Maroc. M’hamed Boussaboune, une expression artistique harmonieuse

ARTS. Poétique, palpitant, merveilleux, éclatant, lumineux… C’est un carnaval diversifié d’œuvres auquel nous invite le plasticien marocain autodidacte M’hamed Boussaboune. La peinture de natif de Taliouine en 1963 évoque irrésistiblement ce mot de Cézanne : « L’art est une harmonie parallèle à la nature.».

Ainsi dans ses œuvres, on retrouve une palette éclatante où les rouges, les jaunes, les verts et les bleus semblent sortir de l’espace circonscrit des toiles pour entraîner le spectateur dans un tourbillon chromatique.

Observateur attentif du monde, M’hamedBoussabounea su progressivement se libérer du poids des choses, dépasser le jeu des formes, des apparences, pour recueillir ce qui est au cœur des choses, choisir l’esprit du concret. Mais ses œuvres n’en ont jamais pour autant perdu leur saveur, cette véracité qui fait le regard toujours complice des choses avec lesquelles, il entre en contact. C’est même l’origine et la raison d’être de son travail pictural dénonçant implicitement le matérialisme de notre ère provoquant la perte de notre âme.

C’est dire que l’œuvre de M’hamed  favorise à la fois l’aspect extérieur par son harmonie des formes et des couleurs, et la résonance intérieure, celle de l’âme. Son œuvre prend alors un caractère contemplatif tout à fait prémonitoire.  Dans son univers, notre artiste ressent ce besoin incessant de s’élever et d’avancer, lentement mais sûrement. Il est question d’une recherche perpétuelle de la profondeur de l’œuvre qui permet l’éveil spirituel.Mais avant tout, M’hamed est un artiste qui prend du plaisir à peindre comme en attestent les coulures de la matière et les changements de rythme dans la gestualité: tantôt pondérée et sobre, tantôt lyrique et déchaînée.

A partir d’un assemblage d’une multitude d’éléments photographiques ou simplement fruit de son imagination, M’hamed réalise une composition visuelle suffisamment aboutie pour passer à l’étape finale: la peinture. Après avoir transféré son image vers une toile, le travail de peinture consiste à reprendre l’ensemble de l’image pour en révéler son aspect final par l’équilibrage de la lumière, des contrastes et autres effets de matière. Ce qui lui permet de mieux mettre en œuvre son univers onirique. Il suffit de s’éloigner de quelques pas pour que la composition s’assemble, se construise et révèle son thème.

De ce procédé créatif cherchant un équilibre entre la nécessité du contrôle et le défi de l’impromptu se dégage une grande sérénité et zénitude. L’œuvre de M’hamed Bousssaboune ressemble le plus à son âme comme à ses émotions, qui sont toujours à fleur de peau. La superposition des couches de couleurs, les nuances des tons insufflent un effet magique à ses œuvres. Des cieux tantôt violets, bleutés, rosâtres ou jaunâtres, veloutés ou satinés accentuent l’ambiance envoûtante de l’atmosphère. Des contrastes forts et harmonieux, distribués en équilibre sur la surface des toiles chargées de détails, surprennent le regard et participent à la singularité de l’ensemble.

L’expérience de son propre univers, qui apparaît souvent avec soudaineté, manifeste authentiquement et originairement l’œuvre qui perce le temps pour voir et percevoir et nous embarquer dans l’univers de cet artiste au goût prononcé pour le patrimoine immatériel.Or compte tenu de l’importance que ce patrimoine revêt dans le paysage identitaire et culturel du Maroc, souvent confronté à l’usure du temps, M’hamed Boussaboune se voit plus que jamais appelé à assumer une responsabilité qui dépasse largement le cadre de l’art : l’image de l’identité nationale. Il est question, pour lui, donc de participer activement à la fois à la cohésion sociale et à la dynamique culturelle du pays à travers l’art. Cela se traduit par la philosophie de cette culture et sa pluralité, mais aussi par les valeurs de respect, de modernité et d’art du partage que ses tableaux véhiculent.

Techniquement, notre plasticien manipule les divers ingrédients et fabrique ses propres agglutinants et médiums, selon les connaissances traditionnelles, dans toutes les techniques. Sur le plan plastique, M’hamed intègre des formes de nature hétéroclite plastiquement pour ainsi inscrire ses travaux dans un processus de combinaison, de mélange, ce qui implique de nouvelles relations entre composition, forme et figure.

A.A

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