HOMMAGE. Douceur, talent et générosité : L’empreinte inoubliable de Don Fadel

DISPARITION. Le monde de la musique congolaise en France est en deuil. Le 26 novembre dernier, à Chelles, en région parisienne, Thomas Nsemo Don Fadel s’est éteint, laissant derrière lui un héritage artistique unique et des souvenirs inoubliables pour ceux qui l’ont connu. Chanteur, musicien et passionné d’échanges culturels, Don Fadel restera dans les mémoires comme un véritable artisan du dialogue entre les cultures congolaise et cubaine. Originire du Congo, Don Fadel a fait ses études à Cuba, où il s’est imprégné de la richesse musicale de ce pays. Une fois installé en France, il a su mêler ses racines congolaises à son expérience cubaine pour créer un style musical qui lui était propre. Son orchestre, Likembe Con Salsa, porte ce mélange en son nom : un hommage au Likembe, cet instrument congolais aussi appelé Sanza, et à la musique cubaine, qu’il chérissait tant. Un homme chaleureux et un artiste passionné Selon Théo Blaise Kounkou, chanteur, auteur-compositeur et responsable des artistes musiciens de la diaspora, Don Fadel était un homme exceptionnel. « C’était quelqu’un de formidable, d’accueillant, avec un sens profond de la fraternité. Il était calme, aimant, et très discret », a-t-il témoigné dans un entretien accordé à Starducongo. Installé en France avec sa famille depuis de longues années, Don Fadel n’a jamais coupé les ponts avec sa communauté congolaise. Il gardait des liens solides avec ses pairs, tout en poursuivant son travail musical. Don Fadel était un multi-instrumentiste talentueux qui, tout au long de sa carrière, a réussi à réunir des influences variées pour créer une musique originale. Si Théo Blaise n’a pas eu l’occasion de collaborer directement avec lui, il se souvient de rencontres et d’échanges chaleureux. « Il m’arrivait de jouer sur des plateaux différents, mais nous nous voyions et nous partagions nos nouvelles. Il était toujours proche des gens ». Une cérémonie d’adieu à la hauteur de son étoffe Le 13 décembre, une dernière cérémonie d’hommage a été rendue à Don Fadel à Chelles, où il s’était installé après avoir vécu quelque temps à Reims. De nombreux membres de la communauté congolaise étaient présents pour lui rendre hommage : artistes, musiciens, amis, ainsi que sa famille, ses enfants et sa veuve. Parmi eux se trouvait Alphonse Nzindou Samba, accordéoniste et ancien membre des Palata Singers, qui a partagé avec Don Fadel un long parcours, depuis leurs études ensemble. La cérémonie fut marquée par des moments d’émotion intense. Alphonse Nzindou Samba a joué de l’accordéon durant la messe et a interprété des mélodies poignantes lors de la mise en terre. « Par amitié et fraternité, il a accompagné Don Fadel jusqu’à son dernier repos », raconte Théo Blaise Kounkou. Ces instants de musique, comme un ultime dialogue entre les notes, ont résonné comme un hommage vivant à l’œuvre laissée par l’artiste disparu. Un pont entre les cultures La vie et la carrière de Don Fadel illustrent la richesse des échanges entre les cultures. En faisant fusionner les sonorités cubaines avec ses origines congolaises, il a ouvert une voie musicale singulière, témoignant de sa capacité à bâtir des ponts entre les peuples. Cet esprit de fraternité, si précieux pour lui, continuera d’inspirer ceux qui l’ont connu. Durant l’homélie, le prêtre qui connaissait bien Don Fadel a rappelé son parcours exceptionnel, ainsi que son engagement pour la musique et pour les autres. Aujourd’hui, son orchestre Likembe Con Salsa demeure le symbole d’un artiste qui a su transformer son expérience de vie en une œuvre universelle. Don Fadel nous a quittés, mais son âme artistique continuera à résonner dans les cœurs de ceux qui ont eu le privilège de croiser son chemin. « Il s’en est allé, mais sa musique et son mélange de cultures resteront immortels », conclut Théo Blaise Kounkou qui garde de lui l’image d’un artiste qui a su allier douceur, talent et générosité. PAK
