation. La fabrication d’un faux passeport arborant les attributs visuels d’un document officiel de la République tombe précisément sous le coup de cette interdiction. Son article 52 punit quiconque usurpe l’identité d’un tiers via un réseau social pour porter atteinte à son honneur ou à sa considération. Ses articles 7 et 8 établissent par ailleurs la fameuse responsabilité solidaire de tout utilisateur ayant participé à l’amplification d’un contenu illicite – ce qui, en application de la nouvelle loi de ce régime, inclut chacun de ceux qui ont partagé ce document falsifié. En troisième lieu, l’Ordonnance n°0013/PR/2026 du même jour portant réorganisation de la Haute Autorité de la Communication lui confie, en son article 3 nouveau, la mission expresse de prévenir, détecter et sanctionner la désinformation. Elle lui ouvre, en ses articles 38 à 42, une procédure de référé numérique déclenchable d’office, permettant d’ordonner la suspension du contenu, son déréférencement ou la publication forcée d’un correctif. Pourquoi le Président de la HAC ne s’est-il pas saisi de cette affaire ? Pourquoi le Ministère Public n’a-t-il pas, de sa propre initiative, saisi le juge des référés pour ordonner le retrait de ce faux document circulant sous le sceau supposé de la République ? Pourquoi le gouvernement, dont plusieurs membres ont contresigné ces ordonnances, laisse-t-il prospérer en silence une désinformation qui engage la crédibilité de ses propres institutions ? La réponse tient en deux hypothèses, et deux seulement. Première hypothèse : le régime est à l’origine de cette information. Il aurait alors délibérément orchestré la diffusion d’un faux sous les couleurs de la République, s’attribuant un mérite fictif pour un acte qu’il n’a pas accompli. Ce serait là une manœuvre de communication non seulement méprisable, mais pénalement caractérisée au regard des textes qu’il a lui-même édictés. Deuxième hypothèse : le régime n’en est pas l’auteur. Dans ce cas, son inaction face à une désinformation massivement relayée par les réseaux sociaux et les médias en ligne notamment le rend complice de fait. Lorsqu’un mensonge est amplifié au vu et au d’un pouvoir et que ce pouvoir se tait, la conclusion s’impose : soit le régime en est l’auteur, soit il en est le complice. Dans un État de droit digne de ce nom, ni l’une ni l’autre de ces qualifications n’est acceptable. II. LE VRAI SCANDALE : PARTIR DU GABON AVEC UN SIMPLE PASSEPORT ORDINAIRE Ce qui rend cette situation proprement scandaleuse, ce n’est pas seulement le mensonge. C’est la réalité qu’il dissimule. Lorsqu’Ali Bongo Ondimba a quitté le territoire gabonais pour raisons de santé, après sa libération, le pouvoir en place dans notre pays ne lui a remis qu’un simple passeport ordinaire. Pas même un passeport de service. Pas un passeport diplomatique. Un passeport ordinaire, identique à celui délivré à tout citoyen gabonais lambda. Qu’on mesure bien l’abjection de cette situation : un homme qui a présidé aux destinées du Gabon pendant quatorze années, qui a représenté l’État gabonais sur la scène internationale, qui a signé des traités au nom de la République, qui a reçu des chefs d’État du monde entier,

Gabon : le Groupe de la Banque africaine de développement et le gouvernement clôturent la 10e édition de l’Africa Energy Market Place vers un accès universel à l’énergie dans le cadre de la Mission 300

Gabon : le Groupe de la Banque africaine de développement et le gouvernement clôturent la 10e édition de l’Africa Energy Market Place vers un accès universel à l’énergie dans le cadre de la Mission 300

