OPINION/Kongo central : Voici ce qui est plus important que l’élection du gouverneur…

1. L’incurie administrative qui a élu domicile dans la province du Kongo central et qui est orchestrée à partir de Kinshasa viole les dispositions constitutionnelles devant conférer à cette province, des prérogatives de gestion d’une entité fortement décentralisée telle que prévue dans la Constitution de 2006. Ceci s’avère le premier point d’achoppement de cette élection du gouverneur.

Tout se passe comme si les décisions importantes sont prises à partir de Kinshasa et l’élection du gouverneur elle-même n’est plus du tout la volonté de constituants de l’Assemblée provinciale mais un diktat à peine voilé des officines des partis politiques de Kinshasa qui n’ont aucune vision pour le développement de cette entité administrative.

Tant que la province du KC ne se battra pas pour exiger l’exercice efficient et autonome de ses prérogatives constitutionnelles, cette élection se transformera en source de nouveaux problèmes et deviendra inutilement crisogène.

2. J’ai pris cinq mois de silence pour essayer de comprendre les ressorts cachés de la marche chaotique de cette province, les déchirements entre le gouverneur et son vice; les tiraillements continuels entre l’exécutif et l’assemblée provinciale ; la guerre fratricide entre les deux factions au sein de la même assemblée provinciale ; l’arrivée de l’IGF et le déboulonnement manu militari du gouverneur en fonction et enfin l’ère actuelle d’une avalanche de candidatures, j’en suis arrivé à déduire que la crise au KC est téléguidée à partir de Kinshasa et pour des raisons inavouées. Et nos actuels candidats n’y pourront rien changer si ces raisons inavouées ( principales causes du blocage de la marche de la province) ne sont pas mises au grand jour en vue d’arrêter la guerre fratricide que se livrent les fils ne kongo.

3. D’où également mon questionnement de fond sur ces élections, à savoir :

– que visent au juste tous ces candidats actuels quand ils disent postuler au poste de gouverneur de KC?

– Quelle est leur vision à moyen et à long terme sur la marche de la province ?

– Quel est leur programme politique et économique capable de s’affranchir de ces lobbies politico-maffieux de Kinshasa et de mettre en place une politique audacieuse capable de booster d’une manière visible cette province si potentiellement riche?

– Au final, si aucun candidat n’a présenté un programme structuré de développement de cette province, alors sur base de quel critère s’effectueront ces élections ?

J’ai appris que c’est ce matin que ces programmes ont commencé à être présentés mais cela ne me guérit point de cette douloureuse impression d’après laquelle ces politiciens semblent dépassés par la taille de l’enjeu qui marque au fer rouge la descente aux enfers de cette province.

4. Dans la vie d’un groupe humain et a fortiori dans celle de toute une province, l’on ne peut envisager l’avenir sans établir le bilan sévère du passé. Et à ce propos, en regardant les trois décennies passées, on fait cet amer constat : cette province est PILLÉE par le pouvoir central qui met en place ( du gouverneur aux postes clefs de régies financières) des hommes de main chargés de prendre l’argent produit dans cette province pour en envoyer les trois quart à leur parrain résidant à Kinshasa et laissant la province exsangue et incapable d’améliorer les conditions de vie de populations locales et laissant les infrastructures ( routes de desserte agricole; hôpitaux et autres services publics) dans un état lamentable.

5. L’élite politique du Kongo central parmi laquelle figurent les candidats actuels porte la lourde responsabilité de s’être transformée en GARÇON DE COURSE ou, qui pis est, en minable COMPLICE de ce sale jeu de politique politicienne de Kinshasa qui a sciemment fait pourrir la situation générale au KC depuis des années et y revient maintenant pour les élections du gouverneur juste pour y positionner son candidat devant renflouer les caisses du parti pour la prochaine campagne électorale de 2023.

6. Voulez-vous que les élections du 6 mai 2022 prochain ne soient plus une vente aux enchères de la province ? Voulez-vous que cette fois-ci ces élections soient bénéfiques au bien-être de populations locales ? Alors,

– soyez exigeants vis-à-vis de vos représentants à l’Assemblée provinciale. Exigez-leur d’obéir uniquement à vos exigences et aux intérêts vitaux de la province et jamais plus aux injonctions mortifères de Kinshasa.

– Exigez-leur vigoureusement la cessation IMMÉDIATE du PILLAGE systématique de la province en rétablissant le respect strict des dispositions constitutionnelles sur les prérogatives des entités administratives décentralisées

– Exigez ( et la Constitution vous l’autorise ) la stricte mise en application dès ce mois de mai 2022 de la loi de la rétrocession du 40% de l’ensemble de recettes générées par cette province.

– Exigez sans état d’âme que ces 40% soient gérés non selon les caprices du nouveau gouverneur mais suivant un planning approuvé par l’assemblée provinciale et qui privilégie les priorités provinciales telles l’amélioration des routes de desserte agricole qui pourront de nouveau permettre d’aller en voiture à Miyamba, à Kimvula, à Kimpangu ou à Tshela; la modernisation des infrastructures de base en vue d’améliorer la qualité de vie des citoyens; la mise en chantier des projets agricoles ambitieux pour faire du KC un grenier agricole qui lui permettra de générer des recettes pour d’autres grands projets de dynamisation du secteur halieutique avec l’acquisition de bateaux de pêche en mer profonde en vue de contribuer à créer une autonomie alimentaire en province et au reste de la République.

7. Le contrôle par la province de ce 40% de rétrocession ou de retenue à la source et sa budgétisation pour le bien-être des populations locales doivent être la condition sine qua non de l’élection du nouveau gouverneur et le cheval de bataille de ce scrutin.

Pour le peuple Ne Kongo ce n’est pas la personne du candidat gouverneur qui compte mais sa SOUMISSION SANS FAILLE à ce plan intérieur du développement de la province. Qu’on se le tienne pour dit !

Par Germain Nzinga

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