Maroc. L’endettement financier des entreprises non financières décélère en 2020

Maroc. L’endettement financier des entreprises non financières décélère en 2020

Le rythme d’évolution annuelle de la dette financière des entreprises non financières a ralenti à 2,4% au terme de l’année 2020, après une progression de 3,9% en 2019, pour s’établir à près de 807,7 milliards de dirhams. « Ce ralentissement s’expliquerait par la baisse voire l’arrêt d’activité résultant des effets de la pandémie », indiquent Bank Al-Maghrib (BAM), l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS) et l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC). Dans un rapport sur la stabilité financière 2020, rendu public récemment, ces trois institutions publiques précisent que ce ralentissement concerne à la fois la croissance de la dette financière des entreprises privées (3,5% après 5% une année auparavant) et celle des entreprises publiques (0,3% à fin 2020 contre 1,9% en 2019). Pour rappel, plus de 16% des entreprises ont été en arrêt définitif ou temporaire au terme du second semestre de 2020, comme l’avait révélé le Haut-commissariat au plan (HCP) au terme d’une enquête menée en début d’année dans le cadre du suivi des effets de la crise Covid-19 sur l’activité des entreprises. Dans leur rapport, BAM, l’ACAPS et l’AMMC soulignent qu’en dépit de la décélération de l’endettement financier des entreprises, le ratio de leur dette rapportée au PIB s’est inscrit en hausse de 74,1% à fin 2020 après son maintien à 68,4% en 2018 et 2019. A en croire ces trois organismes, « cette évolution est imputable à la forte contraction du PIB en 2020 dans le sillage de la crise sanitaire». Dans le détail, il ressort du rapport que l’endettement financier des entreprises privées, qui constitue les deux tiers de la dette financière globale des entreprises non financières, s’est chiffré à 531,4 milliards de dirhams au terme de l’année écoulée, ce qui représente 49,6% du PIB. Selon les auteurs dudit rapport, « cette évolution s’explique essentiellement par le ralentissement de leur dette bancaire, passant de 6,1% à 3,3% d’une année à l’autre, qui continue de constituer leur principale source de financement (89%) ». Poursuivant sa tendance baissière entamée depuis 2015, le rythme de progression de la dette financière des entreprises publiques  a marqué un léger accroissement de 0,3% en 2020 pour atteindre 276,3 milliards de dirhams, soit 25,8% du PIB après 23,9% à fin 2019. D’après BAM, l’ACAPS et l’AMMC,  « cette décélération est imputable au recul de la composante extérieure de leur endettement financier qui s’est repliée de 2% après une baisse de 1,1% en 2019 ». A noter également le ralentissement à 2,8% des emprunts bancaires des entreprises non financières qui se sont établis à 525,4 milliards de dirhams, après une croissance de 5,4% enregistrée en 2019. Ces emprunts ont ainsi représenté 48,2% du PIB, correspondant à un bond de 3,9 points de pourcentage par rapport à 2019, selon la même source qui indique, par ailleurs, que la part de la dette bancaire des entreprises s’est maintenue autour de 65% de leur endettement financier global. D’après le rapport, « dans le contexte de crise sanitaire, l’examen de la structure de l’endettement bancaire fait ressortir que les crédits additionnels contractés par les entreprises non financières ont été essentiellement destinés à couvrir leurs besoins de trésorerie, comme l’illustre la progression notable de 12,5% de l’encours des crédits de trésorerie, totalisant 215 milliards de dirhams, soit une part de 41% de la dette bancaire». La même source poursuit attribuant la dynamique qu’ont connue les crédits de trésorerie aux mesures de soutien et de relance déployées par les autorités, particulièrement, le dispositif de garantie par l’Etat (notamment le produit «Damane Oxygène»). Notons que « les crédits accordés dans le cadre des programmes «Damane Relance» et «Damane Oxygène» ont culminé  à près de 53 milliards de dirhams à fin 2020 et ont bénéficié à près de 66.200 entreprises, comme le souligne le rapport notant, par ailleurs, que la dette bancaire contractée pour des besoins de financement des biens d’équipement et celle destinée à financer la promotion immobilière ont marqué respectivement un recul de 2,6% et 0,5%, après des hausses de 4,2% et 3,2% en 2019. Représentant une part de 25% de leur dette financière globale, la composante extérieure de l’endettement des entreprises non financières a, de son côté, poursuivi sa tendance baissière avec une contraction en 2020 de 2,9%, pour s’établir à 198 milliards de dirhams. Alain Bouithy

