CONGO. Le Premier ministre Anatole Collinet Makosso : entre discours institutionnel et déficit de résultats

PARLONS-EN. L’interview accordée par le Premier ministre, Anatole Collinet Makosso, à la chaîne Global Africa Télésud, à son retour de Vienne (Autriche), où il participait aux travaux de l’OPEP, suscite plusieurs interrogations quant à la nouvelle orientation stratégique du Gouvernement.

Le déplacement à Vienne s’inscrivait notamment dans les discussions relatives au financement de la préservation du Bassin du Congo, deuxième poumon écologique de la planète. La valorisation de ce patrimoine environnemental constitue un enjeu majeur de souveraineté économique et diplomatique. Toutefois, l’accès aux financements internationaux demeure conditionné à des exigences particulièrement strictes imposées par les bailleurs de fonds, ce qui appelle des réformes structurelles crédibles et une gouvernance exemplaire.

Sur le plan institutionnel, le Premier ministre a rappelé les dispositions constitutionnelles des articles 99 et 100, qui définissent respectivement le rôle du Président de la République dans la détermination de la politique nationale et la responsabilité du Gouvernement dans sa mise en œuvre. Ce rappel juridique est conforme à l’esprit de la Constitution. Néanmoins, la véritable question demeure celle de l’efficacité de l’action publique et de sa traduction concrète dans les politiques économiques et sociales.

L’annonce d’un nouveau Plan National de Développement (PND) 2026-2031 intervient dans un contexte marqué par les résultats mitigés, voire les échecs successifs, des précédents PND. L’opinion publique reste sceptique face à des exercices de planification dont les ambitions n’ont que rarement été suivies d’effets mesurables. Une stratégie de développement ne peut se limiter à des projections ; elle doit s’appuyer sur une gouvernance rigoureuse, une culture de résultats et une capacité effective d’exécution.

Les limites de cette politique apparaissent également à travers le bilan des grands projets d’infrastructures. Les « Grands Travaux » engagés au cours de la dernière décennie ont laissé de nombreux chantiers inachevés. Plus de 150 projets demeurent incomplètement réalisés ou abandonnés, mobilisant des ressources publiques sans produire les effets économiques attendus.

Dans le secteur énergétique, le barrage d’Imboulou illustre les insuffisances de la stratégie nationale. Malgré les investissements consentis, les délestages persistent et les besoins énergétiques du pays demeurent largement insatisfaits. L’annonce de la relance du projet hydroélectrique de Sounda ainsi que de nouveaux barrages sur le fleuve Congo constitue implicitement la reconnaissance que les infrastructures existantes ne répondent pas aux exigences du développement économique.

Le même constat s’impose pour les infrastructures de transport. La modernisation du Chemin de fer Congo-Océan (CFCO) n’a jamais bénéficié de la priorité stratégique qu’exige son rôle dans l’intégration économique nationale. De même, le Corridor 13 représente un projet structurant indispensable au désenclavement de la Likouala et à une meilleure intégration territoriale, mais sa concrétisation demeure attendue.

À l’horizon du centenaire de l’indépendance en 2060, la responsabilité historique de la majorité au pouvoir est considérable. La véritable question n’est plus celle des intentions, mais celle de l’héritage économique, institutionnel et social qui sera transmis aux générations futures.

L’objectif affiché de porter les recettes publiques à 5 000 milliards de francs CFA peut être atteint, mais uniquement au prix de profondes réformes structurelles : diversification de l’économie, amélioration du climat des affaires, rationalisation de la dépense publique, lutte contre les exonérations injustifiées et renforcement de la gouvernance fiscale. Une politique d’austérité intelligente ne saurait toutefois se traduire par une pression fiscale excessive sur les ménages et les entreprises. L’élargissement de l’assiette fiscale doit reposer sur la création de richesses plutôt que sur la multiplication des prélèvements.

Le débat démocratique gagnerait également à être plus apaisé. Les critiques adressées à l’opposition ne sauraient occulter les responsabilités de ceux qui exercent le pouvoir depuis plusieurs décennies. Les difficultés liées au surendettement, à la faible diversification économique et aux insuffisances des services publics relèvent avant tout de la responsabilité des gouvernements successifs.

En dépit de périodes de croissance économique, les indicateurs sociaux témoignent d’une amélioration insuffisante des conditions de vie des populations. L’endettement extérieur, lorsqu’il finance principalement les dépenses de fonctionnement plutôt que des investissements productifs et structurants, compromet durablement les perspectives de développement. Les délestages chroniques, les insuffisances des infrastructures et les retards dans la mise en œuvre des grands projets illustrent les limites de la gouvernance actuelle.

En définitive, cette interview laisse l’impression d’une stratégie davantage tournée vers la justification des orientations passées que vers une véritable remise en question. Le défi n’est plus de multiplier les annonces ou de repousser les échéances, mais d’engager des réformes profondes, d’assumer le bilan des politiques publiques et de restaurer la confiance des citoyens par des résultats concrets, mesurables et durables.

« Le plus grand danger, dans les moments de turbulence, n’est pas la turbulence ; c’est d’agir avec la logique d’hier. » — Peter Drucker

« Il ne suffit pas de vouloir le bien ; il faut encore le faire. » — Denis Diderot

« L’inaction est parfois la pire des décisions. »

Fait à Paris, le 29 juin 2026

Evrard NANGHO

Le Patriote Engagé

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