La prochaine génération de scientifiques africains contre le paludisme passe à l’action

Alors que l’Afrique entre dans une décennie décisive dans la lutte contre le paludisme, une nouvelle génération de scientifiques africains façonne l’avenir de la recherche, de l’innovation et du leadership en santé publique. Portés par leur expérience personnelle, leur proximité avec les communautés et la réalité urgente d’une maladie évitable qui continue pourtant de coûter la vie à des centaines de milliers de personnes chaque année en Afrique, ils s’engagent pleinement. Le dernier rapport mondial sur le paludisme de l’OMS 2025 montre que les progrès mondiaux contre le paludisme restent hors de portée, avec 282 millions de cas et 610 000 décès en 2024, soit environ 9 millions de cas de plus que l’année précédente. Selon le rapport Goalkeepers 2025, pour la première fois en ce siècle, les décès d’enfants sont sur le point d’augmenter et, avec une réduction de 20 % du financement de la santé, cela pourrait entraîner 12 millions de décès supplémentaires d’enfants d’ici à 2045. Ces chiffres montrent à quelle vitesse les progrès peuvent s’inverser sans investissements durables. Au sein des institutions de recherche, des scientifiques spécialisés dans le paludisme formés localement, connectés à l’échelle mondiale et motivés par la curiosité scientifique et la responsabilité sociale, façonnent l’avenir de la prévention en Afrique. Krystal Birungi est une entomologiste ougandaise et militante contre le paludisme, travaillant avec Target Malaria à l’Institut ougandais de recherche sur les virus (UVRI). Titulaire d’un double diplôme en Zoologie et en Botanique de l’Université Makerere, elle collabore avec Target Malaria à l’UVRI depuis près d’une décennie, et contribue aux efforts de recherche et de sensibilisation axés sur la prévention du paludisme et l’engagement communautaire. Son engagement dépasse les frontières de l’Ouganda. En 2021, Birungi a rejoint le Réseau de défenseurs du Fonds mondial (GFAN) en tant que championne du paludisme, contribuant aux discussions politiques régionales et mondiales sur l’équité en santé et la survie des enfants. En 2025, elle a été nommée l’une des dix Goalkeeper Champions pour avoir fait progresser l’accès équitable aux soins de santé en Afrique, et sélectionnée comme Dirigeante de la Fondation Obama pour l’Afrique. La même année, elle a contribué à un essai intitulé Hope for Life on Our Planet: Inspiration for Seven Generations. « Enfant, j’ai survécu au paludisme, et j’ai vu mon petit frère frôler la mort à cause de cette maladie. Ces expériences ne vous quittent jamais », a-t-elle déclaré. « Elles façonnent votre vision du monde et ce à quoi vous choisissez de consacrer votre vie. Pour moi, la science est devenue un moyen de protéger d’autres enfants et familles de la peur que la mienne a traversée. » Aujourd’hui, Birungi mobilise les communautés en Ouganda tout en contribuant au dialogue mondial sur la prévention du paludisme, l’innovation responsable et les politiques publiques, grâce à des collaborations transfrontalières. Le Dr. Annette Onyango est une médecin kényane ayant un intérêt particulier pour la santé mondiale et les maladies infectieuses. En plus de sa pratique clinique, elle soutient activement des initiatives de prévention et de lutte contre le paludisme et les Maladies Tropicales Négligées (MTN) au niveau communautaire, visant à renforcer la mise en œuvre des politiques. Le Dr. Onyango est Secrétaire du Conseil consultatif des jeunes (AYAC) de l’Alliance des dirigeants africains contre le paludisme (ALMA). À ce titre, elle participe activement aux efforts continentaux et régionaux de plaidoyer en faveur de l’élimination du paludisme d’ici à 2030. Elle conseille ALMA sur les stratégies visant à renforcer la participation significative des jeunes au plaidoyer pour l’élimination du paludisme et des MTN aux niveaux continental, régional et national. Par ailleurs, elle soutient également le plaidoyer, le lobbying et l’intégration des initiatives d’élimination du paludisme menées par les jeunes sur tout le continent, en favorisant des partenariats plus solides avec les gouvernements, les donateurs, les organisations de la société civile et d’autres acteurs clés. En tant que jeune médecin travaillant dans un hôpital national de référence situé dans une région endémique du paludisme, le Dr. Onyango a été témoin directe du fardeau considérable des maladies à transmission vectorielle. « La perte d’un enfant ou d’une femme enceinte