
LIVRE. Ferréol Constant Patrick Gassackys est un homme politique et écrivain congolais (1962). Il est l’auteur de deux romans : Les hasards du destin (Editions l’Harmattan, 2019) et Frikia, pèlerin des âges (Editions l’Harmattan, 2020).
En lisant son recueil intitulé La foi de Ferréol de 74 pages paru aux éditions Renaissance Africaine en 2020, on se rend compte que sa poésie se situe dans le champ de l’humanisme car elle sème l’espoir et l’amour afin de modifier le processus du mûrissement de l’être humain. De ce fait, le poète Gassakys répond à une charge émotionnelle qui est celle de poétiser la mémoire. C’est ce que nous percevons en ouvrant le livre : « je ne vous oublie point/Je vous demeure soumis et j’implore votre présence » (p.19).
La problématique de la mémoire demeure en effet un sujet très important pour l’éveil de la société. Oublier sa mémoire, c’est oublier son enracinement. Les pas de vents s’émiettent dans le crucifix de l’existence. On ne sait plus reconnaître la force de notre mémoire dans nos prières. Tout est blessé, tout devient sombre. A vrai dire, la mémoire collective porte un sac de douleurs atroces.
Que faire pour remémorer notre âme longtemps violée par la nuit ? C’est toute la profondeur des souvenirs du poète. Lui qui est resté proche en esprit face à tous ceux qui ont façonné sa tombe et malgré le poids de la mémoire sur ses épaules, le poète ouvre sa foi pendant son incarnation : « forge nos incantations que nous exorcisions (p.19) et affirme par la suite : «je me lèverai pour bâtir les rêves » (p.30).
La poésie de Gassakys coule comme l’eau qui gicle sur les moissons de la tempête. C’est un poète qui sait lier les mots avec les problèmes du temps contemporain en conjonction avec l’encre des pères de la poésie comme Sédar Senghor, Aimé Césaire, Tati Loutard, Tchicaya Utam’si.
Sa poésie est aussi une poésie qui chante l’amour. L’amour devient plus que nécessaire dans un monde où la haine, l’ethnocentrisme gouvernent nos rêves. Pour lui, aimer c’est bâtir le temps : «je veux t’aimer pour l’éternité » (p.21). Les êtres qui s’aiment ne peuvent pas mourir de faim. Alors, l’unité demeure un vocable utile pour traverser ce temps de blessures et de gémissements : « l’union fait la puissance inébranlable » (p.59). S’aimer comme nous le recommande le Tout Puissant, Créateur de l’Univers.
La parole du poète est une parole capable de guérir des blessures du temps. Le poète se soucie de l’innocence de la jeunesse de son continent car dit-il : « jeunesse qu’as-tu fait de ta virginité/ Pourquoi n’as-tu pas appris de nos erreurs. » (p.68). Il marche sur les sentes des empreintes du soleil.
Ferréol Gassackys nous fait découvrir une écriture chargée d’images poétiques qui surgissent des profondeurs de son intérieur. Le mot en tant qu’outil de la création poétique devient un champ d’expérimentation pour la recherche de la parole juste, capable d’édifier un autre monde. Atteindre cet objectif fera de lui un grand poète. Léopold Sédar Senghor, parlait en son temps, à propos de Tchicaya U Tam’si de cette ligne de conduite : « l’image est le seul fil qui conduise le cœur au cœur, la seule flamme qui consume l’âme. De la tête de Tchicaya, de sa langue, de sa plume, de sa peau jaillissent donc les images… »
Ce souffle poétique est une vague de lumière qui vient donner la foi en l’avenir. Malgré le climat social délétère, malgré l’insuffisance d’amour envers autrui, la foi du poète est source de victoire : percer « c’est exorciser les forces de l’âme » (p.30). Somme-toute, il est nécessaire à la nouvelle pépinière africaine de prendre en compte cette prière poétique qui reconstruit l’existence dans tous ses travers. Ainsi donc, dans le futur, comme l’affirme Huppert Malanda : nous marcherons jusqu’à ce que de notre souffle naissent des vents et des lumières».
Tristell Mouanda Moussoki
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