Au Gabon, environ 94 % de la population a accès à l’électricité et environ 90 % disposent de moyens de cuisson propre. La Banque africaine de développement, en partenariat avec le gouvernement gabonais, a clos la 10e édition de l’Africa Energy Market Place (AEMP) à Libreville. Ce forum phare, qui s’est tenu les 8 et 9 avril 2026 à la résidence Nomad Suites à Libreville, au Gabon, a réuni des décideurs politiques de haut niveau, des partenaires au développement et des dirigeants du secteur privé afin d’accélérer les réformes et les investissements nécessaires pour libérer le potentiel énergétique du Gabon et faire progresser l’initiative continentale Mission 300. La « Mission 300 », une initiative conjointe de la Banque africaine de développement et du Groupe de la Banque mondiale, vise à raccorder 300 millions d’Africains à l’électricité d’ici 2030, le Groupe de la Banque s’étant engagé à fournir un accès à 50 millions de personnes. Lancé en 2018, l’AEMP est la principale plateforme de dialogue politique pour le secteur énergétique du Groupe de la Banque, opérant dans le cadre du Programme d’assistance technique au secteur de l’énergie en Afrique. Vingt-quatre pays ayant déjà rejoint cette initiative avant cette édition, le Gabon devient le 25e pays à participer à la plateforme. Le forum de Libreville a constitué un espace essentiel qui a permis au Gabon d’aligner ses priorités énergétiques nationales sur la feuille de route de la Mission 300 et d’élaborer un Pacte national pour l’énergie solide, capable de mobiliser des investissements, d’accélérer les réformes et de garantir un accès inclusif à l’énergie. « Notre expérience a montré que des réformes cohérentes sont le fondement de systèmes énergétiques durables. Ici, au Gabon, c’est exactement ce que nous avons constaté : une appropriation politique claire, un pacte énergétique cohérent et une détermination commune à transformer les plans en projets investissables. La participation du secteur privé n’est pas un simple complément de la Mission 300 ; elle est essentielle à son succès », a déclaré Kevin Kariuki, vice-président chargé de l’Énergie, du Climat et de la croissance verte du Groupe de la Banque africaine de développement. Les participants ont mené un dialogue structuré autour des cinq piliers stratégiques du projet de Pacte national de l’énergie du Gabon : l’extension des capacités de production et la modernisation des infrastructures du réseau ; la mise à profit de l’intégration énergétique régionale par le biais de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et du Pool énergétique de l’Afrique centrale ; le développement des énergies renouvelables distribuées (ERD) et des solutions de cuisson propre ; la mobilisation des investissements du secteur privé grâce à des financements innovants et à des partenariats public-privé ; et l’amélioration de la viabilité financière et de la gouvernance de la société nationale d’électricité SEEG. Les discussions ont porté sur l’ensemble de la chaîne de valeur énergétique — de la production au transport et à la distribution —, avec un accent particulier mis sur l’électrification rurale. Wale Shonibare, directeur des Solutions financières, de la Politique et de la régulation de l’énergie du Groupe de la Banque africaine de développement, a qualifié ces deux jours de réunions de très fructueux. « L’objectif de l’Africa Energy Market Place est de créer un environnement propice à la participation du secteur privé, en mettant en place les réformes nécessaires pour attirer les investissements et mobiliser des financements auprès des partenaires donateurs, des banques de développement et des promoteurs du secteur privé. Cet AEMP a joué un rôle déterminant dans la consultation des parties prenantes afin de renforcer le Pacte national de l’énergie et de préparer le terrain pour une mise en œuvre rapide. L’appropriation par le gouvernement est absolument essentielle à la réussite, et c’est exactement ce que nous avons constaté ici », a déclaré M. Shonibare. Le Gabon fait figure de pionnier en matière d’accès à l’énergie en Afrique Le Gabon aborde ce processus avec des atouts majeurs : environ 94 % de sa population a accès à l’électricité et près de 90 % dispose de moyens de cuisson propre. Toutefois, cet accès reste fortement concentré dans les centres urbains, avec un déficit important dans les zones rurales. Le forum a également abordé un paradoxe structurel majeur : alors que certaines régions du pays ont une capacité de production excédentaire, d’autres sont confrontées à des pénuries persistantes — conséquence de l’existence de quatre réseaux isolés qui ne sont pas encore interconnectés. L’interconnexion de ces réseaux au sein d’un réseau national, et à terme l’intégration du Gabon au