
PARLONS-EN. Kimpese est une localité congolaise du territoire de Songololo, située dans le district des Cataractes dans la province du Kongo-Central . Elle est peuplée d’environ 80.000 habitants et compte 4 quartiers répartis en de nombreuses cellules.
1. Relation des faits
Depuis cinq ans déjà cette cité jadis si paisible est soumise à un climat de tracasseries policières et d’insécurité très regrettables. Mais l’insécurité urbaine qui y a élu domicile depuis quelques semaines a atteint un niveau incontrôlable.
Un témoin local sur place nous l’a décrivait encore hier soir : “Une confusion qui ne dit pas son nom règne à Kimpese. Des civils tués, blessés, des policiers aussi. Soulèvement populaire : route Matadi bloquée, des pillages des maisons des agents de l’ordre. Courses poursuites des policiers que la population tue. Lukala est plein de véhicules en direction de Matadi obligés de stationner depuis 2 jours. Des criminels associés aux policiers ( agent de sécurité) s’introduisent chez des paisibles citoyens où ils pillent tout, violent…). Ils vont même dans des hôpitaux et centres de santé piller et violer les malades et leurs garde- malades, violer les femmes qui accouchent, prennent en otage les bébés nouveau-nes qu’ils emportent dans des sacs, ds des glacières… et ces bébés finissent par mourir.”
Face à cette situation, la population a voulu envoyer un message aux autorités de l’Etat en organisant une ville morte. Pour stopper l’insécurité de plus en plus croissante, couplée à l’impuissance des autorités, les jeunes ont déclaré la journée du 29 janvier 2024, “journée ville morte”. Ce qui n’a pas été du goût des autorités locales qui ont dépêché une escouade des policiers pour empêcher cette manifestation. Des échauffourées vont alors éclater. La police se mettra à tirer à balles réelles tuant trois civils et la population furieuse s’acharnera sur les policiers, ôtant la vie à deux d’entre-eux.
Hier mardi la tension est montée d’un cran lorsque la police a voulu revenir à la charge sur les populations à mains nues. Ce fut alors la chasse aux policiers, lapidant les agents de l’ordre à leur portée et brûlant les maisons des officiers supérieurs. Les policiers étaient carrément en débandade. On les a vus courir à Lukala pour y trouver refuge et suivre la situation à distance. Les civils y compris les BDK les recherchent dans leurs résidences pour les tuer. Bref la population se fait justice.
2. Les grandes retombées de cette situation chaotique.
KIMPESE est une ville charnière qui voit passer par elle en destination de la capitale, autant les marchandises déchargées aux ports de MATADI et de Boma que les marchandises provenant de l’Angola transitant par Lufu et les produits vivriers venus de Manianga, de Manteke et de Bas-Fleuve pour pouvoir nourrir les 12 millions d’habitants de la capitale kinoise. Le fait que la population de KIMPESE a barré la route à tout passage des camions venant de ces trois points pour ravitailler la capitale va créer d’énormes problèmes vitaux de part et d’autre.
L’insécurité dans cette ville ne date pas d’aujourd’hui. C’est depuis plus de cinq ans qu’elle est devenue récurrente et la population se sent délaissée par l’autorité administrative. Beaucoup de témoins affirment détenir des preuves de collusion de ces bandits avec les agents de l’ordre. D’autres affirment avoir vu ces bandits opérer avec ds jeeps non autrement identifiées. La population a donc décidé de se faire justice parce qu’elle ne se sent plus protégée par sa police locale. Et dans ces conditions, je crains ni le couvre-feu décrété par l’autorité provinciale ni la police d’intervention rapide envoyée de Kinshasa ne puissent résoudre en profondeur la question d’insécurité qui met la ville à feu et à sang. Kimpese deviendra une ville militarisée. Et comme on le sait déjà, ces nouvelles unités de sécurité qui arriveront à Kimpese sont déjà mal rémunérées et finiront elles aussi par exproprier les biens des populations civiles pour faire vivre leurs familles.
Depuis les nombreux kidnappings et extorsions de Kinshasa qui ont défrayé la chronique jusqu’à la criminalité qui sévit présentement à Kimpese, le schéma reste le même : les agents de l’ordre se sont transformés en fauteurs de troubles et en gangsters au vu et au su de tout le monde. A Kimpese ils opèrent avec une jeep. Tout le monde le dit. Et ce que fait la population locale sur les policiers pour se faire justice est regrettable au regard des pertes en vies humaines que ce soit chez les politiciens comme chez les civils mais malheureusement l’impression générale qui se dégage est comme si c’est le seul langage que peuvent comprendre les autorités de l’Etat pour arrêter le cycle de violence créé par l’Etat lui-même. Ses nominations fantaisistes des autorités administratives au Kongo central, la mise à sac par l’état congolais des grandes usines à l’instar de la CINAT et de la CILU qui étaient le fleuron industriel du coin; la destination inconnue des nombreuses masses d’argent générées par la production électrique du barrage d’Inga, par les deux ports fluviaux et à la frontière de Lufu; l’argent en millions de dollars généré par la vente du pétrole à Moanda puis les juteuses recettes générées par les taxes de circulation sur la nationale numero un, tout ça siphonné par Kinshasa sans aucun impact sur ke vécu quotidien des originaires commence à créer un sérieux malaise général auprès des ressortissants du Kongo central. Et si les rumeurs se confirmaient sur la nomination éventuelle d’un gouverneur non par la l’Assemblée provinciale mais directement par la présidence en violation de la constitution, alors cela pourra contribuer à embraser la situation générale et à voir se produire à Boma, à Matadi et à Kisantu, ce qui a commencé à Kimpese.
Mais ma plus grande peur est ailleurs. Au Congo-Kinshasa, il y a toujours eu des pêcheurs en eau trouble. Chaque crise interne appelle toujours et l’odeur du sang versé des congolais attise toujours les appétits des chacals et des fauves tout autour. Ceci dit, il n’est donc pas impossible que puisse se cacher une autre violence derrière cette insécurité qui sévit dans la ville de Kimpese.
Des témoignages troublants circulent à Kimpese concernant des tenues militaires découvertes au domicile du policier tué lundi 29 janvier dernier. Qui ignore la présence des escadrons de mort rwandais à Mindouli, juste de l’autre rive du fleuve Congo, à trente minutes de traversée par pirogue ou canoë motorisé. Beaucoup de villageois témoignent leurs incursions dans le périmètre entre Gombe -Matadi et Mbanza-Ngungu. Il ne faut pas donner des idées à ces visiteurs indésirables de vouloir s’impliquer dans ce qui se passe à Kimpese, soit en soufflant sur les braises déjà incandescentes de la crise soit en récupérant la situation déjà chaotique jusqu’au point de la rendre incontrôlable pour leur projet global de déstabiliser les institutions de Kinshasa et arracher le pouvoir.
Nous sommes tous appelés à la vigilance tous azimuts car une insécurité peut en cacher une autre. Aux autorités de l’Etat de prendre leurs responsabilités en main pour sécuriser la population et ses biens! C’est son DROIT le plus fondamental. C’est entre autre pour cela qu’elle paie des taxes et des impôts à l’Etat. Il y a vraiment urgence…
Par Germain Nzinga