Maroc. Forte baisse de la demande intérieure en 2020

Maroc. Forte baisse de la demande intérieure en 2020

L’économie nationale s’est contractée de 6,3% au cours de l’année écoulée, a annoncé le Haut-commissariat au plan (HCP) dans sa note d’information relative aux comptes nationaux provisoires de l’année 2020. En 2020, les activités non agricoles et celles du secteur agricole ont affiché respectivement un recul de 5,8% et 8,6%, a indiqué l’institution publique. « La valeur ajoutée, en volume, du secteur agricole (non compris la pêche) a connu une deuxième baisse de 8,6% après celle de 5,8% en 2019. De même, la valeur ajoutée des autres secteurs d’activité non agricoles a aussi connu un fort repli de 5,8% au lieu d’une hausse de 3,9% une année plus tôt », a relevé le HCP. Le taux d’accroissement du produit intérieur brut (PIB) en volume, hors agriculture, a reculé de -6% en 2020, au lieu de 3,7% en 2019, après la baisse de 7,6% des impôts nets des subventions sur les produits au lieu d’une hausse de 1,9% l’année précédente. Au total, le PIB global en volume a connu un net recul de -6,3% au lieu d’une croissance de 2,6% enregistrée en 2019, a souligné l’institution dans sa note d’information. Selon la même source,« aux prix courants, le PIB national a connu une baisse de 5,5% en 2020 au lieu d’une hausse de 4% une année auparavant, dégageant ainsi une baisse du niveau général des prix passant de 1,4% en 2019 à 0,8% en 2020 ». Dans le contexte d’une baisse du niveau général des prix et d’un allégement du besoin de financement de l’économie nationale, la demande intérieure et extérieure a été marquée par une contraction au cours de l’année dernière. En effet, «la demande intérieure s’est contractée de 6% en 2020 au lieu d’une hausse de 1,7% en 2019, avec une contribution négative à la croissance de 6,5 points au lieu d’une contribution positive de 1,8 point», a noté le Haut-commissariat. Après analyse, il ressort ainsi que les dépenses de consommation finale des ménages ont accusé une baisse de 4,1% au lieu d’une hausse de 1,9% en 2019 avec une contribution négative à la croissance de 2,3 points au lieu d’une contribution positive de 1,1 point, selon le HCP. Avec une contribution à la croissance de -4,6 points au lieu de -0,1 point, l’investissement brut (formation brute de capital fixe et variation des stocks) a, de son côté, enregistré un net recul de son taux d’accroissement. Celui-ci est passé de -0,4% en 2019 à -14,2% en 2020. Des données statistiques analysées, il apparaît, en revanche, que « la consommation finale des administrations publiques a affiché un taux d’accroissement de 1,7% en 2020 au lieu de 4,7% une année auparavant, avec une contribution à la croissance de 0,3 point au lieu de 0,9 point », a noté le HCP. L’analyse de l’évolution des échanges extérieurs de biens et services en volume en 2020 montre que les exportations et les importations ont enregistré de fortes baisses durant l’année 2020. En effet, « les exportations de biens et services ont affiché un net repli de 14,3% au lieu d’une hausse de 6,2% une année auparavant, avec une contribution négative à la croissance de 5,6 points au lieu d’une contribution positive de 2,4 points », a relevé l’institution. Avec une contribution négative à la croissance de 5,8 points au lieu d’une contribution positive de 1,7 point l’année passée, les importations de biens et services ont accusé une forte baisse de 12,2% contre une augmentation de 3,4% en 2019. En ce qui concerne le financement, il ressort qu’avec la forte baisse du PIB aux prix courants de 5,5% au lieu d’une hausse de 4% l’année passée et la hausse de 24,2% des revenus nets reçus du reste du monde au lieu d’une baisse de 3,2%, le revenu national brut disponible a connu une diminution de 5% en 2020 au lieu d’une progression de 4% en 2019 pour se situer à 1153 milliards de DH. Ainsi que l’a relevé le HCP dans sa note,« compte tenu de la baisse de 2,4% de la consommation finale nationale en valeur au lieu d’une hausse de 3,5% enregistrée une année auparavant, l’épargne nationale a reculé d’un point pour se situer à 26,7% du PIB ». Soulignons enfin que le besoin de financement de l’économie nationale s’est allégé passant de 4,1% du PIB en 2019 à 1,8% en 2020, suite à un niveau d’investissement brut (FBCF et variation de stocks) qui a représenté 28,4% du PIB au lieu de 31,9% une année auparavant.  Alain Bouithy

