PARLONS-EN. J’entends souvent dire que les Gabonais sont paresseux. Je ne partage absolument pas cet avis. En réalité, ce genre d’affirmation révèle surtout une mauvaise compréhension du problème. Et lorsqu’on pose un mauvais diagnostic, on ne peut jamais trouver les bonnes solutions.

À mon sens, le véritable problème du Gabon n’est pas la paresse. Il est culturel.

Pendant des décennies, notre société a construit dans l’esprit des jeunes une définition unique de la réussite. On leur a appris que pour réussir dans la vie, il fallait faire de longues études, obtenir des diplômes, travailler dans un bureau climatisé et, si possible, intégrer la fonction publique. C’est cette image qui a été vendue à plusieurs générations de Gabonais.

Comment peut-on aujourd’hui reprocher à cette jeunesse d’avoir cru à ce qu’on lui a enseigné depuis l’enfance ?

Comment peut-on qualifier de paresseux un jeune qui a passé des années sur les bancs de l’école, parfois dans des conditions difficiles, qui a sacrifié son temps, son énergie et les moyens de sa famille pour obtenir un diplôme, avant de découvrir que le rêve qu’on lui avait vendu n’existe plus ?

Ce n’est pas de la paresse. C’est le résultat d’un modèle de société qui n’a jamais préparé sa jeunesse à la diversité des métiers et des opportunités.

Les dirigeants qui se sont succédé à la tête de notre pays devraient avoir l’honnêteté de reconnaître leur part de responsabilité dans cette situation. Gouverner, c’est prévoir. Gouverner, c’est anticiper les mutations économiques. Gouverner, c’est préparer les générations futures aux réalités du marché du travail.

Or, pendant des années, on a continué à orienter des milliers de jeunes vers un même horizon alors que l’État ne pouvait déjà plus absorber tous les diplômés qui arrivaient sur le marché.

Le résultat est visible aujourd’hui.

Des milliers de jeunes possèdent des diplômes mais ne trouvent pas d’emploi correspondant à la vision de la réussite qu’on leur a inculquée. Et au lieu de remettre en question le système qui les a formés ainsi, certains préfèrent accuser les victimes de ce système d’être paresseuses.

C’est profondément injuste.

Le véritable défi consiste à déconstruire ce mythe selon lequel seuls les longues études et les emplois de bureau garantissent la réussite sociale.

Nous devons réhabiliter la valeur du travail sous toutes ses formes.

L’agriculture est un métier noble.

La pêche est un métier noble.

L’artisanat est un métier noble.

L’élevage est un métier noble.

Le commerce est un métier noble.

La transformation locale est un métier noble.

La réussite ne devrait jamais être mesurée par le nombre d’années passées à l’université, mais par la valeur que chacun apporte à la société.

Malheureusement, notre système éducatif continue souvent à fonctionner comme si le seul objectif était de produire davantage de diplômés. On parle d’harmonisation des coefficients, de réduction du taux de redoublement et d’amélioration des statistiques scolaires, mais beaucoup moins d’orientation professionnelle, de formation technique et d’adaptation aux besoins réels de l’économie.

À quoi sert-il de multiplier les diplômes si l’économie n’est pas capable d’absorber les diplômés ?

À quoi sert-il d’encourager certains parcours académiques lorsque d’autres secteurs stratégiques manquent cruellement de main-d’œuvre qualifiée ?

Nous avons besoin d’une réforme profonde de notre manière de penser le développement.

Le Gabon ne souffre pas seulement d’un déficit d’emplois. Il souffre aussi d’un déficit de valorisation de certains métiers.

Beaucoup de jeunes n’ont jamais été préparés à entreprendre parce que personne ne leur a appris comment entreprendre. Beaucoup n’ont jamais envisagé la pêche, l’agriculture ou l’élevage parce que personne ne leur a présenté ces activités comme des voies crédibles de réussite.

On ne peut pas demander à un jeune dont toute la formation repose sur des compétences administratives ou théoriques de se reconvertir du jour au lendemain dans un secteur qu’il ne connaît pas, sans accompagnement, sans formation et sans financement.

C’est pourquoi la question est plus profonde qu’on ne le pense.

Le Gabon a besoin d’un changement de mentalité, mais aussi d’un changement de politique publique.

Il faut réconcilier l’école avec les réalités économiques.

Il faut valoriser tous les métiers.

Il faut orienter les jeunes vers leurs talents plutôt que vers les seules filières socialement valorisées.

Il faut créer un environnement où chacun peut réussir sans être jugé parce qu’il est agriculteur, pêcheur, artisan ou entrepreneur.

Enfin, nous devons avoir le courage de regarder certaines réalités en face. La jalousie sociale, le mépris de certains métiers et l’obsession du statut continuent de freiner l’émergence de nombreux talents dans notre pays. Combien de futurs champions nationaux ont abandonné leurs ambitions parce que leur environnement leur répétait qu’ils n’étaient pas sur la « bonne voie » ?

Le Gabon est malade, mais aucun médecin ne peut guérir un patient sans identifier correctement sa maladie.

Notre problème n’est pas que les Gabonais sont paresseux.

Notre problème est que pendant trop longtemps, nous avons construit une culture de la réussite qui ne correspond plus aux réalités du monde actuel.

Et tant que nous continuerons à accuser la jeunesse au lieu de réformer le système qui l’a façonnée, nous continuerons à tourner en rond.

Mavoungou Junior Merlin

Acteur politique

Pour un État sérieux au service du citoyen.

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