Ahmed Lahlimi Alami: Les problèmes et les défis que pose la démographie restent tributaires de la capacité à s’engager dans des modèles de développement appropriés

SOCIETE. «Les problèmes et les défis que pose la démographie restent largement tributaires de la capacité des pays en développement, notamment africains, à s’engager dans des modèles de développement appropriés», a déclaré mardi 15 novembre le haut-commissaire au plan, Ahmed Lahlimi Alami.

Des modèles de développement qui soient «en mesure d’assurer une transformation structurelle permettant de mieux exploiter la croissance  démographique pour plus de création de richesses et une meilleure répartition des fruits du développement », a-t-il insisté à l’occasion de la Journée de célébration de l’atteinte du seuil des 8 milliards par la population mondiale.

Comme nous l’avons annoncé dans notre édition de la veille, la population mondiale a franchi mardi 15 novembre le seul de 8 milliards de personnes.

Mais alors que l’humanité devrait s’en réjouir, cette expansion sonnerait plutôt « comme une alerte dans un contexte historique marqué par un double phénomène : l’inégalité de répartition de la population et des richesses accumulées entre les continents, les régions et les nations du monde, accompagnée de menaces existentielles que les émissions inconsidérées du CO2 font peser sur la demeure commune de ces dernières», a fait remarquer Ahmed Lahlimi Alami.

S’exprimant lors d’une rencontre organisée par le Haut-commissariat au plan (HCP) et le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), à l’occasion du franchissement de ce seuil, le haut-commissaire au plan a rappelé que le Maroc se trouve au cœur de cette réalité de la frontière entre ces deux mondes à évolutions démographique et économique contrastées du fait de sa proximité géographique – qui le situe au carrefour des deux espaces européen et africain – et affronte tous les jours les difficultés de sa gestion.

Etant lui-même à la fois source d’émigration, après avoir été pendant longtemps pays de transit, il est aujourd’hui pays de séjour d’immigrés.

En effet, sous l’effet d’une politique migratoire de plus en plus sélective de la part des pays européens, « le Maroc, pendant longtemps, pays de transit, devient de plus en plus un pays d’immigration. Il affronte ainsi la pression de flux migratoires croissants venant du sud du Sahara », a-t-il noté.

Il faut dire que « l’Europe, la plus grande puissance économique du monde, constitue naturellement un des pôles d’attraction de l’immigration exacerbée par la proximité des pays du sud et par la multiplication des foyers de crises géostratégiques à travers le monde», comme l’a relevé un peu plus tôt Ahmed Lahlimi Alami dans son exposé faisant en outre savoir qu’elle devrait connaître un déclin de sa population, passant de 743 millions d’habitants aujourd’hui à près de 703 millions en 2050.

Qu’à cela ne tienne, et sous les hautes instructions et le leadership de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le pays a adopté plusieurs initiatives dans la gestion de ces flux migratoires.

Le haut-commissaire au plan a pris le soin d’en rappeler quelques-unes : dans le cadre d’une Stratégie nationale de l’immigration et l’asile, Sa Majesté le Roi a été le leader de l’Afrique dans son adoption de l’Agenda africain sur la migration en 2018.

A son imminente initiative, a-t-il poursuivi, «le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières en 2018 a été adopté par la communauté internationale. Sous ses Hautes Directives, l’Observatoire africain pour les migrations a été créé à Rabat en 2020 et le Maroc a procédé à la régularisation de la situation des immigrants dont près de 50.000 personnes».

Pour le représentant du Fonds des Nations Unies pour la population, Luis Mora, cette rencontre est une étape importante pour lancer la réflexion sur les opportunités mais aussi les défis auxquels il faudra répondre pour libérer le potentiel des 8 milliards d’habitants. D’autant plus que «les progrès qui ont permis à notre population d’atteindre 8 milliards d’habitants n’ont pas été une réalité pour  tous», a-t-il reconnu.

En effet, «partout dans le monde, il existe des différences marquées dans les espérances de vie, l’accès aux soins de santé, les droits  et la qualité  de vie. Par ailleurs,  les défis liés aux changements climatiques et l’inégalité d’accès aux soins de santé ont un impact disproportionné sur les plus vulnérables, y compris les femmes  et les filles », a relevé Luis Mora.

S’il est convenu que le monde connaît aujourd’hui plusieurs défis dont celui du vieillissement de la population et des changements climatiques, le représentant de l’UNFPA estime que le défi le plus pesant reste la question de l’égalité des sexes.

«Nous ne pouvons pas envisager le développement d’un monde de 8 milliards où la moitié de sa population continue de subir diverses discriminations pour le simple fait d’être  une femme ou une fille», a-t-il lancé.

D’ailleurs, c’est pour cette raison que l’UNFPA met l’accent sur l’importance de la promotion de l’égalité des sexes et la lutte contre toutes les formes de discrimination basées sur le genre, y compris les pratiques néfastes à l’égard des femmes et des filles  qui les privent de réaliser leur plein potentiel», a  rappelé Luis Mora dans sa conclusion.

A titre de rappel, signalons également que le HCP s’est engagé dans un grand programme d’enquêtes et de travaux sur les migrations internationales au Maroc en vue d’améliorer la connaissance et la compréhension des phénomènes migratoires.

Il s’agit notamment de l’intégration d’un module sur les migrations dans les Recensements généraux des populations et de l’habitat ; l’introduction, depuis 2017, d’un module spécifique sur l’immigration dans l´Enquête nationale sur l’emploi  ainsi que l’enquête sur la migration internationale de 2018-2019 dans ses différentes dimensions (émigration, immigration, migration de retour et intentions d’émigrer de la population non migrante).

Pour améliorer la connaissance et la compréhension des phénomènes migratoires, l’organisme public s’est également engagé dans l’enquête nationale sur la migration forcée de 2021 ; celle sur l’impact de la Covid-19 sur la situation socioéconomique et psychologique des réfugiés au Maroc de 2020, en partenariat avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés ainsi que dans l’harmonisation des statistiques administratives de la migration internationale.

Alain Bouithy

Coup d’envoi de la campagne de mobilisation « 1of8billion »

Pour marquer cette journée importante, le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) et le Haut-commissariat au plan (HCP) ont annoncé le coup d’envoi de la campagne  de mobilisation baptisée « 1of8billion ». Ainsi que l’a expliqué le représentant du Fonds des Nations unies pour la population, Luis Mora, cette campagne «entend  souligner l’importance  des droits et aspirations de chaque personne dans la quête du développement mondial».Conduite en étroite collaboration avec des partenaires institutionnels à plusieurs niveaux territoriaux, les organisations de la société civile, les organisations de jeunesse, le secteur privé, les centres de recherche et les universités au Maroc, cette campagne « représente une occasion pour lancer un appel pour une action conjointe visant à assurer que  l’ensemble des 8 milliards de personnes puissent jouir de leurs pleins droits afin de créer un monde  juste, plus prospère et plus durable », a-t-il précisé. Alain B.

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