​Maroc: La croissance baisserait à -6,2% pour l’année en cours

​Maroc: La croissance baisserait à -6,2% pour l’année en cours

Le Centre marocain de conjoncture (CMC) a revu à la baisse sa prévision de croissance pour le Maroc pour cette année. Selon les économistes de l’Observatoire indépendant de l’économie marocaine, la croissance nationale devrait connaître finalement une baisse prononcée de – 6,2%. Rien de réjouissant donc. Il faut dire que la crise du Covid-19, l’une des plus sévères que le monde ait connues depuis de nombreuses décennies, a mis à l’épreuve toutes les économies de la planète. Comme l’a relevé le CMC dans sa dernière publication mensuelle «Maroc Conjoncture» (n° 327), «l’ampleur de ses conséquences économiques et sociales est considérable» et le Royaume n’y échappe pas. Le Maroc qui, dès l’apparition des premières contaminations par le virus, début mars 2020, a pris un ensemble de dispositions pour limiter les dégâts, potentiellement prévisibles du fait de la pandémie, a rappelé le Centre dans ce spécial portant sur «Post-Covid-19 : Stratégie et mesures pour la relance économique». Comme partout ailleurs, cette situation a nécessité de la part des pouvoirs publics des prises de décision dans l’urgence pour sauver des vies humaines, éviter l’effondrement de l’économie et empêcher une crise sociale qui plongerait le monde dans un chaos sans précédent, a souligné le CMC dans un communiqué publié récemment. Pour l’institution, spécialisée dans l’analyse et le suivi de la conjoncture, la prévision et l’évaluation d’impact, «les dégâts auraient été incommensurables sans le confinement, rapidement mis en place et sans les mesures appropriées, prises au niveau des règles sanitaires de prévention et de traitement». Mais quand bien même ces agencements auraient permis d’éviter des pertes humaines importantes, comme celles observées par de nombreux pays, force est de constater qu’ils se sont avérés coûteux en termes de disponibilité de revenus et de préservation d’emplois. Ainsi que l’a fait remarquer le CMC dans sa publication, «le choc combiné de l’offre et de la demande a pesé lourd sur l’économie nationale, au point d’imposer l’urgence d’une rectification de la loi de Finances en vigueur pour l’exercice 2020». L’Observatoire a noté que, suite à l’éclatement de la pandémie du coronavirus et la forte perturbation ayant affecté le fonctionnement normal de l’ensemble des marchés dans leurs doubles dimensions d’offre et de demande, l’Etat a pris tout un train de mesures de nature à aider les entreprises à retrouver des niveaux d’activité d’avant la survenue de cette catastrophe sanitaire. A ce propos, il rappelle que la stratégie interventionniste de l’Etat comprend deux volets. Ainsi, «au dispositif de garanties musclé piloté par la Caisse centrale de garantie (CCG) pour le compte de l’Etat, Bank Al-Maghrib (BAM) a inauguré une nouvelle ère dans la conduite de la politique monétaire en phase avec la gravité de cette conjoncture inédite