COUP D’ŒIL. DEL y su orquesta “Likembe con salsa de París”

MUSIQUE. Créé le 04 avril 2004 dans la région parisienne, à Noisy-Le-Grand, par Don Fadel avec la collaboration de Denis Malanda et Brice Bakabadio tous brazzavillois, l’orchestre “Likembe con salsa” qui est composé de 17 musiciens dont 09 latino-américains, s’est donné comme mission : la pratique des musiques traditionnelles afro-cubaines, lesquelles constituent l’un des fondements de la musique populaire et, comme dans le bassin du Congo avec la rumba ou encore la salsa, les genres sacrés et profanes issus du royaume Kongo s’interpénètrent étroitement , comme nous l’a longtemps montré le flûtiste, arrangeur, directeur artistique et chef d’orchestre Don Fadel. Qui est Don Fadel ? Formé à l’école cubaine, le congolais Don Fadel est certainement le meilleur spécialiste de la Salsa. Le véritable pont vivant qui relie Cuba avec le Congo et l’Afrique musicalement et artistiquement parlant. Il est d’ailleurs de la même veine que le malien Boncana Maïga, longtemps membre du groupe Africando dont il fut le collègue au conservatoire de la Havane (Cuba) A son actif et pour l’essentiel : –Une touche salsero à la chanson “Antoinette Mouanga” de Franklin Boukaka -Reprise des anciens tubes des Bantous de la capitale, dont un CD de la résurgence des Bantous de la capitale produit par Afrison/Bassoka. -Depuis Juillet 2021 publication d’un important ouvrage chez L’Harmattan “La rumba, origine et évolution” Clément OSSINONDE
Congo/Littérature et Musique. La Rumba Origine et évolution (1) de Don Fadel

Voici une réflexion sur la rumba qui sort de l’ordinaire car se fondant sur l’histoire des Kongos qui ont eu à transporter la danse nkumba à Cuba. Et sur cette nouvelle terre, la nkumba s’est transformée en rumba pour des raisons phonétiques. Cette réflexion a le mérite d’être scientifique car étant le résultat des recherches d’un artiste musicien, auteur compositeur, interprète, chanteur, ethnomusicologue et écrivain. Et son séjour, de dix ans à la Havane de 1960 à 1970, lui avait permis de redécouvrir la musique kongo à travers l’histoire de la Traite négrière. La rumba, cette réalité congolo-cubaine se révèle comme une puissance sociale et sociétale qui s’est forgée, depuis des siècles en prenant sa source dans le Royaume kongo, est devenue une richesse culturelle universelle. Aussi, va-t-elle intéresser le patrimoine culturel au niveau de l’UNESCO. Dans cette étude combien riche et révélatrice de la société kongo, Don Fadel nous fait entrer dans l’univers de la danse nkumba qui sera la source de la rumba comme rythme musical. Et l’auteur de tracer le cheminement de ses recherches sur la rumba, du Royaume du Kongo à Cuba, pays l’ayant reçu pour ses études supérieures. Dans cette réflexion, il analyse aussi la nkumba devenu la rumba moderne qui a marqué et qui marque encore la musique des deux rives du fleuve Congo. Du Kongo à Cuba : la nkumba à la conquête d’un autre monde La Traite négrière devient, à un certain moment, et pour une raison commerciale, une grande activité pour la découverte et la conquête du Nouveau Monde entre 1492 et 1532. Beaucoup de Noirs vont être emmenés manu militari dans les Amériques et les îles. Des fils et filles du Royaume du Kongo vont se retrouver, malgré eux, à Cuba. L’auteur le remarque dans une étude de l’historien Yves Verbeek : « Une partie des esclaves déportés à Cuba, venant massivement du Royaume de Kongo depuis le port de Luanda (Angola) en transitant par l’île de Sao Tome, étaient réexpédiés vers les Etats-Unis où ils travaillaient dans les champs de colons, mais la plupart d’entre eux restaient à Cuba » (p.42). Mais il faut noter qu’avant l’arrivée des Blancs, le Royaume du Kongo était