
TRIBUNE. Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’OTAN, au terme d’une réunion d’urgence des ministres des Affaires étrangères de l’Alliance à Bruxelles, a annoncé officiellement de nouvelles mesures pour définir la position de l’alliance Atlantique dont voici quelques extraits :
1. « La question a été évoquée et les Alliés sont convenus que nous ne devrions pas avoir d’avions de l’Otan opérant dans l’espace aérien ukrainien ou des troupes de l’Otan au sol, car nous pourrions nous retrouver avec une guerre totale en Europe »
2. « Nous ne faisons pas partie de ce conflit, et nous avons la responsabilité de veiller à ce qu’il ne s’intensifie pas et ne s’étende pas au-delà de l’Ukraine ».
3.« Nous avons la responsabilité d’empêcher l’escalade de cette guerre au-delà de l’Ukraine. Parce que cela serait encore plus dangereux, plus dévastateur, et causerait encore plus de souffrances humaines. L’Otan est une alliance défensive. Nous ne voulons pas être partie prenante au conflit en Ukraine », a-t-il insisté. Et d’ajouter : « Les jours à venir seront pires, avec plus de morts, plus de destructions, parce que la Russie va utiliser des armes plus lourdes. »
QUE CONCLURE?
1. Je crois comprendre que les stratèges de l’OTAN ont mesuré à juste titre la volonté jusqu’au-boutiste de Poutine pour défendre la sécurité intérieure de son pays et que, pour ce faire, le président russe s’est montré prêt à toutes les options, même celle nucléaire.
Par rapport aux récents discours guerriers de dirigeants européens il y a seulement quelques jours, leur bon sens, la raison d’état et la sécurité de leur propres peuples ont primé sur l’exhibition des ego surdimensionnés.
2. Le second constat c’est que contrairement aux faux espoirs dont les occidentaux ont nourri son président, l’Ukraine dont le ciel est sous le contrôle de l’armée russe est abandonnée à elle-même et semble le grand perdant de cette saga politico-militaire. Elle s’est laissée instrumentalisée dans une guerre qui dépassait les simples enjeux nationaux et a fait de son territoire le terrain d’affrontement des puissants avec de lourdes pertes en vies humaines et en biens matériels. Ainsi laissée à son triste sort, la seule voie de sortie qui lui reste est soit la capitulation soit la négociation en position de grande faiblesse face à Moscou pour rassurer ce dernier de ne plus jamais flirter avec les ennemis de l’Ours russe.
3. Dans le cas où cette position de l’OTAN n’est pas en soi une stratégie militaire pour pouvoir surprendre l’adversaire dans les jours à venir, alors Poutine avec la Russie sort PARTIELLEMENT victorieux de cette confrontation dans la mesure où il réussit à repousser le plan de son ennemi ( OTAN) loin de ses frontières. Il va enfin installer un pouvoir pro-russe à Kiev mais se sera inévitablement aliéné ses partenaires économiques européens à qui il ne reste plus que l’arme économique pour tordre le cou à l’adversaire en vue de sauver la face devant leurs opinions publiques internes.
4. Pourtant ces sanctions économiques contre la Russie devront être considérées à leur tour comme un couteau à double tranchant. Les utiliser à long terme poussera le front russo-chinois primo à modifier les fondamentaux du pouvoir néolibéral qui a fait la puissance de l’OTAN, secundo à affaiblir de l’intérieur les partenaires européens de l’OTAN déjà très divisés sur la question russe et terzo pour les USA de voir éliminée du tableau de ses redoutables adversaires internationaux, une Europe forte et soudée..
5. L’autre conséquence directe de cette saga politico-militaire, c’est qu’elle a sonné le glas du monde unipolaire que les forces atlantistes se sont efforcées jusque là de maintenir en place. Le monde entier qui a suivi en live le déroulement de ce conflit en tire des leçons significatives sur le changement du paradigme de politique internationale et de l’avènement d’un nouveau monde qui est en train de naître. Un monde MULTIPOLAIRE d’où émergent de nouveaux grands acteurs internationaux qui s’imposent irrémédiablement sur le terrain où ont régné les seuls maîtres occidentaux depuis des décennies. L’Afrique en général et la RDC en particulier sont prises dans ce nouveau tourbillon international et elles doivent coûte que coûte réajuster leur bréviaire de relations étrangères et s’adapter à la nouvelle grammaire de relations internationales si elles tiennent vraiment à faire un grand bond en avant.
Par Germain Nzinga