dans les annales économiques du pays». A travers cette double intervention, les autorités entendent préserver l’intégrité du tissu productif en limitant les fermetures et les faillites d’entreprises, et d’autre part d’assurer la disponibilité des financements nécessaires à toute relance des activités productives et au retour progressif à la normale, rappelle également le CMC. Si l’engagement des Etats s’avère sans précédent, au CMC on est persuadé qu’il est essentiel de veiller à «reconstruire en mieux», c’est-à-dire à favoriser une reprise respectueuse de l’environnement, soutenant le potentiel de croissance à long terme, qui améliore l’inclusivité et réduit les inégalités. Les économistes du Centre estiment ainsi que «la stratégie de développement agricole devrait à l’avenir œuvrer pour la convergence du monde rural vers les standards du milieu urbain en termes de revenus, d’emploi, de niveau de vie et d’inclusion». Ils estiment qu’«un tel objectif ne devrait pas perdre de vue, dans le nouveau contexte post-épidémique, l’impératif de sécurité alimentaire». Toujours à propos de cet axe, le Centre rappelle que le monde rural a souffert doublement tout au long de l’épisode épidémique notant qu’aux effets dévastateurs de la crise sanitaire qui a pratiquement paralysé les flux commerciaux dans les campagnes se sont ajoutées la sévérité du climat et son incidence sur les principales spéculations. Cela dit, « en dehors des cultures céréalières qui ont été durement affectées par la sécheresse, les évaluations de la production agricole au terme du premier semestre montrent une certaine résilience du secteur qui a permis d’approvisionner de façon régulière les marchés et de répondre à la demande intérieure en produits alimentaires de base. S’agissant du Système de santé publique, autre axe abordé dans ce spécial, le CMC constate que «l’électrochoc de la pandémie a été à l’origine d’une métamorphose du système de santé publique qui, sans transition, a vu s’estomper toutes les récriminations, pour faire la démonstration d’un engagement sans faille, d’un service de qualité vanté par les pays à haute infrastructure sanitaire et donné en exemple par l’Assemblée générale de l’OMS». Ainsi, a-t-il poursuivi, en réponse à sa faillite préalablement annoncée, l’hôpital public a fait preuve d’une résilience sans faille, résultat d’un effort de l’ensemble des parties concernées. Ce, malgré les «dysfonctionnements et autres insuffisances, à caractère structurel, qui n’ont pas disparu pour autant». Les déficits en ressources humaines, en équipements et en accès équitable aux soins restent latents. La question est désormais de savoir s’il est possible de transformer cette performance conjoncturelle en modèle d’efficacité durable. Enfin, pour le Centre marocain de conjoncture, «s’il est une leçon à tirer de l’épisode épidémique, c’est qu’il devient absolument nécessaire de se prévaloir à l’avenir d’un certain degré de résilience face aux chocs de toute nature». Alain Bouithy