due à une maladie évitable est profondément bouleversante. Je crois fermement que les jeunes, qui représentent la majeure partie de la population, peuvent être de puissants agents de changement lorsqu’ils sont véritablement impliqués dans les programmes de santé communautaire. » Le travail du Dr. Onyango illustre comment les jeunes professionnels de santé peuvent mettre à profit leur expertise pour influencer les décideurs politiques et mobiliser leurs pairs afin de prioriser le renforcement des systèmes de santé en vue de l’élimination des maladies à transmission vectorielle telles que le paludisme. Angella Nakamaanya est assistante de recherche ougandaise auprès de Target Malaria à l’Institut ougandais de recherche sur les virus (UVRI) d’Entebbe. Elle prépare actuellement une licence en zoologie, développant un vif intérêt pour la biologie des moustiques et identifiant les lacunes dans la recherche sur les soins et l’entretien des vecteurs.Son travail reflète la manière dont une nouvelle génération de scientifiques africains entre dans ce domaine avec la volonté de garantir que la recherche soit guidée par les réalités vécues par les communautés affectées et contribue directement à un impact sur la santé publique.« Parmi mes six frères et sœurs, j’étais la plus fréquemment malade du paludisme avant l’âge de cinq ans », a-t-elle déclaré. « Cette expérience a éveillé mon intérêt pour la biologie et le comportement des vecteurs du paludisme, et continue d’alimenter ma passion pour la recherche sur cette maladie. »En tant que scientifique en début de carrière, Nakamaanya représente l’avenir de la recherche africaine sur le paludisme, ancrée dans le vécu, la curiosité scientifique et la pertinence communautaire.Alors que 2026 commence, les scientifiques africains spécialisés dans le paludisme n’attendent pas le changement, ils le définissent. Des chercheurs émergents aux défenseurs établis, leur travail autonomise les communautés, oriente les politiques publiques et place le leadership africain au cœur d’un avenir sans paludisme. AMA
Speak Up Africa stimule l’implication des entreprises privées pour intensifier les efforts visant à éradiquer le paludisme en Afrique

En marge de l’Africa CEO Forum, Speak Up Africa, en partenariat avec le Partenariat RBM, l’Alliance des leaders africains contre le paludisme (ALMA) et Malaria No More UK, a lancé le chapitre francophone de sa campagne « Changez l’histoire » et dévoilé un nouveau rapport, « Changez l’histoire, sauvez des vies : le rôle du secteur privé dans l’éradication du paludisme »… La campagne vise à amplifier les voix des femmes et des filles et à mobiliser le secteur privé africain pour accélérer l’élimination du paludisme. Avec la 8ème reconstitution des ressources du Fond mondial à venir et l’augmentation des déficits de financement, 2025 représente un moment critique pour débloquer de nouvelles ressources et accroître l’impact. « C’est le moment de co-investir pour l’impact, parce que quand le secteur privé africain prend les devants, le monde y prête attention », a déclaré le Dr Michael Adekunle Charles, Directeur du Partenariat RBM pour mettre fin au paludisme. « Le Fond mondial a sauvé des millions de vies et renforcé les systèmes de santé. Vos investissements peuvent maintenant préserver à la fois la résilience économique et la santé publique. » Le rapport qui l’accompagne invite les entreprises à : · Fournir un soutien direct ou en nature aux efforts nationaux de lutte contre le paludisme · Canaliser les ressources vers la 8e reconstitution des ressources du Fonds mondial · Rejoindre les conseils de lutte contre le paludisme pour promouvoir une approche de plaidoyer multisectorielle et la mobilisation de ressources · Investir dans le nouveau Fonds Voix EssentiELLEs pour l’élimination du paludisme qui est axé sur les efforts menés par les femmes et les communautés. Le secteur privé est un acteur clé « L’Afrique doit mener une lutte audacieuse contre le paludisme et le secteur privé est un partenaire essentiel dans cette mission », a déclaré Joy Phumaphi, Secrétaire exécutive de l’ALMA et Présidente du Conseil d’administration du Partenariat RBM pour en finir avec le paludisme. « En rejoignant les Conseils et Fonds pour l’élimination du paludisme et en investissant dans des solutions portées par les communautés, les entreprises peuvent mettre à profit leur expertise pour innover et mobiliser les ressources nécessaires pour avoir un réel impact, sauver des vies, dynamiser les économies et parvenir à