Smart Grids : des réseaux électriques intelligents pour un avenir durable

Repenser la production et la consommation d’électricité à l’ère des Smart Grids : une urgence pour le Maroc et l’Afrique La transition énergétique mondiale impose une redéfinition profonde de nos systèmes de production et de consommation d’électricité. Pendant des décennies, l’architecture énergétique reposait sur un modèle centralisé : de grandes centrales – souvent alimentées par des énergies fossiles comme le charbon, le gaz ou le nucléaire – généraient l’électricité, acheminée ensuite sur de longues distances jusqu’aux consommateurs. Ce modèle a largement contribué au développement industriel et social, mais il atteint aujourd’hui ses limites, tant sur le plan environnemental qu’économique et technologique. Le Maroc, à l’image de plusieurs pays africains, a pris le virage de la transition énergétique. Avec une stratégie nationale ambitieuse visant à porter la part des énergies renouvelables à plus de 50 % du mix électrique, le pays multiplie les projets innovants. Toutefois, pour que cette transition soit pleinement efficace, elle doit s’accompagner d’une modernisation profonde des infrastructures électriques. Par ailleurs, l’évolution des usages – véhicules électriques, équipements connectés, climatisation, télétravail – et l’émergence d’un consommateur plus engagé, qui souhaite produire, stocker et gérer sa propre énergie, rendent le modèle traditionnel obsolète. Il devient donc impératif de rendre nos réseaux plus flexibles, plus interactifs, capables de gérer en temps réel la production décentralisée et la variabilité de la demande. C’est dans ce contexte que les Smart Grids, ou réseaux électriques intelligents, apparaissent comme une réponse stratégique. En combinant les technologies de l’information, les capteurs, l’intelligence artificielle et l’automatisation, les Smart Grids permettent une gestion plus efficace, plus durable et plus résiliente de l’énergie. Pour le Maroc et pour l’Afrique, les Smart Grids ne sont pas seulement une innovation technique : ils représentent une opportunité stratégique pour construire un avenir énergétique plus équitable, plus fiable et respectueux de l’environnement. Qu’est-ce qu’un Smart Grid ? Les Smart Grids, ou réseaux électriques intelligents, représentent une évolution majeure dans la manière de produire, distribuer et consommer l’électricité. Contrairement aux réseaux traditionnels – souvent linéaires, centralisés et peu réactifs – les Smart Grids s’appuient sur des technologies numériques avancées pour rendre le système énergétique plus efficace, flexible, résilient et durable. Ces réseaux de nouvelle génération intègrent des dispositifs comme des capteurs intelligents, des compteurs communicants, des objets connectés (Internet des objets – IoT), ainsi que des algorithmes d’analyse prédictive. L’ensemble permet une collecte en temps réel de données sur la production, la consommation, l’état du réseau et les comportements utilisateurs. Mais surtout, les Smart Grids rendent possible une communication bidirectionnelle : l’électricité circule du producteur vers le consommateur, tandis que les données circulent en sens inverse, permettant des ajustements dynamiques à tous les niveaux du réseau. Cette intelligence intégrée se traduit par plusieurs bénéfices concrets : – Une gestion en temps réel de l’équilibre offre-demande, qui limite les pertes et évite les surcharges ; – Une détection rapide des pannes, pour une meilleure fiabilité et continuité de service ; – Une intégration facilitée des énergies renouvelables, souvent intermittentes comme le solaire et l’éolien ; – Une implication active du consommateur, qui devient « prosommateur » : à la fois producteur et consommateur d’énergie. Exemple concret : la maison connectée dans un Smart Grid Imaginons une maison équipée de panneaux solaires, d’une batterie domestique, d’un véhicule électrique et d’un compteur intelligent. Dans un environnement Smart Grid, cette maison peut produire sa propre électricité, stocker le surplus ou le réinjecter dans le réseau. Le compteur intelligent permet de suivre en temps réel la consommation via une application mobile, d’adapter les usages selon le prix de l’énergie, et de recharger la voiture aux heures creuses. Cette maison ne subit plus le système énergétique : elle y participe activement. Les trois piliers fondamentaux du fonctionnement du réseau intelligent : Capteurs et compteurs intelligents Ils mesurent en continu les flux d’énergie (production, consommation, pertes, anomalies, etc.), fournissant une image claire et immédiate de l’état du réseau. Par exemple, si une région produit plus qu’elle ne consomme, le système peut temporairement stocker l’excédent ou le redistribuer ailleurs.2. Les infrastructures de communication Des réseaux de communication fiables, tels que la fibre optique, la 4G/5G, le Wi-Fi, ou même le courant porteur (transmission via des lignes électriques), sont essentiels pour la circulation des données entre les équipements et les centres de pilotage. Ces interactions garantissent une coordination dynamique entre les différents acteurs du réseau. L’intelligence artificielle et les algorithmes prédictifs Des systèmes intelligents capables d’anticiper la demande, d’optimiser le flux d’énergie ou même de gérer automatiquement les pannes analysent les données collectées. Par exemple, si la demande est élevée à 18 heures, l’IA peut arrêter certaines opérations industrielles ou programmer la recharge nocturne des véhicules électriques. Dans un contexte où la demande énergétique augmente rapidement et où les ressources doivent être gérées avec parcimonie, les Smart Grids représentent une opportunité unique pour les pays africains. Le Maroc est particulièrement concerné en raison de ses vastes projets d’énergie renouvelable et de son objectif d’incorporer plus de 50 % de son énergie provenant de sources domestiques.Les Smart Grids peuvent accompagner cette transition en garantissant un réseau plus stable, plus intelligent, et surtout plus inclusif, dans lequel chaque citoyen peut devenir acteur de la transition énergétique. Pourquoi les Smart Grids sont essentiels pour la planète… et pour l’avenir énergétique du Maroc Les Smart Grids jouent un rôle central dans la réussite de la transition énergétique à l’échelle mondiale. En intégrant des technologies numériques avancées dans les réseaux électriques, ils permettent une meilleure intégration des énergies renouvelables, même lorsque leur production est variable. Ainsi, le système peut ajuster en temps réel l’offre et la demande, en tenant compte de la disponibilité du soleil ou du vent – des ressources abondantes au Maroc mais naturellement intermittentes. Au-delà de cette capacité d’adaptation, les Smart Grids favorisent une production d’énergie plus locale. En limitant le transport de l’électricité sur de longues distances, ils contribuent à réduire les pertes énergétiques, améliorant ainsi l’efficacité globale du système. De plus, ils encouragent une consommation plus intelligente : les utilisateurs peuvent
Des avancées dans la gestion des pêches et de l’aquaculture en Méditerranée et en mer Noire

Plus de 20 pays et l’Union européenne adoptent 34 mesures afin d’assurer la conservation et l’utilisation durable des ressources biologiques marines, ainsi que le développement durable de l’aquaculture en mer Méditerranée et en mer Noire. La quarante-sixième session de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM) de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), qui s’est conclue vendredi dernier à Split (Croatie), a été l’une des plus productives de l’histoire de l’organisation. La CGPM est l’organisation régionale de gestion des pêches habilitée à formuler des recommandations contraignantes en matière de développement de la pêche et de l’aquaculture en mer Méditerranée et en mer Noire. À ce titre, sa session annuelle représente une date charnière dans le programme de travail du secteur. Cette année, elle a vu les représentants des pays membres de la CGPM rejoints par des experts et observateurs de 12 organisations partenaires, dont Global Fishing Watch, MEDAC, Oceana, OceanCare et WWF. Chaque année, des recommandations et des résolutions sont proposées et votées, les membres de la CGPM s’accordant sur un plan de travail pour les années à venir. Chacune des décisions vise à assurer un avenir durable au secteur vital de la pêche et de l’aquaculture dans la région. Cette année, 34 décisions ont été adoptées à l’unanimité, dont 24 recommandations contraignantes, le plus grand nombre à ce jour. Les propositions s’articulent autour de trois grands thèmes: l’amélioration de la gestion des pêches, la prise en compte des questions climatiques et environnementales dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture, et le renforcement de l’application des décisions. La gestion fondée sur la science continue de se développer Au cours de la dernière décennie, la CGPM a introduit des plan de gestion pluriannuels basés sur une approche