
LIVRES. Co-édité par L’Harmattan et JAMA, l’ouvrage récemment publié de Roch Cyriaque Galebayi, La modernisation des systèmes éducatifs africains : Etude comparée et solutions(2026), aborde principalement la question de l’éducation en Afrique, en général, et au Congo en particulier. Précisément, il fait le bilan de l’évolution des systèmes éducatifs en Afrique compte tenu de ses nombreuses défaillances, avant de proposer quelques solutions en vue de leur restructuration.
Sur le plan formel, cet essai du Commissaire-Colonel Major, Roch Cyriaque Galebayi compte 270 pages, reparti en trois principaux chapitres illustrés, avec une bibliographie fournie. Il s’agit làd’une réflexion de haut niveau qui prouve la rigueur scientifique de l’auteur et surtout sa volonté d’aborder des réflexions sur des sujets d’actualité et de hautes factures, comme on peut le remarquer dans ses précédents essais, à savoir : La Force publique congolaise et le renouveau démocratique au Congo (2018), La crise politique au Congo-Brazzaville (2018) et Le Commandant Marien Ngouabi (2022).
L’ouvrage s’ouvre par l’analyse de l’impact historique sur l’éducation dans les pays africains. Il convient de reconnaitre que les systèmes éducations de la plupart des pays africains découle de la colonisation. La configuration historique des systèmes éducatifs semble inadaptable aux réalités d’aujourd’hui, vu l’évolution de certains mécanismes relatifs à la pratique pédagogique et les enjeux des sociétés contemporaines. Face aux multiples crises qui gangrènentce secteur, maillon fort de l’évolution planétaire, il parait plus que nécessaire de penser et d’initier des reformes relatives à sa modernisation. Il faut absolument sortir du modèle colonial de l’école, d’apprentissage et de transmission des connaissances. C’est tout le sens de la rétrospection historique que tente de faire l’auteur dans ce livre, tout en réfléchissant sur les perspectives louables pour l’Afrique, en s’inspirant de la modernité occidentale en la matière. Autrement dit, Roch Cyriaque Galebayi postule une souveraineté éducative des pays d’Afrique subsaharienne. Il est question pour ces pays de s’arrimer à la modernité en vigueur dans le secteur, car l’éducation doit de nos jours correspondre à l’évolution socioculturelle des pays.
Afin de poser véritablement le diagnostic sur la défaillance des systèmes éducatifs en Afriques, l’auteur s’est proposé de faire une replongée historique de la question en partant de la période précoloniale. Le premier chapitre pose le problème de « l’éducation en Afrique sous la période précoloniale ». En effet, il rappelle à quel point l’éducation à cette époque était basée sur l’autoritarisme ancestral, à partir des prescriptions traditionnelles comme la coutume, les contes et les légendes. Cette éducation traditionnelle préparait l’enfant à la vie adulte, conformément à la trajectoire définie par ses parents. Comme l’affirme l’auteur : « l’éducation traditionnelle africaine visait la reproduction d’un modèle ou d’un système de valeurs. En effet, la reproduction culturelle ou la transmission entre les générations de la culture héritée du passé visait en réalité la reproduction sociale ou le maintien des rapports de force » (p.34). Cette éducation traditionnelle devrait valoriser les cultures ancestrales en les faisantpasser d’une génération à une autre.
Le deuxième chapitre de cette étude, « l’éducation en Afrique de l’époque coloniale à l’époque postcoloniale », analyse la place de la politique coloniale. L’auteur montre à quel point, à l’époque, la formation des jeunes cadres obéissait totalement aux missions coloniales en terre africaine, en les préparant pour des taches subalternes. L’éducation se réduisait en des formations illimitées et stratégiques au profit des politiques coloniales de l’époque. Il fallut préparer ces cadres à la soumission et la pérennisationde la tyrannie, l’injustice et l’inégalité imposées par les colons. Le système éducatif fut alors biaisé, basé sur des intérêts stratégiques. Il était question de former ou d’éduquer les élites africaines pour servir les intérêts de la métropole.
Le troisième chapitre, « Comment améliorer les systèmes éducatifs africains ? », couvre quasiment la plus grande partie de l’ouvrage. Il met principalement l’accent sur les stratégies à adopter, les perspectives de modernisation des systèmes éducatifs africains et les mesures concrètes à prendre afin d’atteindre cet idéal.