un avenir sans paludisme. » Lancé lors de l’événement, le Fonds Voix EssentiELLEs pour l’élimination du paludisme vise à mobiliser 4 millions de dollars d’ici 2030 pour soutenir le financement flexible du paludisme pour les femmes et les filles, ainsi que des activités de plaidoyer régionales alignées sur les priorités nationales. « Pour éviter de perdre des années de progrès dans la lutte contre le paludisme, il est urgent de penser et mettre en oeuvre de nouvelles sources de financement diversifiées », a déclaré Pierre N’gou Dimba, Ministre de la Santé, de l’Hygiène Publique et de la Couverture Maladie Universelle de Côte d’Ivoire. « Le secteur privé a un intérêt direct dans l’élimination du paludisme. Des communautés saines mènent à des économies prospères ». Les femmes et les filles continuent de porter le plus lourd fardeau du paludisme, mais restent sous-représentées dans la prise de décisions et le financement. « Investir dans les femmes et les filles accélère le développement. Les femmes leaders renforcent les communautés, stimulent l’innovation et aident à sortir les familles de la pauvreté. Et nous savons que pour chaque dollar investi dans la lutte contre le paludisme, nous obtenons jusqu’à 60 dollars de rendement économique. Les communautés sans paludisme ne sont pas seulement plus saines, elles sont aussi plus résilientes, productives et rentables », a déclaré Yacine Djibo, Directrice Exécutive de Speak Up Africa. Le paludisme est aussi une barrière économique Une étude de 2024 a révélé que la réduction de 90 % de l’incidence du paludisme d’ici 2030 pourrait accroître le PIB du continent de 126,9 milliards de dollars. Le paludisme n’est pas seulement un problème de santé, c’est aussi une barrière économique qui affaiblit la productivité, pousse les ménages à dépenser et entrave la croissance. Dans le cadre du travail continu de Speak Up Africa avec le secteur privé, l’organisation a signé un protocole d’accord avec Canal+ Côte d’Ivoire et le Programme National de Lutte contre le Paludisme. L’accord est ancré dans une collaboration qui dure depuis cinq ans entre Speak Up Africa et le groupe Canal+, qui a contribué plus de 1,5 million de dollars en temps d’antenne et en nature. « Par le biais de notre plateforme, nous sommes fiers de sensibiliser et de contribuer à la lutte contre le paludisme », a déclaré Adama Koné, Directeur Général de Canal+ Côte d’Ivoire. « Avec Speak Up Africa et ses partenaires, nous sommes déterminés à changer la donne pour mettre fin au paludisme en Afrique. » Wilfrid Lawilla D /Speak Up Africa
Vaincre le paludisme au moyen des attitudes humaines et du progrès scientifique

Des avancées significatives ont été réalisées dans la lutte contre le paludisme, mais ces progrès semblent s’enliser. Le Rapport mondial sur le paludisme 2024 de l’OMS fait état de 11 millions de cas de paludisme supplémentaires en 2023 par rapport à 2022. En 2023, 600 000 personnes supplémentaires sont mortes de la maladie, sans amélioration significative par rapport à 2022. Environ 95 % des décès dus au paludisme surviennent en Afrique, où de nombreuses personnes n’ont toujours pas accès aux services nécessaires pour prévenir, détecter et traiter la maladie. La moitié de ces décès surviennent dans quatre pays africains : le Nigeria (30,9 %), la République Démocratique du Congo (11,3 %), le Niger (5,9 %) et la Tanzanie (4,3 %). Le Nigeria (26 %), la République Démocratique du Congo (13 %), l’Ouganda (5 %), l’Éthiopie (4 %) et le Mozambique (4 %) sont les pays où le nombre de cas est le plus élevé. Onze pays africains représentent encore les deux tiers du fardeau mondial du paludisme et, malgré les efforts considérables dans le renforcement des engagements politiques en faveur de la lutte contre ce fléau, il est clair qu’il reste encore beaucoup à faire. Le changement climatique a contribué à la prolifération du paludisme sur le continent. À cela, s’ajoutent les événements météorologiques extrêmes qui rendent plus difficiles le maintien et l’extension des initiatives de prévention et de traitement. Selon le Malaria Atlas Project, en collaboration avec le Boston Consulting Group (BCG), le changement climatique pourrait entraîner 550 000 cas de décès supplémentaires dus au paludisme d’ici à 2050, dont plus de 90 % seraient dus à la perte de protection causée par des conditions météorologiques extrêmes. “Si la lutte anti-vectorielle est un moyen très efficace en terme de réduction de la transmission du paludisme, des études suggèrent également que le