scientifique pour les principaux stocks commerciaux et 10 d’entre eux sont aujourd’hui en vigueur. Ces plans guident la mise en œuvre de mesures visant à assurer et à maintenir une exploitation durable des ressources halieutiques, en luttant contre la surpêche et en garantissant des rendements élevés à long terme. «Les données recueillies sur le terrain montrent que les plans ont une incidence réelle sur la réalisation des objectifs de durabilité,» a déclaré Valérie Lainé, Chef de l’unité de gestion des pêches dans la mer Méditerranée et la mer Noire à la Direction générale des affaires maritimes et de la pêche de la Commission européenne. «C’est très encourageant de constater les effets de nos efforts partagés.» Une série de propositions, fondées sur des avis scientifiques exhaustifs et rigoureux et émanant des organes subsidiaires de la CGPM, ont été adoptées à Split afin d’améliorer davantage la portée et l’efficacité des plans en vigueur. Un soutien accru aux mesures environnementales Des pêches productives reposent sur des océans sains. Outre les mesures visant directement les stocks halieutiques commerciaux, un ensemble de recommandations destinées à minimiser les impacts de la pêche sur l’environnement marin dans son ensemble ont également été présentées à la table des négociations. Un plan d’action régional pour la protection des espèces vulnérables, notamment les oiseaux de mer, les cétacées et les tortues marines, a été adopté; dans le même temps, les espèces gravement menacées telles que l’anguille d’Europe et les esturgeons en mer Noire, ont bénéficié de niveaux de protection accrus. Les environnements marins vulnérables ont également fait l’objet de discussions et les membres se sont accordés sur une feuille de route pour l’établissement d’une zone de pêche réglementée afin de protéger les fragiles monts de coraux des Cabliers en mer d’Alboran. De plus, à mesure que le monde entier s’efforce de réduire ses émissions de gaz à effet de serre dans le cadre de l’Accord de Paris, la CGPM a lancé une initiative à long terme en faveur de la décarbonation de la flotte de pêche régionale. L’aquaculture également comporte une dimension environnementale importante. Ce sujet a fait l’objet d’une attention particulière et plusieurs pays s’intéressant au développement durable de l’aquaculture ont formulé des propositions dans ce sens. Une considération essentielle pour la poursuite du développement du secteur est de s’assurer qu’il ait recours à des systèmes de production respectueux de l’environnement; à ce titre, une résolution visant à établir des lignes directrices à l’appui de la mise en œuvre de programmes de suivi environnemental dans la région a été fortement soutenue. Les efforts proactifs déployés pour réduire l’utilisation du plastique et améliorer la gestion des déchets ont également été reflétés dans les nouvelles décisions. Comme cela a été le cas pour les flottes de pêche, les participants à la session ont formulé une série de propositions pour la décarbonation du secteur de l’aquaculture, notamment la promotion de sources d’énergie durables, de techniques de fixation du carbone et de méthodes de production à faible impact, ainsi que le lancement d’un plan régional d’adaptation au climat pour rendre le secteur plus résilient face aux changements dans un contexte de réchauffement planétaire. Des capacités de mise en application renforcées Le dernier domaine au centre des discussions de la quarante-sixième session était la conformité – c’est-à-dire le fait de garantir que les décisions de la CGPM soient effectivement appliquées et que les membres respectent leurs engagements en matière de développement et de réglementation de leurs activités de pêche et d’aquaculture. Des jalons importants ont été posés dans de nombreux domaines, et de nouveaux outils ont été adoptés pour assurer une culture de la conformité. Deux programmes permanents d’inspection et de surveillance ont été lancés en ce qui concerne les eaux internationales, tandis que de nouveaux programmes de documentation des captures de turbot de mer Noire et de corail rouge de Méditerranée, deux espèces commercialement importantes, renforceront la responsabilité et contribueront à la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INDNR). Enfin, un nouveau mécanisme a été créé pour favoriser une culture de la conformité dans la région, grâce à l’adoption d’une décision clé qui permettra au Comité d’application de mieux identifier les cas de non-application des décisions et leurs sources et, surtout, de
