
TRIBUNE. Un voile de mystère entoure le crach d’avion qui a emporté la vie du tonitruant commandant des forces paramilitaires Wagner, Evgueni Prigojine. Si réellement le concerné fait partie des victimes de ce crash, alors deux hypothèses nous aident à expliquer cette mort soudaine.
1. Depuis que Prigojine venait d’appeler à renverser le commandement militaire russe et qu’il avait ordonné à ses mercenaires de foncer vers Moscou, le commandant de Wagner avait signé son arrêt de mort. Même si Poutine l’avait instrumentalisé dans sa stratégie de Maskirovska en vue de dribbler ses adversaires politiques, cette tâche d’insoumission à son autorité était difficile à effacer dans l’opinion publique internationale et donnait des signes de craquement interne du Politburo de Moscou.
Sur ce, l’effacement total de Prigojine était devenu le prix fort à payer pour restaurer l’autorité de Kremlin.
De nombreux événements -et non de moindre- se sont alors succédé les uns après les autres en défaveur de Prigojine. D’abord son exil forcé en Biélorussie, puis la descente des Services de sécurité russes dans sa maison de St Petersburg et l’exposition sur la place publique de ses réserves en or et en devises étrangères et enfin, avant-hier, le limogeage du général Sergueï Sourovikine qui avait dû ordonner le retrait des troupes russes de Kherson et qui fut le fidèle allié de Prigojine dans la hiérarchie de l’armée russe. Son limogeage juste un jour avant l’assassinat de Prigojine n’est peut-être pas un fait aléatoire. Via ce limogeage et ce décès par crach d’avion, Kremlin a voulu une fois de plus démontré à tous les russes que le seul maître qui commande le bateau russe s’appelle Vladimir Poutine. Il importe donc de comprendre cette élimination spectaculaire de Prigojine et du commandement de Wagner deux mois après la tentative de coup d’État comme un signal clair de Poutine aux élites russes avant les élections de 2024.
2. Dans la grave crise qui sévit au Niger et qui risque d’entraîner non seulement un conflit régional entre la CEDEAO et la coalition Niger-Burkina Faso et Mali mais aussi une confrontation mondiale dans le Sahel entre des puissances otaniennes d’une part et la Russie et la Chine de l’autre, l’apparition de Prigojine au désert de Sahel avant-hier lundi et son appel dans une vidéo de quelques minutes à la lutte des africains contre les forces impérialistes doivent avoir été prises très au sérieux par ceux-là même qui brassent des gros intérêts économiques et géostratégiques dans la sous-région du Sahel.
Dans ce contexte, il importe de se demander d’où venait l’avion d’affaires où se trouvait Prigojine et quelles sont les causes réelles de ce crash.
Un expert en balistique nous explique : “ Sur une image, on a un panache de fumée qui vient de l’extérieur avec deux couleurs. Une couleur blanche, qui correspond à la propulsion d’un missile, et un panache gris qui correspond à l’explosion. C’est exactement le même type d’image que des explosions par des missiles anti-aériens. J’ai vraiment l’impression que ça a été tiré de l’extérieur. Et ensuite, selon leurs témoignages, des gens au sol ont entendu des missiles », détaille sur LCI Xavier Tytelman, ancien aviateur militaire, spécialiste aéronautique Air et Cosmos. « La structure de l’avion a été détériorée. C’est une collision aérienne, c’est un missile. Une explosion venant de l’intérieur, une bombe par exemple, n’aurait pas laissé une deuxième traînée », ajoute l’expert. Ce missile tiré de l’extérieur, rien ne prouve qu’il soit l’œuvre de l’armée russe. Les frontières maritimes et terrestres russes sont bardées des puissances de feu ennemies et il suffit de peu pour atteindre l’avion de celui qui appelle les africains à la lutte de libération de l’Afrique à partir du Niger.
Ce missile tiré sur l’avion transportant Prigojine semble être la réponse claire du camp occidental contre les velléités du commandant de Wagner sur un terrain considéré comme une chasse gardée. La réaction de Joe Biden à cette mort : “ Je ne suis pas surpris” dit tout le dessous de cartes de cette mort vue comme une victoire du camp occidental. Une victoire non sur un individu Prigojine mais contre son président dans cette logique guerrière résumée par un proverbe rwandais : « Celui qui frappe un chien vise son maître. »
La bonne compréhension des causes profondes de la mort de Prigojine se trouve à l’intersection de sa disgrâce après une rébellion avortée de sa milice contre l’état-major, de l’approche des élections russes en 2024 et de la volonté farouche des armées occidentales à isoler Poutine de ses puissants appuis avant l’estocade finale.
Sa présence était devenue encombrante tant auprès de siens que des ennemis de son pays. Sa fin tragique était inéluctable.
Par Germain Nzinga