comportement humain et les facteurs sociaux peuvent contribuer à réduire les cas de paludisme dans des zones spécifiques », indique le Dr Martin Lukindu, chercheur postdoctoral à l’Institut de recherche ougandais sur les Virus (UVRI), partenaire de Target Malaria en Ouganda. Modifier le comportement des populations tout en les encourageant à faire des choix différents est l’un des moyens les plus efficaces dans la prévention de la maladie.” “Les habitants des régions touchées par le paludisme sont confrontés à tant de difficultés qu’ils oublient parfois d’utiliser des moustiquaires ou de suivre des traitements préventifs réguliers, tandis que beaucoup ont du mal à s’offrir les médicaments. Des remèdes traditionnels sont également utilisés pour traiter la maladie et en atténuer les symptômes », ajoute-t-il. « La science travaille à l’éradication du paludisme, et les 86,9 % de parents ougandais qui emmènent leurs enfants fiévreux consulter un médecin montrent que le changement est possible. Toutefois, la science ne peut pas agir seule : les habitants des zones touchées doivent éviter activement les piqûres de moustiques en appliquant les gestes barrières à la maison.” Le Dr Lukindu met l’accent sur les mesures à mettre en place par les pays et les individus pour se protéger et protéger leur famille contre le paludisme. 1. Utiliser des moustiquaires imprégnées Il est essentiel pour tous d’utiliser des moustiquaires imprégnées d’insecticide, y compris dans les zones à faible transmission. Les moustiquaires imprégnées d’insecticide à double ingrédient actif (Dual AI) sont les plus efficaces, en particulier contre les espèces de moustiques qui ont développé une résistance à certains insecticides. Ces moustiquaires à double action représentent plus de 78 % des 195 millions de moustiquaires distribuées en Afrique subsaharienne en 2023, soit 59 % de plus qu’en 2022. 2. Vacciner les enfants Jusqu’à présent, 17 pays africains ont inclus le vaccin antipaludique dans leurs plans de vaccination pour les enfants. Ces vaccins seront encore plus efficaces s’ils sont associés à d’autres outils de prévention du paludisme. 3. Médicaments saisonniers L’administration de doses mensuelles de médicaments antipaludiques pendant la saison à haut risque est efficace pour protéger du paludisme les enfants de moins de cinq ans, une catégorie susceptible de contracter un paludisme sévère. Le nombre d’enfants africains traités par cycle est passé de 170 000 en 2012 à 53 millions en 2023, cette mesure étant désormais mise en œuvre dans 19 pays. 4. Prise en charge précoce et prise en charge adéquate Consultez un médecin dès l’apparition de symptômes tels que la fièvre, les maux de tête, les nausées, tremblements et frissons. Les médicaments antipaludiques sont largement disponibles dans les zones à haut risque. Ils sont faciles à prendre et permettent un soulagement rapide des symptômes. 5. Protection des femmes enceintes Le paludisme peut être mortel pour les femmes enceintes et leurs fœtus. Dans les régions où la transmission du paludisme est modérée ou élevée, il est possible de prévenir le paludisme pendant la grossesse en administrant au moins trois doses de traitement préventif au cours du deuxième trimestre. 6. Investir et faire confiance à la recherche sur le paludisme De nombreux groupes de recherche dans le monde travaillent à la mise au point de nouveaux outils de lutte contre le paludisme. Il est important de continuer à investir dans ces efforts. Il est essentiel de communiquer avec les cibles appropriées au sujet de ces nouveaux outils afin de s’assurer que toutes les personnes concernées seront disposées à écouter, à comprendre et à faire confiance. Des organisations à but non lucratif telles que Target Malaria se servent de la technologie de l’impulsion génétique, un type de modification génétique visant à diminuer la population de moustiques transmettant le paludisme et réduire la transmission de la maladie. Une récente étude de modélisation mathématique a examiné comment l’impulsion génétique pourrait être un moyen économique et efficace à long terme et de lutter contre le paludisme, en particulier dans les zones rurales qui portent la majeure partie du fardeau de la maladie. “Chacun peut avoir une hygiène de vie et des gestes simples dans sa vie de tous les jours afin de se protéger contre le paludisme”, ajoute le Dr Lukindu. “En apprenant à mieux connaître les signes avant-coureurs, on peut également s’assurer que le traitement est administré assez
Le Professeur Abdoulaye Diabaté à TED2024