Dans le cadre des stratégies à adopter, Roch Cyriaque Galebayi suggère que les systèmes éducatifs africains hérités de la colonisation soient totalement revisités ou repensés, en prenant en compte la relation logique entre l’éducation et l’enseignement. La prise de conscience des limites de l’héritage colonial dans le système éducatif africain, fait sortir les pays africains du modèle du calque, de la domination et d’aliénation, tout en les dotant d’une souveraineté incontestable. D’où la nécessité d’apporter en toute urgence les reformes dans ce secteur.
Il parait indispensable aux pays africains de réactualiser et de rationaliser l’éducation traditionnelle à cause de son caractère dogmatique et aliénant. L’apprentissage suscite un esprit critique à l’apprenant, ce qui stimule en lui la capacité libre de penser, de réfléchir et de décider. Toutefois, la modernisation de l’éducation sur le plan national, tient aussi bien compte de la modernité de l’Etat.
Il faut à cet effet, moderniser le secteur de l’éducation nationale par rapport à l’évolution et le fonctionnement de l’Etat. Parmi les mesures concrètes à prendre, l’auteur suggère trois principales priorités : le recrutement, la formation et le développement des hommes. Les Etats africains doivent nécessairement investir des ressources financières et techniques pour faire face aux nombreuses crises qui fragilisent aujourd’hui leurs systèmes éducatifs. En investissant pleinement dans les domaines des bourses pour études, des ateliers de formation des enseignants, la réhabilitation et la construction des infrastructures scolaires pourrait favoriser l’éclosion de l’école dans les pays africains en général et au Congo en particulier.
Il est surtout question d’appliquer les textes réglementaires et organiques sur le suivi des élèves en vue d’améliorer leurs rendements, et de contrôler la gestion des ressources humaines, en favorisant par exemple l’orientation scolaire des élèves dans le passage d’un cycle à un autre, d’un niveau d’étude à une autre, il faut s’assurer de ses compétences et de ses capacités dans le choix d’un parcours, voire tenir compte de l’importance ou des enjeux des options auxquelles l’on voudrait se spécialiser.
Par ailleurs, l’auteur souligne la nécessité d’assurer un recrutement très rigoureux du personnel enseignant. Les postulants à la fonction publique devraient avoir le niveau qu’il faut, ils devraient bénéficier d’une formation de qualité, adaptée au monde actuel en s’assurant de leur rentabilité. À cette formation initiale, devraient s’ajouter des formations continues. Puis, l’auteur met également un accent sur l’enseignement technique et professionnel qui mérite d’être promu. Parmi les disciplines à promouvoir, il y a l’agriculture.
L’auteur suggère que la fonction enseignante soit davantage valorisée, et que l’image de l’enseignant dans la sociétésoit réhabilitée. Car, en négligeant la noblesse et l’importance de l’enseignement et de la personne qui l’exerce, il est difficile de penser un réel développement des systèmes éducatifs en Afrique. Il faudrait aussi augmenter les financements afin de faire bénéficier à la jeunesse africaine une éducation de qualité, puis doter les établissements scolaires, voire les universités, des moyens logistiques indispensables à leur fonctionnement. L’Etat devrait jouer son rôle régalien, en luttant contre l’illettrisme, l’exclusion scolaire et les inégalités de toutes marques ; il devrait dorénavant œuvrer dans l’instauration de la recherche scientifique, la construction des infrastructures scolaires et s’assurer de la parfaite gestion des étudiants à l’étranger.
En conclusion, il convient de souligner que l’ouvrage La modernisation des systèmes éducatifs africains : étude comparée et solutions de Roch Cyriaque Galebayi est une réflexion approfondie sur la modernisation de l’éducation dans certains pays d’Afrique en général et du Congo en particulier. Il présente un certain nombre d’informations historiques et propose des solutions idoines dans l’optique de stimuler la souveraineté éducative à ces pays. C’est un ouvrage qui mérite d’être lu et promu afin de moderniser les systèmes éducatifs africains.
Rosin LOEMBA
Ecrivain et critique littéraire
rosinloemba@gmail.com
Ecrivain et critique littéraire.



