
TRIBUNE. Nul n’imagine que la Communauté Internationale puisse se passer de l’ONU. Elle reste notre dernière maison commune, le dernier endroit où l’humanité accepte encore de se parler.
Mais qui comprend encore le sens du grand rituel de l’ONU à son Assemblée Générale? Chaque année, à New York, l’Assemblée Générale des Nations Unies ouvre ses portes. Chefs d’État et Représentants se succèdent à la tribune pour y dérouler, avec gravité, le même discours sur la paix. Et le mot est répété à l’infini, comme une incantation.
Pendant ce temps, hors des murs de la grande salle de l’Assemblée Générale où sont débitées les déclarations, les armes parlent. Elles parlent à Gaza, au Soudan, en Ukraine, dans l’Est de la République Démocratique du Congo, couvrant la voix de la tribune de l’Assemblée Générale.
C’est là, tout le paradoxe tragique de notre époque sur l’existence de l’ONU. Dans l’enceinte de celle ci, on prêche la paix, à l’extérieur on organise la guerre. Dans ce paradoxe, les contributions financières des États membres des Nations Unies, sensées être versées pour soutenir l’Organisation à travailler à un monde de paix passent pour être sans réel objet.
Et l’incohérence va plus loin. Les États-Unis, pays hôte de l’ONU, en charge de garantir l’universalité, s’arrogent le droit de choisir qui a le droit de venir parler de paix. Refusant des visas à des mouvements de libération et à des délégations devant plaider leur cause, au nom même de la Charte des Nations Unies, les USA piétinent le principe d’universalité qu’ils prétendent défendre.
Comment s’étonner alors que s’impose l’exigence de la requalification de l’ONU, qui n’est ni plus ni moins que sa refondation? Il ne s’agit plus de simples ajustements. Il faut repenser un Conseil de Sécurité paralysé par le veto. Une Assemblée Générale dont les résolutions ne sont plus respectées. Une Organisation créée, les lendemains de la Seconde Guerre Mondiale condamnée à commenter les crises qu’elle ne peut plus empêcher.
Des voix s’élèvent partout, surtout venues des Pays du Sud pour réclamer cette refondation. Mais ces voix, jugées radicales ou inopportunes, s’éteignent toujours dans l’indifférence polie d’une Communauté internationale qui a fait du discours sur la paix un alibi pour son incapacité à réformer l’institution de la paix.
L’ ONU ne mourra pas faute d’adversaires. Elle mourra faute de courage pour se réformer.
Paris 20 septembre 2026
Ouabari Mariotti
Ancien Secrétaire Général aux Affaires Etrangères par intérim
République du Congo
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