
TRIBUNE. Je lance un autre débat sensible en vous assurant que les milices de la pensée simpliste et unique ainsi que les courageux de la calomnie virtuelle ne m’ont pas fait hésiter une seule seconde. « Nguirisé », « envie de PCT », « infiltré », « traitre », leur vocabulaire très limité et très perroquet me glisse dessus telle une légère brise. Sans effet.
Que le sieur Sassou n’aie pas gagné l’élection présidentielle de 2016, est une certitude. J’y étais. Les chiffres de Talangaï et Poto-Poto sont faux, ceux du nord du pays ne sont mêmes pas parvenus au ministère de l’intérieur, détruits en route, bref, il n’a pas de légitimité.
Que nous la lui contestions est notre devoir. Mais que nous ignorons qu’il gouverne de fait, devient une aberration. Le fait d’occuper le fauteuil suprême, même par usurpation ou confiscation contraire aux dispositions d’accès crée une légalité (ce qui est différent de légitimité) lorsqu’aucun rapport de force contraire et sensiblement mesurable ne vient le contester.
Nous n’avons pas réussi en trois ans et demi à concrétiser ce rapport de force, et Sassou n’est plus contesté dans le monde par personne. Tout en soulignant qu’il n’est pas légitime et s’impose de force, il est président de fait. C’est lui qui s’engage pour le Congo, et à qui toute l’administration d’Etat obéit. Les actes pris aujourd’hui par ses services nous en pâtissons (les condamnations ou interdiction diverses) ou en bénéficions (les passeports, les salaires…) au quotidien, et on ne peut le nier, contrairement au gouvernement Makomé par exemple, sans lui manquer de respect. Ils ont une légalité qui se poursuivra après ce régime, comme certains textes du régime de Vichy en France. J’ai vu de mes yeux les textes créant la compagnie Volkswagen, ils sont signés d’Hitler et sont valides jusqu’à ce jour.
Ce n’est pas beau ce que Sassou a fait pour se maintenir au pouvoir, notre résistance a été légitime, c’est injuste que nous soyons sur le carreau, mais il est temps (3 ans et demi après sur un mandat qui devait être de 5 ans) d’encaisser la défaite sur le terrain, et de nous refaire pour travailler sur l’avenir.
Dans un article que j’ai signé dans la presse internationale je faisais ce rappel au niveau africain, à savoir que les deux seules fois qu’une situation électorale tronquée a été retournée sur le continent (Côte d’Ivoire 2011 et Gambie 2016) ce fut suite à des interventions militaires extérieures.
Nous n’avons pas réuni ces conditions, notre propre résistance intérieure n’a pas tenu parce que d’autres candidats nous ont très tôt lâchés, quand au soulèvement populaire il n’a pas eu lieu. Nous avons perdu. Concentrons nos forces pour les futures batailles. Réexaminons nos stratégies au lieu de nous endormir sur celles qui n’ont pas payé.
Sassou est le président de la république, surgit par un hold up électoral, il est en plus mauvais, il faut le changer. La constitution de 2015 est une imposture, il faut en proposer une autre, mais c’est celle qui s’applique aujourd’hui. Les élections de 2016 étaient mauvaises, mais c’est ce chrono de 5 ans là qui s’impose, hélas, hélas, hélas, mais c’est cela la réalité. Les faits.
Le général Mokoko a été injustement condamné, mais il est réellement en prison. On veut qu’il sorte, ça sera par une grâce ou par une loi d’amnistie émanant de ce pouvoir là. C’est comme ça. Ca ne sera pas par un coup de fil au directeur de la prison pour ouvrir les portes de sa geôle, comme certains – biiip – l’imaginent.
D’ailleurs comment veulent ils que le président agisse en dehors de tout cadre quand ça les arrange seulement? Si Mokoko est son prisonnier personnel et qu’ils veulent que ça s’officialise en le libérant de manière aussi arbitraire que nous considérons son arrestation, qu’ils acceptent aussi que le trésor public soit sa caisse personnelle comme on l’en accuse et qu’il continue à en jouir de manière toute aussi arbitraire sous nos applaudissements.
On ne peut pas dire à Sassou, où est la commission de lutte contre la corruption, où est l’argent des génération future etc… et lui dire ensuite, va juste ouvrir les portes de la prison sans aucun papier ni cadre. Mais s’il le libéré va demain déposer une nouvelle candidature, la direction des affaires électorales est en droit de lui rétorquer que pour eux il est toujours en prison. Oui, même libéré avec un papier on peut lui faire le coup, mais mettons le droit avec nous au lieu d’espérer des inepties.
Non, soyons sérieux, soyons adultes, soyons cohérents, soyons méthodiques. Je m’adresse à ma famille politique, le Frocad Idc CJ3M. Ne cherchons pas la popularité des réseaux sociaux, mais construisons un avenir pour notre peuple. C’est aux politiques d’expliquer clairement à la base où on veut aller, comment et pourquoi et non de chercher à plaire aux bruissements de la foule. C’est ça le courage politique. Mais éviter les sujets sensibles, se plier parce que Brazzanews risque de te calomnier, c’est manquer de couilles. Si nous sommes des républicains, c’est le droit malmené en face que nous assénerons dans sa rectitude, en les tâclant avec leurs propres textes. Si nous avons les moyens du soulèvement ou nous pouvons le construire, faisons-le alors. Mais bouder comme des gosses dans leur coin « hô, moi je veux pas pour moi, rends moi mon ballon » alors que tout le monde est sorti du stade…
Bref, sortons de ces positions innommables qui nous enferment depuis maintenant trop longtemps, et travaillons pour le match suivant. Sans populisme, sans peur et sans influence.
Hervé Mahicka
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