bien organisé dans le domaine culturel, particulièrement en ce qui concerne la musique et les danses. Les Kongos fabriquaient moult instruments de musique comme le tam-tam, le saxophone, la trompette et bien d’autres instruments qui accompagnaient des chansons qu’ils composaient pour la création des danses. De la Nkumba kongo à la Rumba cubaine, naît une variété de rumbas à Cuba telles la rumba guaguano, la Rumba Colombia, la Rumba Yambu. À propos de celle-ci, Don Fadel spécifie qu’ « elle se jouait aussi avec le ngoma et la chanson antiphonale kongo, une rumba de tempo très lent que l’on dansait exclusivement en couple » (p.94). La rumba de Cuba aux rives des deux Congo : retour à la source Quand on parle de la rumba en ce qui concerne la musique et la danse sur le continent africain, ce sont les deux Congo, « enfants » du Kongo qui viennent à l’esprit. Mais on remarque qu’au niveau de ce retour à la source, cette rumba a subi une évolution dans le rythme et la danse, particulièrement sur la rive gauche du fleuve Congo. Dans ce pays dit Congo Belge, la rumba se voit influencée par l’apport du rythme cubain ; elle accompagne l’ambiance festive de la société avec l’émergence des bar-dancings. Déjà dans les années 40-50, Wendo Kolosoy chante la belle métisse Marie-Louise à travers une rumba fantastique ; Marie-Louise, une fille née d’un Belge et d’un Congolaise Tétéla. Voici comment Don Fadel nous révèle la rencontre entre Wendo et celle va chanter : « En 1948, Wendo Kolosoy rencontre Marie-Louise par hasard lors d’une pause, pendant les répétions avec ses camarades musiciens (…) « Je m’appelle Marie- Louise » (…). Cette rencontre inattendue provoque un coup de foudre qui poussa le musicien Wendo à composer une chanson dont le titre était le prénom de cette fille nommée Marie-Louise » (p.138). Des années 50 jusqu’aux années 60, la rumba s’installe et s’impose sur la rive gauche du fleuve Congo. Elle attire, au niveau de la création musicale, leurs frères Congolais de l’autre rive avant que ceux-ci regagnent le bercail à l’indépendance de leur pays pour y créer des ensembles musicaux sur fond du rythme de la rumba. Au Congo Belge devenu la République démocratique du Congo puis république du Zaïre, la rumba est omniprésente dans tous les orchestres. Et ce phénomène va aussi gagner l’autre rive du fleuve. Du chapitre 17 au chapitre 21, l’auteur nous révèle la véritable histoire de la rumba dans son évolution à travers les nombreux orchestres qui vont naître sur les rives du fleuve Congo. Aussi, nous découvrons à travers cette réflexion de Don Fadel, pour la première fois, certains noms et musiciens et orchestres des deux Congo. À la connaissance de quelques grandes figures Congo-cubaines La déportation des Kongos vers les Amériques et plus précisément vers Cuba, va provoquer un tournant remarquable et remarqué dans la musique du pays d’adoption. Aussi, va-t-on passer de la Nkumba kongolaise à la Rumba cubaine, le mot rumba étant une déformation phonétique de nkumba, la langue des Blancs n’ayant pas de consones nasalisés, comme on le remarque dans certaines langues africaines. Pour rappel, certains noms kongos, comme Nkouka, Nkodia, Mbemba, Nganga…vont être transformés en Kouka, Kodia, Bemba, Ganga par le Blanc. La danse de la nkumba (le mot « nkumba » signifiant « nombril » en kongo) est une danse des deux Congo qui demande aux exécutants (hommes et femmes) de se frotter mutuellement leur nombril dans un élan érotico-sexuel. Les instruments kongos seront utilisés dans la musique cubaine, et comme le signifie Don Fadel, « Beny More fut élevé dans la pure tradition kongo (…). Il jouait de plusieurs instruments kongos : le ngoma, le likembe (sanza) et la guitare » (p.97). Des grandes figures Congo-cubaines, nous avons Carlos Patato Valdès qui, pour l’auteur, est l’inventeur du nouveau système pour accorder le ngoma qu’il nomma Conga qui fait penser au Congo. Don Fadel nous fait