Révision à la baisse des prévisions de croissance pour 2020 (Maroc)

Révision à la baisse des prévisions de croissance pour 2020 (Maroc)

La tension hystérique et l’affolement hypocondriaque qui ont prévalu depuis le déclenchement de la crise semblent s’atténuer, a constaté le Centre marocain de conjoncture (CMC) qui a dévoilé récemment ses nouvelles prévisions de croissance pour 2020. Malgré les maigres indices précurseurs disponibles à ce jour, le CMC dont les analyses sont qualifiées de fiables a élaboré une nouvelle esquisse des perspectives de croissance de l’économie nationale pour l’exercice en cours. D’après les nouvelles données, qui prennent en considération les dernières informations relatives aux conséquences de la crise sanitaire qui sévit actuellement au Maroc et partout ailleurs, l’économie nationale devrait connaître « un taux de croissance négatif conjecturable du Produit intérieur brut à prix constants de l’ordre de -3,2% pour l’exercice 2020 ». Rappelons que dans ses projections de mars dernier, le Centre marocain de conjoncture avait annoncé qu’il prévoyait une croissance de 0,8% pour cette année. Un chiffre qu’il s’est empressé de corriger sur la base des nouvelles données. Selon les explications de l’observatoire privé, « cette contre-performance économique devrait découler du retrait de l’ensemble des secteurs sous les effets multiples déclenchés par la maladie du Covid-19, de la psychose et de la perte de confiance en passant par les restrictions des déplacements et le confinement pour arriver au stade de l’état d’urgencesanitaire ». Pour établir ses nouvelles prévisions, le Centre marocain de conjoncture a retenu un certain nombre d’hypothèses présentées dans son 40ème numéro de sa publication « Info-CMC ». Dans l’hypothèse que la crise sanitaire prendrait fin au milieu de l’année et que la reprise ne redémarrera que plus tard et d’une façon progressive, le CMC table sur une campagne agricole 2019-2020 assez sèche qui provoquerait un affaissement notable de la production céréalière, laquelle ne dépasserait guère les 40 millions de quintaux. Si le Centre est sceptique quant à l’effet immédiat que produirait la baisse du taux directeur de Bank Al Maghreb d’un quart de point sur l’économie réelle, il estime en revanche que « la politique budgétaire largement accommodante, initiée par la création du Fonds spécial de gestion de la pandémie du coronavirus et la solidarité agissante des Marocains, pourrait bien faire éviter la faillite à un bon nombre d’entreprises et sauver des emplois ». Outre ces quatre hypothèses, le CMC axe également sa prévision sur un redressement du prix du pétrole au milieu de l’année pour se stabiliser autour de 50 dollars, après la chute qu’il a accusée atteignant presque les 20 dollars, en supposant que l’inflation resterait contenue à un niveau assez bas. La dernière hypothèse présume enfin qu’« avec l’élargissement de la bande des fluctuations possibles concernant les termes de change, la parité du dirham pencherait plutôt vers une dépréciation par rapport aux deux monnaies principales : le dollar et l’euro ». Dans ses prévisions, le CMC indique que tous les autres secteurs subiront les retombées néfastes induites par la maladie Covid-19, à l’exception de la branche des produits pharmaceutiques, du secteur du commerce et des services non marchands. Concernant le secteur agricole, il pense qu’il « devrait afficher une diminution de sa valeur ajoutée en volume d’environ 3% en raison des conditions climatiques pernicieuses enregistrées durant l’hiver », tandis que « les autres secteurs devraient pâtir des dégâts causés par le coronavirus et ce à des degrés divers en accusant un ralentissement ou carrément une baisse de l’activité ». Très touché par la crise sanitaire, le secteur de l’hébergement et la restauration devrait voir sa valeur ajoutée en termes réels fléchir d’environ 25 % tant la reprise serait lente et difficile. Dans sa note, le CMC souligne que les services de transport aussi bien aérien, ferroviaire que routier devraient marquer le pas et leur valeur ajoutée globale connaîtrait un fléchissement conséquent en glissement annuel. De son côté, le secteur de l’industrie extractive devrait subir l’impact du rétrécissement des marchés extérieurs induit par le mouvement dépressif de l’économie mondiale, a-t-il fait savoir. Revenant sur la croissance pour 2020, le Centre pense que son rythme perdrait de son tonus et pourrait connaître une baisse si la situation reste en l’état. « Dans cette texture anticipée de la croissance de l’économie nationale pour l’année 2020, la contribution des activités des industries manufacturières resterait modeste et se situerait en deçà de 1% aux termes de l’année », a-t-il prévenu. Et de faire remarquer qu’aujourd’hui certaines de ces activités peinent à trouver des marchés ou sont bloquées par manque d’approvisionnement en matière première et produits intermédiaires. Pendant ce temps, d’autres sont complètement à l’arrêt comme la branche principale de l’industrie automobile qui, comme nous l’avons annoncé dans une de nos éditions précédentes, devrait progressivement reprendre ses activités industrielles, selon l’un des acteurs majeurs de ce secteur. Alain Bouithy