SANTE. TED2024, un événement marquant célébrant 40 ans d’innovation, d’ingéniosité, de créativité, de courage et de générosité, s’est tenu à Vancouver, au Canada, en avril, et a mis en vedette l’éminent champion africain de la lutte contre le paludisme, le Prof. Abdoulaye Diabaté, en tant que conférencier. Initialement un événement fermé, la conférence TED du Prof. Diabaté, intitulée « Comment éliminer le paludisme », a été mise en ligne sur TED.com le mardi 20 août à 11h ET (15h GMT) à l’occasion de la Journée mondiale du moustique 2024. Originaire du Burkina Faso, le Prof. Diabaté est chef de l’Entomologie Médicale et de la Parasitologie à l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé (IRSS) à Bobo-Dioulasso. Son travail de recherche reconnu en tant que chercheur principal de Target Malaria Burkina Faso lui a valu une reconnaissance mondiale, notamment des invitations prestigieuses à l’Université de Harvard, des interviews par des médias internationaux et nationaux de renom, dont des chaînes de télévision nationales au Burkina Faso; CNN, BBC, CBC, The New York Times, Le Monde, Financial Times, CNBC ; ainsi que sa participation à plusieurs documentaires diffusés sur Netflix. Le paludisme, un fléau implacable qui coûte la vie à un enfant chaque minute, fait des ravages, avec plus de 600 000 décès et 200 millions de cas par an, touchant principalement les communautés africaines, en particulier les enfants et les femmes enceintes. Dans sa conférence TED2024, le Prof. Diabaté vise à catalyser un changement transformateur dans la santé mondiale en mettant en lumière l’approche innovante de Target Malaria utilisant la technologie de l’impulsion génétique et en soulignant la collaboration et la centralité des voix africaines dans la lutte contre le paludisme. Plus tard cette année, le Prof. Diabaté apparaîtra également sur Netflix dans « In What’s Next ? The Future with Bill Gates », une série qui explore l’impact de l’IA, la propagation de la désinformation, les inégalités de revenus et les progrès dans l’éradication des maladies.. Considérant l’attention mondiale que reçoit son travail, « Je suis humble et tout autant stimulé pour poursuivre ma mission d’éliminer le paludisme en Afrique. C’est un témoignage de l’importance de nos efforts collectifs pour utiliser l’ingéniosité humaine non seulement pour lutter contre le paludisme, mais aussi pour améliorer la santé mondiale et former les prochaines générations de scientifiques africains », a déclaré le Prof. Diabaté.
Centrafrique : un taux de paludisme qui inquiète à Bangui

Ces derniers temps, le paludisme fait rage à Bangui et dans ses environs. Plusieurs milliers de personnes, à en croire les responsables sanitaires, sont atteintes de cette maladie, notamment les enfants. Cette augmentation du nombre de patients est due, selon le personnel soignant, à la tombée régulière des pluies ces derniers jours. Vendredi au centre de santé de Boy-Rabe dans le 4ème arrondissement de Bangui, 6 nouveaux patients viennent simultanément se faire consulter. Selon les responsables sanitaires de ce centre, près d’une vingtaine de personnes souffrant du paludisme sont enregistrés par jour. « Aujourd’hui, j’ai au moins 18 patients souffrant de paludisme ; dont 9 adultes et 9 enfants. Lorsqu’un patient arrive et qu’il présente un cas sévère, on procède aux premiers soins pour voir si les produits administrés sont efficaces », indique Rosine Fleure Singhaya, une infirmière. La situation est encore préoccupante au centre de santé de Malimaka, dans le 5ème arrondissement de Bangui. Selon les responsables, plus de 700 cas ont été enregistrés durant ce mois d’août. « Nous enregistrons le pic des cas » « Nous sommes en pleine saison des pluies. C’est la saison au cours de laquelle nous enregistrons le pic des cas de paludisme. Notamment, entre juillet et septembre. Le mois passé, nous avons enregistré au moins 1.550 cas de paludisme, tout âge confondu. Pour ce mois d’août, nous sommes déjà à plus de 750 cas », précise Anicet Médard Gbayou, médecin-chef dudit centre. Au complexe pédiatrique, les lits sont remplis d’enfants présentant des formes graves de paludisme. Selon les responsables, une cinquantaine d’enfants sont reçus quotidiennement. D’après le personnel soignant, les eaux stagnantes et les hautes herbes sont à l’origine de la prolifération des moustiques. Face à cela, ils appellent les parents à assainir les environnements et à mettre leurs enfants sous des moustiquaires, en cette saison des pluies.