Maroc. Le Groupe OCP sur de nouveaux rails pour un avenir durable

Jouer sa partition dans la transition vers les énergies vertes et l’économie décarbonée a toujours été la tendance favorite du top management du Groupe OCP qui a présenté récemment son tout nouveau et ambitieux programme d’investissement «vert». S’inscrivant parfaitement dans les Orientation Royales en matière de transition énergétique, le programme du géant des phosphates témoigne encore une fois de l’attachement du Groupe à un progrès durable qui tienne compte des ambitions du pays, de son environnement et de l’avenir de la planète. S’il s’articule autour de l’accroissement des capacités de production d’engrais, ce programme doté d’une enveloppe de 130 milliards de dirhams s’engage à atteindre la neutralité carbone avant 2040, en faisant levier sur le gisement unique d’énergies renouvelables ainsi que sur les avancées du Royaume dans ce domaine sous l’impulsion de SM le Roi. Spécialiste en politique économique, Ahmed Khalid Benomar est confiant quant à l’intérêt économique que revêt le nouveau programme du leader mondial qui a fait de sa contribution à la prospérité du Maroc son leitmotiv. Convaincu de sa portée stratégique, ce dernier souligne que le nouveau programme contribuera à l’essor économique du Maroc en le transformant dans le sens de ce que prévoit le nouveau modèle de développement (NMD). Etalé sur une période de quatre ans (2023-2027), ce programme d’investissement ambitionne de renforcer la transformation de l’écosystème industriel national, d’augmenter sa compétitivité, de viser de nouveaux maillons des chaînes de valeur mondiales et d’accélérer la décarbonation du tissu industriel, a-t-il confié à la MAP. Pour Ahmed Khalid Benomar, ce programme permettra de faire le lien entre un fleuron industriel national et un écosystème de petites et moyennes industries. «Le développement de l’OCP serait probablement très bénéfique à cet écosystème de PME industrielles dont nous avons besoin pour transformer notre économie », a-t-il estimé. D’autant plus que le Groupe «ambitionne de mettre sur orbite un réel consortium associé à plus de 600 entreprises industrielles marocaines avec pour objectif la création à terme de plus de 25.000 emplois directs et indirects», a pour sa part relevé Abdelghani Youmni, économiste et spécialiste des politiques publiques. Pour ce dernier, l’ambitieux programme d’investissement – qui a été présenté par le président directeur général du Groupe OCP, Mostafa Terrab, le samedi 3 décembre dernier, à Sa Majesté le Roi Mohammed VI- est parfaitement lisible dans le rôle pivot de cet acteur majeur de l’industrie des engrais qui aspire aussi à atteindre la souveraineté en matière d’intrants. Il en est persuadé : le Maroc devient de plus en plus une alternative pour l’Europe, l’Amérique Latine, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique. Rappelons à ce propos que le Maroc est aujourd’hui leader mondial avec un chiffre d’affaires qui était de 2,5 milliards de dollars en 2005, de 9,4 milliards en 2021, et qui atteindra 14 milliards de dollars en 2026 pour concurrencer la Chine et la Russie qui concentrent 30% et 23% des volumes du commerce mondial des phosphates. Pour le média italien «Gli Stati Generali» qui le qualifie d’« ambitieux et d’innovateur», ce projet revêt une importance particulière, non seulement pour le Maroc, mais également pour les pays de la Méditerranée, notamment l’Italie. Soulignons, comme l’a relevé récemment un communiqué du Cabinet Royal , « le Groupe s’est appuyé sur les capacités de recherche et développement de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) afin de capter les opportunités offertes par les nouvelles technologies industrielles et digitales, et de développer une expertise sur les technologies innovantes de fertilisation raisonnée à même de répondre aux enjeux de l’agriculture durable et de la sécurité alimentaire ». A titre de rappel, le résultat d’exploitation du Groupe OCP s’est chiffré à plus de 36,32 milliards de dirhams (MMDH) au neuvième mois de 2022, au lieu des 17,73 MMDH enregistrés à la même période de l’année précédente. Le chiffre d’affaires a pour sa part enregistré une hausse de 55% par rapport à la même période une année auparavant. Il a ainsi atteint près de 89,54 milliards de dirhams (MMDH) en raison principalement de la hausse des prix de vente observée dans toutes les catégories de produits, qui a largement compensé la baisse des volumes exportés d’une année à l’autre. Alain Bouithy