
TRIBUNE. Il est triste de constater que de nombreux individus vivent aujourd’hui un sentiment diffus mais profond d’étouffement. La précarité persiste, les rapports sociaux se durcissent, les abus se banalisent et le jugement devient permanent. La misère n’est plus seulement matérielle : elle est aussi morale et psychologique.
Ceux qui sont animés par l’espoir, l’engagement et le sens du collectif, se heurtent à une réalité brutale! Elle se manifeste par la fourberie relationnelle, l’opportunisme assumé, l’abus de pouvoir ou de confiance, et la dévalorisation de l’intégrité au profit du rapport de force.
La fameuse expression « dekuu napanté leu » prend tout son sens, dans les rencontres, la circulation et les lieux publics. Dans cet environnement toxique dicté par l’appât du gain, le moindre faux pas devient condamnation définitive.
Quand la droiture est pénalisée, c’est la confiance sociale qui s’effrite, les bonnes volontés qui se découragent et l’engagement citoyen qui s’éteint. De ce fait par instinct de survie, on choisit le repli sur soi.
Face à ce constat, il serait illusoire d’attendre des solutions uniquement venues d’en haut. Le changement commence à l’échelle individuelle, de manière calme et stratégique. Cela suppose d’apprendre à assainir son environnement et à poser des actes ciblés. Se protéger sans culpabiliser, peu importe si cela est perçu comme une fuite, c’est ainsi que l’on préserve son équilibre vital.
C’est l’occasion idéale pour faire émerger des îlots de cohérence et des espaces sains. En créant des réseaux restreints fondés sur la confiance et la compétence au service d’initiatives locales durables et solidaires. Le changement ne né pas toujours dans les grandes structures, il provient souvent de cercles qui fonctionnent autrement.
Enfin, il est essentiel de réhabiliter l’éthique comme force. L’intégrité ne doit plus être assimilée à de la naïveté. Valoriser les parcours honnêtes, assumer une ligne claire même minoritaire, refuser les compromis qui détruisent l’essentiel : ces choix ne sont peut-être pas rentables à court terme, mais ils construisent une légitimité durable.
Le malaise actuel n’est pas un échec individuel. Il est le symptôme d’un désordre collectif. Reprendre du pouvoir ne signifie pas dominer, mais se réaligner : avec ses valeurs, ses limites et ses choix.
Dans un contexte rude, la résistance la plus radicale reste parfois la plus simple : ne pas se laisser dénaturer.
Par Maïmouna Dia
Conseillère technique au Ministère de l’urbanisme des collectivités territoriales et de l’aménagement du territoire -Sénégal