La conférence TED2024 sous le signe de la lutte contre le paludisme : le Professeur Diabaté dénonce le « prix de la pauvreté »

Abdoulaye Diabaté, chef du service d’Entomologie Médicale et de Parasitologie à l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé de Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso, et chercheur principal de Target Malaria Burkina Faso, a partagé son expérience du paludisme et sa détermination acharnée à l’éliminer. L’intervention du Professeur Diabaté a mis en exergue les effets dévastateurs du paludisme, singulièrement en Afrique, mettant ainsi l’accent sur le besoin urgent de solutions novatrices. “Le paludisme est intrinsèquement lié à la pauvreté. De ce fait, c’est vraiment lamentable d’être pauvre”, a déclaré le Professeur Diabaté, tout en évoquant ainsi la bataille qu’il mène contre cette maladie depuis son enfance. « Chaque année, 200 millions de cas sont enregistrés dans le monde et environ 600 000 personnes en meurent. Pour beaucoup, il est simplement question de statistiques, mais pour moi, c’est une histoire personnelle et tragique. La plupart de ces décès surviennent en Afrique, où les enfants et les femmes enceintes paient le plus lourd tribut.” Le professeur Diabaté a vécu une expérience sans précédent qui met en évidence l’impact profond du paludisme sur les individus et les familles, suscitant ainsi ses efforts inlassables pour éliminer la maladie. Target Malaria est un consortium international de recherche composé de scientifiques, d’équipes d’engagement des parties prenantes, de spécialistes de l’évaluation des risques et d’experts en communication et en réglementation. Ceux-ci sont basés en Afrique, en Amérique du Nord et en Europe et sont tous dévoués à la lutte contre le paludisme. En sa qualité de chercheur principal de Target Malaria au Burkina Faso, le Professeur Diabaté s’est appesanti sur les efforts de collaboration du consortium avec les pays gravement touchés par le paludisme en Afrique et leurs partenaires aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Italie. Il a mis en avant le potentiel de la technologie de l’impulsion génétique pour révolutionner la lutte contre le paludisme, tout en offrant une approche durable et économique dans la prévention de la maladie. Reconnaissant les défis et le scepticisme entourant la technologie de l’impulsion génétique, en Afrique, le Professeur Diabaté a souligné l’engagement de Target Malaria en faveur d’une participation transparente des parties prenantes et du renforcement des capacités, permettant ainsi aux scientifiques africains de jouer un rôle clé dans la lutte contre le paludisme. Target Malaria accorde la priorité à l’engagement du public tout au long du processus de recherche, en veillant à ce que les membres de la communauté jouent un rôle actif dans la conception, la mise en œuvre et les résultats de la recherche. Le consortium accorde une grande importance aux perspectives inestimables que les communautés et leurs dirigeants apportent à la table des négociations. “Nous ne séparons pas la recherche de la société. Une grande partie de notre travail consiste à favoriser une collaboration significative à chaque étape. Ce sont les personnes les plus touchées par la maladie et leurs opinions sont essentielles à la réussite de notre travail », ajoute-t-il. La stratégie d’engagement des parties prenantes fait appel à des spécialistes en sciences sociales, à des experts en communication et à des praticiens de l’engagement qui œuvrent à promouvoir le dialogue à tous les niveaux des parties prenantes. « En nous appuyant sur ces connaissances, nous adaptons une gamme d’outils de communication visant à transmettre efficacement des informations sur notre projet et sur les méthodes de prévention du paludisme. Notre approche garantit que les informations destinées à chaque public sont accessibles et pertinentes. Ce qui favorise par voie de conséquence, une prise de décision éclairée et une action concertée en vue de notre objectif commun d’élimination du paludisme », a-t-il déclaré. Revenant sur son expérience à TED2024, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme (25 avril), le Professeur Diabaté a exprimé toute sa gratitude pour la reconnaissance de ses actions sur la scène internationale. « Participer à la conférence TED a été une expérience très enrichissante. Cela témoigne de l’importance des efforts collectifs visant à se servir de l’ingéniosité humaine afin d’éliminer le paludisme et d’améliorer la santé mondiale. » Sa détermination à contribuer à une Afrique exempte du paludisme a été encore plus poignante. Le discours du Professeur Diabaté a mis en avant les compétences et l’expertise des scientifiques africains sur la scène internationale. Sa vision est porteuse d’espoir et son discours a suscité des conversations, inspirant le soutien à la technologie de l’impulsion génétique de Target Malaria et au développement d’une nouvelle génération de scientifiques africains.