Pool énergétique de l’Afrique centrale ainsi qu’au marché régional élargi de l’énergie dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine, ont été identifiées comme des priorités stratégiques pour la sécurité énergétique, l’efficacité énergétique et la croissance économique à long terme. Les principaux résultats du forum comprennent une Note d’information sur les investissements dans l’accès à l’énergie au Gabon, alignée sur la Mission 300 ; un accord entre les parties prenantes sur les projets prioritaires en matière d’énergies renouvelables et d’extension du réseau électrique ; un projet de recommandations de réforme politique et réglementaire assorti de proposition de calendrier de mise en œuvre ; ainsi que la création d’une Unité de mise en œuvre et de suivi du Pacte (CDMU), qui servira de mécanisme gouvernemental de mise en œuvre et de responsabilisation. Dans les prochains mois, les travaux de mise en œuvre du Pacte national de l’énergie vont démarrer, le processus de l’AEMP ayant jeté les bases d’une action rapide et coordonnée. L’AEMP-Gabon a été organisé conjointement par la Banque africaine de développement et le gouvernement gabonais, avec la participation de coorganisateurs, tels que la Banque mondiale, la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), le Pool énergétique de l’Afrique centrale (PEAC), l’initiative Énergie durable pour tous (SEforALL) des Nations unies, l’Association des développeurs de mini-réseaux en Afrique (AMDA) et l’Initiative africaine pour les énergies renouvelables (AREI). Afdb

Gabon. Arrestation d’Alain-Claude Bilie-By-Nze : une procédure prescrite, une imputation infondée, un signal politique qui ne trompe personne

Gabon. Arrestation d’Alain-Claude Bilie-By-Nze : une procédure prescrite, une imputation infondée, un signal politique qui ne trompe personne

HAUT ET FORT. Le Bureau Exécutif du parti politique Ensemble pour le Gabon (EPG) a publié ce 16 avril 2026 un communiqué officiel faisant état de l’arrestation, le 15 avril 2026, de son Président, Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre, par des agents de la Direction Générale des Recherches (DGR). C’est sur la base exclusive de ce document rendu public par son parti, et des faits qu’il relate sous la responsabilité de ses signataires, que je formule les observations qui suivent. Je ne dispose d’aucune information indépendante sur cette affaire. Mais les faits tels que rapportés dans ce communiqué officiel appellent, de la part d’un juriste et d’un responsable politique, une analyse rigoureuse que je dois à l’opinion nationale. Selon ce communiqué, l’arrestation serait liée à une affaire remontant à 2008, relative à l’organisation de la Fête des cultures, dans le cadre de laquelle un prestataire privé réclamerait aujourd’hui le paiement d’une créance qu’il impute à titre personnel à Alain-Claude Bilie-By-Nze, au motif que ce dernier était alors, à la fois, ministre délégué à la Culture et président du comité d’organisation de l’événement. Ces éléments, s’ils sont exacts, posent des questions juridiques d’une gravité certaine, et révèlent, dans leur configuration d’ensemble, un signal politique que je ne peux pas laisser passer sous silence. I. SUR LA BASE DU COMMUNIQUÉ EPG : TROIS VICES JURIDIQUES CUMULATIFS Premier vice : La question du mandat judiciaire et de l’autorité requérante. La Direction Générale des Recherches est une composante de la Gendarmerie nationale gabonaise dotée d’une direction des investigations. Ses agents ont, à ce titre, qualité d’officiers de police judiciaire et peuvent, en droit, procéder à des arrestations dans le cadre d’enquêtes pénales. Mais cette compétence n’est pas inconditionnelle, elle s’exerce, selon le Code de procédure pénale gabonais, sous l’autorité du Procureur de la République et sur la base d’un mandat ou d’une réquisition judiciaire. Or, le communiqué d’EPG ne mentionne l’existence d’aucun mandat judiciaire, d’aucune réquisition du Parquet, d’aucune ordonnance du juge d’instruction. L’absence de ces éléments dans le communiqué n’est pas un détail : c’est la question procédurale centrale. Une arrestation opérée par des agents de la DGR sans mandat