
PARLONS-EN. Chaque fois qu’un politicien congolais livre une interview, il y à boire et à manger. Il est très important de s’intéresser moins à ses déclarations qu’à l’objectif politique derrière sa communication politique.
En ce qui regarde la toute récente interview de Nicolas Kazadi au micro de Paulette Kimuntu, réputée être une journaliste anti-régime Tshisekedi, on croit y déceler tout un signal fort que veut envoyer ce monsieur reconnu comme barron du régime et qui va s’expliquer dans un des médias qui pourfend régulièrement le pouvoir qu’il a servi. Ce choix a été intentionnel en vue de donner du crédit à ses dires et de vouloir faire croire qu’il a basculé dans un autre camp.
Par ailleurs, ses lourdes accusations contre le régime qu’il a longtemps servi et qui l’a gracieusement enrichi poursuivent quant à elles, une double visée.
Primo l’ex- ministre des finances de Tshisekedi entreprend une opération d’auto-blanchiment. Il sait les conditions posées par l’administration américaine avant de signer l’accord US-RDC de minerais contre sécurité et qui exigent à Félix Tshisekedi de livrer tous ses collaborateurs qui ont versé dans les corruptions massives et pillages du denier public congolais. Les américains réclament leur liste pour les livrer à la justice internationale. Nicolas Kazadi, l’argentier de cette maffia financière, sait qu’il en fait partie et ne pourra pas échapper à l’épée de Damoclès. D’où sa volonté de précéder les événements en organisant cette interview pour se blanchir. Dans ses confidences à Paulette Kimuntu, Il veut faire passer un message subliminal d’après lequel lui n’a rien à voir avec les crimes financiers opérés par les barons du régime.
Mais à trop parler, il se livre lui-même à la justice du pays. “Nous avons une culture de la jouissance immédiate. Quand il y a de l’argent, on se le partage d’abord, puis on réfléchit après. Lorsqu’un projet reçoit des fonds, ils sont répartis avant même d’en définir les besoins réels.
C’est là le cœur du problème : les budgets de fonctionnement sont détournés en primes, et la réflexion sur leur utilisation arrive trop tard », confesse-t-il à la journaliste. Hélas ! Il s’y emploie mal car en parlant de nombreux détournements des millions de dollars reçus en projet de développement congolais et PARTAGÉS entre lui et les autres dirigeants du régime, l’ex-ministre de finances de Tshisekedi ne s’est même pas rendu compte qu’il se pointe le doigt sur lui-même. Rien que le fait d’avoir touché sa part du gâteau le culpabilise au plus haut point. En accusant ses pairs avec qui il s’est partagé le pactole, il s’accuse lui-même d’avoir participé au pillage du Trésor public congolais et par conséquent confesse publiquement son appartenance au club du régime kleptocratique. En d’autres termes il reconnaît indirectement d’être comptable des crimes financiers de ce régime qui ont mis ce pays à genoux.
La seconde visée derrière ces accusations de Kazadi cachent très mal sa décision de vite quitter le navire avant son naufrage annoncé. Voyez-vous, les animaux ont du flair et anticipent bien souvent les catastrophes naturelles en gestation. C’est ainsi que les rats sont souvent les premiers à abandonner un bateau en voie de couler. C’est ce message que Kazadi a voulu faire passer. Il savait exactement les conséquences de son interview en termes d’arrestation et d’emprisonnement comme il les vit présentement mais il croit acquérir derrière cette arrestation, le certificat de sa virginité politico-financière et le statut d’un héros udepessien qui a osé lever la voix pour dénoncer le mal absolu qui ronge le parti et la gestion du pays.
Voilà la profondeur de vue de cette fameuse interview qui sort du normal. Chose grave : dans le naufrage actuel qui menace le bateau Congo, aucun des timoniers ne reconnaît ses fautes. Personne ne veut assumer ses responsabilités pour rectifier les tirs et prendre la meilleure direction. Tous ceux qui sont aux affaires de l’Etat versent dans le déni du réel et se pointent le doigt les uns les autres. Dans ce contexte précis, la RDC avance vers la date butoir fixée par les Yankee sans guidage d’une boussole politique qui aiderait le pays à sortir de son enlisement. Personne n’envisage de démissionner pour laisser aux autres plus inspirés de sauver ce qui reste à sauver. Tout le monde s’accroche à ses avantages égoïstes et le pays tout entier navigue à vue et avance tout droit vers un géant iceberg…
Par Germain Nzinga