Des chercheuses africaines engagées à mettre fin au paludisme

En dépit des défis liés à la menace persistante du paludisme à l’échelle mondiale, Target Malaria est résolument engagé à explorer l’innovation scientifique afin de lutter contre cette maladie mortelle, en mettant en évidence les contributions inestimables des femmes africaines dans le domaine scientifique pour éradiquer le paludisme en Afrique. On ne saurait trop insister sur la nécessité d’encourager davantage de jeunes filles africaines à poursuivre des carrières dans le domaine de la science. Un rapport de l’UNESCO révèle que seulement 35 % des étudiants en STEM (Science, Technologie, Ingénierie, Mathématiques) dans l’enseignement supérieur au niveau mondial sont des femmes. Lea Pare Toe, Responsable de l’Engagement des Parties Prenantes pour Target Malaria Burkina Faso, souligne l’urgence d’intégrer davantage de femmes dans le domaine scientifique. « Les recherches démontrent que les femmes reçoivent généralement des subventions de recherche moins importantes, ont des carrières plus courtes et moins rémunérées, et sont sous-représentées dans les revues de haut niveau ainsi qu’aux postes de direction », explique-t-elle. Elle met en avant les défis auxquels sont confrontées les jeunes filles africaines, qu’il s’agisse de stéréotypes sexistes bien enracinés ou d’un manque de modèles à suivre. « Les domaines de la science et de la recherche ont besoin de davantage de femmes, et cela est particulièrement vrai en Afrique, où existent de nombreux jeunes talents. » Target Malaria s’affiche comme précurseur dans l’utilisation de l’impulsion génétique, un mécanisme génétique naturel, qui propage une modification génétique chez les moustiques vecteurs du paludisme afin d’altérer le taux d’hérédité et affecter leur capacité à se reproduire. Cette approche novatrice a le potentiel de devenir une méthode durable et économique pour réduire la population de moustiques vecteurs du paludisme et, en fin de compte, mettre un terme à la transmission de la maladie. Target Malaria veille également à ce que les voix et l’expertise africaines jouent un rôle central dans le développement et l’évaluation de ces technologies. « On ne peut mener des recherches axées sur les communautés dans un domaine scientifique spécifique, dans un pays, sans posséder de connaissances dans ce domaine. Mon rôle est principalement axé sur les communautés, en impliquant tous les membres dans les phases de science, de recherche et de déploiement. Des domaines comme la biologie synthétique offrent des voies d’innovation prometteuses, susceptibles de révolutionner notre lutte contre les maladies à transmission vectorielle de manière durable. L’éducation des communautés et le partage des connaissances constituent des éléments essentiels de ce projet, et j’espère ainsi encourager davantage de jeunes femmes à embrasser des carrières scientifiques », ajoute Para Toe. A en croire Krystal Birungi, Coordinatrice de l’Entomologie de terrain chez Target Malaria Ouganda, le paludisme continue de causer un nombre considérable de victimes en Afrique. En 2022, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a rapporté que la région abritait 94 % des cas de paludisme (233 millions) et 95 % (580 000) des décès liés à cette maladie. Les enfants de moins de cinq ans représentaient environ 80 % de l’ensemble des décès dus au paludisme. « Originaire de l’Ouganda, je suis témoin de l’impact dévastateur du paludisme. Aujourd’hui, en tant qu’adulte résidant dans l’un des pays où le poids de cette maladie est parmi les plus élevés au monde, je consacre ma carrière à la recherche de solutions pour combattre cette menace mortelle », déclare Mme Birungi. La montée de la résistance aux interventions disponibles, comme les médicaments et les insecticides, compromet les efforts de lutte contre la maladie. Avec l’avancement du changement climatique, des millions de personnes risquent d’être de plus en plus exposées au paludisme. Parallèlement, la récente augmentation de l’incidence d’autres maladies à transmission vectorielle — comme la dengue — souligne de manière encore plus pressante la nécessité d’adopter des approches novatrices pour faire face à ces menaces convergentes. Grâce à des efforts de collaboration et à des approches novatrices, telles que les technologies d’impulsion génétique, Target Malaria a le potentiel d’avoir un impact transformateur. « Nos équipes en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord tracent la voie vers une Afrique sans paludisme, où chaque enfant aura la possibilité de s’épanouir », explique Mme Birungi. Lors de la récente conférence ministérielle sur le paludisme qui s’est tenue au Cameroun, Krystal a représenté le Global Fund Advocates Network (GFAN) en tant qu’observatrice, plaidant en faveur d’une action décisive contre le paludisme. L’engagement récent pris par les ministres africains de la santé à Yaoundé pour mettre fin aux décès dus au paludisme est un exemple fort pour le Pacte des Nations unies pour l’avenir. « Il y a encore des communautés en Afrique qui discutent du nombre d’enfants qu’elles devraient avoir parce qu’elles prévoient d’en perdre certains à cause du paludisme », déclare-t-elle. « Je veux contribuer à construire un monde où mes enfants n’auront pas à prendre cette décision. » La mission de Target Malaria va au-delà de l’innovation scientifique ; elle est le symbole d’un engagement en faveur du co-développement, de l’excellence et de la responsabilité scientifique, tout en reconnaissant les contributions inestimables des femmes africaines dans la lutte contre le paludisme.
