
LIBRES PROPOS. Je tiens, dès l’entame de cette tribune, à préciser que je ne suis ni un grand intellectuel, ni un homme politique de carrière.
Mon regard sur les affaires publiques ne vient pas des grandes écoles ni des postes ministériels, mais d’une enfance passée aux côtés de mon feu père, acteur politique, que j’accompagnais dans des réunions et des discussions assis sur un strapontin pendant que les enfants de mon âge jouaient paisiblement. De cette expérience est née une sensibilité politique, une capacité d’observation et d’analyse que je partage aujourd’hui, simplement, avec honnêteté et sans prétention. C’est à ce titre que je me permets de réagir au programme ci-dessous de Monsieur Mathias Dzon, candidat à la prochaine élection présidentielle.
Le terme « refondation » est ambitieux. Il suppose un travail de fond, un changement de paradigme, une réinvention d’un système à bout de souffle. Or, le programme proposé par Mathias Dzon se limite à une accumulation de réformes techniques, certes nombreuses, mais qui relèvent davantage d’un réajustement que d’une refondation.
Refonder un système électoral, ce n’est pas seulement modifier les règles du jeu. C’est questionner la confiance des citoyens envers leurs institutions, impliquer la société civile, repenser la place du citoyen dans le processus démocratique, revoir les fondations institutionnelles et constitutionnelles, redéfinir la légitimité du pouvoir. Aucune de ces dimensions n’apparaît clairement dans la tribune proposée par Mathias Dzon dont le programme est verbeux et peu opérationnel.
En effet , il y a dans son programme près d’une soixantaine de propositions listées qui donnent l’illusion d’une grande rigueur. Pourtant, on y trouve beaucoup de redondances, des mesures qui se recoupent, parfois floues ou difficilement applicables telque la gestion paritaire en temps réel d’un fichier électoral, la certification de chaque liste par un comité national indépendant, etc…
Plus grave encore : ce foisonnement dilue l’essentiel. Aucune priorisation, aucune stratégie de mise en œuvre à court, moyen et long terme. Ce programme ressemble plus à un catalogue de doléances qu’à un plan de réformes rigoureux.
Dans son programme Mathias Dzon adopte une posture de dénonciation, sans vision mobilisatrice. Son programme s’érige en tribunal du pouvoir actuel. Nombre des critiques énoncées sont justes : instrumentalisation de la CONEL, clientélisme électoral, favoritisme dans les financements, usage des milices, manipulations du fichier. Mais à force de dénoncer, on oublie de proposer une vision porteuse.
Où est la place du citoyen dans ce processus de refondation ? Où sont les mécanismes de participation populaire, les assises nationales, les dialogues communautaires ? Refonder ne se fait pas entre partis, mais avec le peuple.
La dernière partie du programme de Mathias Dzon est appel ambigu et dangereux qui fait planer la menace d’une révolte populaire si les conditions de la « vraie » élection ne sont pas réunies. Cette posture, si elle se comprend dans un contexte de frustration et de verrouillage institutionnel, est politiquement risquée. Car on ne peut pas prétendre défendre la démocratie tout en appelant à la rupture des procédures républicaines.
Mathias Dzon dresse un constat sévère, souvent légitime. Mais sa proposition, dans sa forme comme dans son fond, reste enfermée dans une logique d’opposition plus que de construction. La refondation n’est pas la revanche. Elle est la création d’un espace politique nouveau, ouvert, pacifique, inclusif. C’est cela que le Congo attend.
Et c’est à cela que, humblement, j’invite nos dirigeants, nos opposants, et tous ceux qui se disent défenseurs de la démocratie.
Par Louis Modeste ZOUBABELA
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