L’économie mondiale devrait connaître une récession inédite en 2020

L’économie mondiale devrait connaître une récession inédite en 2020

L’économie mondiale devrait connaître cette année sa pire récession depuis la Grande dépression, a prédit le Fonds mondial international (FMI) dont les dernières perspectives suggèrent « une récession plus grave que celle observée lors de la crise financière mondiale il y a une dizaine d’années ». Selon les estimations de l’institution financière internationale, qui ont été rendues publiques le mardi 14 avril, l’économie mondiale devrait connaître une forte contraction de 3 % en 2020, soit un recul bien plus marqué que lors de la crise financière de 2008-09. Se basant sur un scénario de référence fondé sur l’hypothèse d’une atténuation de la pandémie au cours du deuxième semestre de 2020 et d’un relâchement progressif des efforts d’endiguement, le FMI a néanmoins assuré que l’économie mondiale devrait croître de 5,8 % en 2021, à mesure que l’activité économique se normalisera, grâce au soutien des pouvoirs publics. Mais quand bien même une reprise partielle serait prévue pour l’année prochaine, avec des taux de croissance supérieurs à la tendance, les analystes du FMI ont toutefois prévenu que « le niveau du PIB restera inférieur à la tendance d’avant l’apparition du virus et la vigueur de la reprise est très incertaine ». En conséquence, quoi qu’il en soit, les résultats bien pires sont possibles et peut-être même probables, a fait savoir l’institution de Bretton Woods dans un communiqué, soulignant qu’« il en sera ainsi si la pandémie et l’application des mesures d’endiguement durent plus longtemps, si les pays émergents et les pays en développement sont encore plus sévèrement touchés ». Dans ce document, l’organisation a en outre prédit que la situation restera sombre si les conditions financières demeurent également restrictives ou si des séquelles se font sentir à grande échelle en raison des fermetures d’entreprises et d’un chômage prolongé, peut-on lire. Pour sauver des vies et permettre aux systèmes de soins de faire face à la situation, le Fonds a rappelé qu’« il a fallu prendre des mesures d’isolement, de confinement et de fermeture généralisée, en vue de ralentir la propagation du virus ». Par ailleurs, s’il est avéré que les prévisions de croissance mondiale sont extrêmement incertaines, du fait que les conséquences économiques dépendent de facteurs dont l’interaction est difficile à prévoir, l’institution a estimé qu’il est indispensable de prendre des mesures efficaces visant à atténuer la contagion et à préserver des vies humaines. Ce qui permettra d’éviter de très mauvais résultats. Mais quand bien même elles auront un effet néfaste à court terme sur l’activité économique, le FMI a expliqué que ces mesures doivent être considérées comme un investissement important dans la santé humaine et économique à long terme. Quoi qu’on en pense, pour l’institution, « la priorité immédiate est de limiter les répercussions de l’épidémie de Covid-19, notamment en augmentant les dépenses de santé visant à renforcer les capacités et les ressources du secteur sanitaire tout en prenant dans le même temps des dispositions qui freinent la contagion ». En outre, peut-on lire dans le communiqué, « la politique économique devra également amortir les effets du fléchissement de l’activité sur la population, les entreprises et le système financier, réduire les séquelles persistantes d’un inévitable ralentissement prononcé et faire en sorte que la reprise économique puisse s’amorcer rapidement une fois la pandémie passée ». Par ailleurs, pour faire face à cette crise majeure, le FMI a soutenu que les dirigeants devront prendre des mesures d’envergure et ciblées sur les plans budgétaire, monétaire et financier pour aider les ménages et les entreprises touchés. A en croire l’institution, « ces mesures contribueront à maintenir les relations économiques pendant toute la période de paralysie et sont indispensables à une normalisation progressive de l’activité une fois que la pandémie se sera atténuée et que les mesures d’endiguement auront été levées », a-t-elle expliqué. Enfin, contrairement à ce qui s’était passé la dernière fois que l’économie mondiale avait subi une crise de cette ampleur (dans les années 1930), et où l’absence de prêteur de dernier ressort au niveau multilatéral avait contraint les pays à se bousculer pour obtenir des liquidités internationales, force est constater qu’« aujourd’hui, nous disposons d’un dispositif mondial de sécurité financière plus solide, avec le FMI en son centre, qui permet déjà de venir activement en aide à des pays vulnérables », a conclu l’institution. Alain Bouithy