judiciaire apparent, dans le cadre d’un litige financier de droit commun, serait constitutive d’une arrestation arbitraire, quand bien même ces agents auraient qualité d’OPJ. À cela s’ajoute une observation politique que le droit autorise à formuler : la DGR est, dans l’architecture institutionnelle gabonaise, placée directement sous l’autorité du Président de la République. Son utilisation dans une affaire impliquant le principal opposant politique du régime soulève donc une question de confusion des pouvoirs qui va au-delà de la simple irrégularité procédurale, c’est l’instrumentalisation potentielle d’un service de souveraineté à des fins de neutralisation politique. Deuxième vice : L’imputation personnelle juridiquement infondée. En 2008, la Fête des cultures était une mission de service public organisée par le ministère délégué à la Culture, c’est-à-dire par l’État gabonais lui-même. Les engagements contractés envers les prestataires dans ce cadre étaient des engagements de la puissance publique, exécutés sur crédits budgétaires. Un principe cardinal du droit administratif, constant dans toute la tradition juridique gabonaise d’inspiration française, interdit d’imputer personnellement à un agent public les dettes nées de l’exercice de ses fonctions, sauf à établir une faute personnelle détachable du service, c’est-à-dire une faute qui révèle l’homme agissant pour son compte propre et non l’agent agissant pour celui de l’administration. La simple inexécution d’une obligation budgétaire de l’État envers un prestataire ne constitue pas une telle faute. Si le communiqué EPG rapporte fidèlement les faits, la créance alléguée est une créance contre l’État gabonais, et c’est à l’État gabonais qu’elle devait être réclamée, devant les juridictions compétentes. Troisième vice : La prescription, acquise depuis au moins une décennie selon le droit gabonais. Les faits remontent à 2008. Le Code de procédure pénale gabonais fixe la prescription de l’action publique en matière délictuelle à trois ans selon le code de 2018, et à dix ans selon la version révisée plus récente ; en matière criminelle, le délai est de dix ans à compter de la commission des faits ou du dernier acte interruptif. Quant aux obligations commerciales et mixtes, le droit OHADA – auquel le Gabon est partie et qui est directement applicable – fixe la prescription à cinq ans à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’agir. Dans tous les cas de figure ouverts par le droit gabonais – voie pénale délictuelle, voie pénale criminelle, voie commerciale OHADA -, la prescription est acquise depuis au moins 2013 et au plus tard depuis 2018, sauf à produire un acte interruptif valide – assignation judiciaire, mise en demeure formelle, reconnaissance de dette – dont l’existence n’est mentionnée nulle part dans le communiqué d’EPG. Engager une procédure d’arrestation en 2026 pour des faits de 2008, sans acte interruptif établi et produit, c’est construire une procédure sur une base légale inexistante. II. AU-DELÀ DES FAITS RAPPORTÉS : LE SIGNAL POLITIQUE QU’IL FAUT NOMMER Je mesure la prudence qu’impose l’honnêteté intellectuelle : je ne dispose que du communiqué d’EPG. Mais ce que je peux analyser sans réserve, c’est la configuration politique que ce communiqué décrit, et qui parle d’elle-même. La cible est le principal leader de l’opposition, arrivé deuxième à la dernière élection présidentielle, dont la parole est régulièrement entendue au-delà des frontières gabonaises. L’instrument mobilisé est la DGR, service placé sous l’autorité directe du Président de la République, et non le circuit judiciaire ordinaire, ce qui n’est pas un accident procédural : c’est un choix qui envoie un message. Le moment est celui d’une situation politique dont la légitimité populaire du régime en place est de plus en plus ouvertement questionnée, à près de la première année de l’anniversaire de l’élection démocratique du Président de la République. Le prétexte invoqué est une créance vieille de dix-huit ans, subitement réactivée, frappée de prescription selon les textes gabonais eux-mêmes. Cette configuration a un nom dans la littérature politique et juridique comparée :