Congo. Un nouveau livre sur la « Mère » Rumba : « La Rumba Origine et évolution » par Don Fadel

LIVRES. La Rumba Origine et évolution est une étude consacrée à la rumba congolaise moderne. Avant de traiter de son évolution dans le temps et dans l’espace, en évoquant entre autres les acteurs, les artistes et les instruments liés à cette danse et à cette musique, l’auteur revient sur le contexte historique du royaume du Kongo du XIe au XXe siècle. Ce que c’est que la Rumba La Rumba est une danse que les artistes, musiciens, mélomanes, musicologues et écrivains du monde appellent différemment : rumba cubaine, rumba classique, rumba congolaise moderne. Mais quel que soit l’endroit où celle-ci est pratiquée, les virtuoses esquissent, toujours en couple, des gestes les transportant dans un monde féerique, sur des rythmes très entraînants. Toutefois, beaucoup de gens ne s’interrogent pas sur l’origine réelle de cette danse. Afin d’éclairer l’opinion, l’auteur revient sur le contexte historique et les moments importants ayant précédé la création de la rumba congolaise moderne du XIe au XXe siècle. Dans quelles circonstances, par quels artistes, avec quels instruments a-t-elle évolué dans le temps et dans l’espace ? Qui est Don Fadel ? Formé à l’école cubaine, le Congolais Don Fadel est certainement le meilleur spécialiste de la Salsa. Il est de la même veine que le Malien Boncana Maïga d’ »Africando » dont il fut le collègue au Conservatoire de La Havane. Il donna la touche salséro à « Antoinette Mouanga » de Franklin Boukaka et « Comité Bantous » des Bantous de la capitale. Notons que Don Fadel est médecin de profession. Pratique : La rumba origine et évolution est édité chez l’Harmattan Univers musical et disponible chez plusieurs éditeurs. Clément OSSINONDE
Don Fadel y su « Orquesta Likembé », tout feu tout flamme

L’Orquesta Likembé con salsa de Paris sous la direction de Don Fadel a repris ses productions détonantes dans la région parisienne. Il s’est offert un enregistrement vidéo (ci-dessous) dans laquelle, il s’illustre dans des intermèdes diverses qui se succèdent sur un rythme endiablé : un appel à son savoir faire dans le domaine de la Salsa. Formé à l’école cubaine, le congolais Don Fadel est certainement le meilleur spécialiste de la Salsa. Il est de la même veine que le malien Boncana Maïga d’ « Africando » dont il fut le collègue au Conservatoire de la Havane. Il y a quelques années il a donné la touche salsero à « Antoinette Mouanga » de Franklin Boukaka, tout comme il a repris les anciens tubes des Bantous de la capitale : impressionnant ! L’Orquesta Likembé con salsa de Don Fadel a été créé le 04 Avril 2004 dans la région parisienne à Noisy-le-Grand, par Don Fadel, Denis Malanda et Brice Bakabadio, tous originaires du Congo-Brazzaville. L’Orquesta Likembé con salsa veut dire le « Likembé » ou la « Sanza » congolaise dans une sauce de la salsa cubaine. Il est composé des musiciens et danseurs congolais, cubains, colombiens et portoricains. A son palmarès : l’enregistrement de l’album des Bantous de la capitale « Bakola mboka » en juillet 2004 (studio Kos et Co à Paris) – Le grand concert à la Tour Eiffel en décembre 2005. – Enregistrement de l’album de l’orchestre Ayessa Musica de Brazzaville – Concert du 12 juin 2010 au Show case Champs-Elysées Clémenceau Paris sous les auspices de FEMOCA (Festival des Musiques Originaires du continent Africain). La grande production de fin d’année 2018 à Paris, en partenariat avec FEMOCA s’annonce comme le laboratoire de belles audaces. La programmation fera la part belle aux musiciens afro-caribéens et congolais. Ces talents confirmés célébreront sans œillères toutes les fusions. Autant d’exploitations musicales qui amèneront le public à faire des découvertes inattendues. Clément Ossinondé