2020 est l’année des femmes

2020 est l’année des femmes

TRIBUNE. L’année 2020 est une année marquante pour l’égalité des sexes. Les avantages qu’un monde plus égalitaire entre les sexes peut offrir ne sont pas réservés qu’aux femmes et aux filles : ils concernent chaque personne dont la vie sera changée par un monde plus juste, qui ne laisse personne pour compte. C’est l’année que nous avons surnommée de la « Génération Égalité ». Sous l’impulsion de la société civile, nous nous mobilisons pour consacrer définitivement les droits des femmes et pour marquer les 25 ans de mise en œuvre du Programme d’action de Beijing. Nous permettons aux femmes d’influer sur les décisions qui concernent leur avenir. La Génération Égalité aborde les questions qui intéressent les femmes de toutes les générations, des plus jeunes aux plus âgées, mais se concentre avant tout sur les jeunes femmes et les filles.  Nous ne vivons pas encore dans un monde égalitaire ; les femmes sont en colère et préoccupées de l’avenir qui les attend. Elles sont impatientes de voir un changement se produire. Cette impatience est profondément ancrée en elles et couve depuis des années. Nous avons néanmoins quelques changements positifs à célébrer. Par exemple, le taux de mortalité maternelle a diminué de 38 pour cent depuis l’an 2000 ; 131 pays ont procédé à des réformes juridiques pour soutenir l’égalité des sexes et lutter contre la discrimination. Vingt-cinq ans en arrière, la discrimination à l’égard des femmes était encore inscrite dans la législation de nombreux pays. Aujourd’hui, un nombre conséquent de pays — plus des trois quarts — ont mis en place des lois contre la violence domestique. Et les filles sont plus nombreuses que jamais à être scolarisées, une proportion plus grande de femmes que d’hommes accédant à l’enseignement supérieur dans le monde entier. Or, si des progrès ont été réalisés, aucun pays n’a encore atteint une parfaite égalité entre les sexes. Nos meilleurs efforts ne se sont pas avérés suffisants. Des défis persistent pour tous les pays ; mais fort heureusement, nombre d’entre eux ne sont pas insurmontables. Dans le même temps, les filles ne cachent pas leur déception face à la gestion de notre planète, la violence incessante à leur égard et la lenteur des changements dans des domaines d’appui essentiel, en particulier l’éducation. Par exemple, malgré l’amélioration des taux de scolarisation, une jeune femme sur dix ne sait toujours ni lire ni écrire. Il faut que cela change pour que les filles puissent pleinement exploiter leur potentiel, prendre leur place dans le monde et jouer un rôle vital dans la technologie et l’innovation. Une des autres raisons essentielles à notre impatience est la constatation du manque de femmes dans les sphères du pouvoir. Les trois quarts des parlementaires dans le monde sont des hommes. La solution qui a fait ses preuves pour remédier à cette situation est de fixer des quotas juridiquement contraignants garantissant la représentation des femmes. Près de 80 pays l’ont déjà fait avec succès et plusieurs États s’efforcent d’avoir des gouvernements paritaires et de mettre en œuvre des politiques explicitement féministes. Il s’agit d’une tendance souhaitable que nous voulons observer davantage dans les secteurs public et privé, où la proportion de femmes occupant des postes de direction se maintient globalement autour de 27 pour cent, alors que les femmes, en nombre grandissant, obtiennent des diplômes universitaires. Il en va de même pour les femmes invitées aux tables de négociation de la paix, où la grande majorité des négociateurs et des signataires restent les hommes. Nous savons que la participation des femmes permet d’obtenir des accords de paix plus durables, mais le fait est qu’elles continuent d’être marginalisées. Bien que les groupements de femmes et les défenseurs des droits humains fassent l’objet de persécutions, ils restent déterminés à poursuivre leur action. Or, pour cela, ils ont désespérément besoin de plus de sécurité, de financement et de moyens. Personnellement, ma plus grande impatience est due à l’inégalité économique, toujours aussi enracinée. Les femmes et les filles consacrent trois fois plus de temps et d’énergie que les garçons et les hommes aux tâches domestiques. Cette situation se solde pour elles par un déséquilibre des chances en matière d’éducation, d’accès au marché du travail et d’acquisition de pouvoir. C’est donc un facteur aggravant de la pauvreté. Les jeunes femmes qui élèvent seules des enfants ont 25 pour cent plus de chances que les hommes de vivre dans la pauvreté extrême : ses effets se prolongent tout au long de la vie et affectent encore des millions de mères et de jeunes enfants. La solution doit passer par des politiques mieux adaptées favorisant une plus grande répartition des responsabilités en matière de soins aux enfants et facilitant le soutien de l’État aux familles et à celles et ceux qui travaillent dans l’économie informelle. Ainsi, malgré l’impatience qui nous ronge, nous n’abandonnons pas et nous gardons espoir. Nous bénéficions d’un soutien croissant de la part d’alliés et de partenaires qui sont prêts à vaincre les obstacles à l’égalité des sexes. Nous constatons une forte volonté de changement : elle anime toutes les générations et tous les pays. Nous nous centrons sur les questions qui nous unissent et offrent la possibilité de rompre avec le statu quo. Les enseignements tirés de ces 25 dernières années nous ouvrent la voie sur ce qu’il faut faire pour accélérer l’action en faveur de l’égalité. La Génération Égalité est l’une des réponses et, ensemble, nous sommes cette génération. Phumzile Mlambo-Ngcuka Directrice exécutive d’ONU Femmes