L’OMS préqualifie un deuxième vaccin contre le paludisme, une avancée majeure dans la prévention de la maladie

L’OMS a ajouté le vaccin antipaludique R21/Matrix-M à sa liste de vaccins préqualifiés. En octobre 2023, l’OMS avait recommandé son utilisation pour la prévention du paludisme chez les enfants, suivant les recommandations du Groupe stratégique consultatif d’experts sur la vaccination (SAGE) de l’OMS et du Groupe consultatif sur la politique de lutte contre le paludisme. Cette préqualification va améliorer l’accès aux vaccins, un outil essentiel pour prévenir la maladie dans cette population : elle est en effet requise pour que l’UNICEF réalise ses achats de vaccins et pour que Gavi, l’Alliance du Vaccin, en finance le déploiement. Après le RTS,S/AS01 en juillet 2022, le vaccin R21 est le deuxième vaccin antipaludique à être préqualifié par l’OMS. Des essais cliniques ont montré que tous deux sont sûrs et efficaces pour prévenir le paludisme chez l’enfant. Déployés à grande échelle, en plus des autres interventions antipaludiques recommandées, ils devraient avoir des répercussions très favorables sur la santé publique. Le paludisme, une maladie transmise par les moustiques, fait peser un fardeau particulièrement lourd sur les enfants de la Région africaine, chez lesquels elle entraîne chaque année près de 500 000 décès. En 2022, au niveau mondial, on estime qu’il y a eu 249 millions de cas de paludisme et 608 000 décès dus à cette maladie, dans 85 pays. La préqualification du deuxième vaccin antipaludique au monde, mis au point par l’Université d’Oxford et produit par le Serum Institute of India, va permettre d’améliorer l’accès à la prévention vaccinale de cette maladie. La demande en vaccins antipaludiques est forte, mais l’offre a été limitée jusqu’à présent. La disponibilité de deux vaccins antipaludiques recommandés et préqualifiés par l’OMS devrait permettre d’accroître l’offre en vue de répondre à la forte demande des pays africains et d’obtenir suffisamment de doses de vaccin pour tous les enfants vivant dans des zones où le paludisme est un risque important pour la santé publique. Pour le Dr Rogério Gaspar, Directeur du Département Réglementation et préqualification (RPQ) à l’OMS : « La préqualification de vaccins par l’OMS permet de garantir que les vaccins utilisés dans les programmes de vaccination mondiaux sont sûrs et efficaces dans le cadre des conditions d’utilisation des systèmes de santé ciblés. L’OMS évalue chaque année plusieurs produits en vue de leur préqualification, la finalité étant d’améliorer l’accès à des produits de santé qui soient sûrs, efficaces et de qualité. » La Dre Kate O’Brien, Directrice du Département Vaccination, vaccins et produits biologiques (IVB) de l’OMS, a déclaré : « La préqualification aujourd’hui du R21/Matrix-M, le deuxième vaccin antipaludique à être recommandé pour les enfants vivant dans des zones d’endémie palustre, marque une immense avancée pour la santé dans le monde. Elle témoigne de notre engagement inlassable à éradiquer le paludisme, un adversaire redoutable qui sème la souffrance et la mort parmi les enfants. C’est un pas de plus vers un avenir plus sain et plus résilient pour celles et ceux qui, depuis trop longtemps, vivent dans la peur de ce que le paludisme pourrait infliger à leurs enfants. Nos partenaires et nous agissons dans l’unité pour un avenir sans paludisme où chaque vie serait protégée de cette menace. » Dans le cadre du processus de préqualification, l’OMS applique des critères internationaux pour évaluer de façon exhaustive les vaccins et déterminer s’ils sont sûrs, efficaces et produits conformément aux normes internationales. L’OMS veille également au maintien de l’innocuité et de l’efficacité des vaccins préqualifiés, par exemple moyennant une réévaluation régulière, une inspection des sites et des tests ciblés. La préqualification répond aux besoins spécifiques des programmes nationaux de vaccination pour des caractéristiques des vaccins telles que l’activité, la thermostabilité, la présentation, l’étiquetage et les conditions d’expédition.