Ouabari Mariotti au ministre Mboulou : les services de sécurité du Congo ne peuvent se limiter à la seule répression

Réagissant à l’arrestation du jeune activiste congolais Fred Makita, l’ancien garde des Sceaux et ministre de la Justice, Ouabari Mariotti, a adressé une lettre au ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, Raymond Zéphyrin Mboulou, pour dénoncer une approche sécuritaire fondée uniquement sur la répression. Ci-dessous, l’intégralité de ladite lettre.

« Lettre Ouverte

A M. Raymond Zéphyrin Mboulou

Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation

Brazzaville

République du Congo.

M. Le Ministre

En toute humilité, je viens, par la présente, avec respect, solliciter auprès de votre bienveillance, votre intervention en faveur de M. Fred Makita pour sa remise en liberté.

Jeune activiste congolais, militant des causes justes, en service à la Mairie de Dolisie, M. Fred Makita a été placé en détention, le 9 janvier 2026, dans un des Commissariats de Police de Pointe Noire. Ses déclarations sur le contexte politique national pourraient en être la cause.

Pour avoir connu les affres d’un illégal et pénible enfermement de trois mois, dans les locaux de l’ex Sécurité D’Etat, sous le régime du Parti Unique, au Congo, en 1986, pour avoir été soupçonné d’avoir écrit et mis en circulation un tract, j’imagine les souffrances de M. Fred Makita. Cela, au seul motif d’avoir exercé son droit à la parole, cette légitimité d’intervenir sur les affaires de son pays, d’une voix pas toujours partagée. Un droit pourtant bien établi par la Constitution.

Les Services de Sécurité de la République du Congo, de par leur rôle régalien, au sein de la Nation, ne peuvent prétendre se baser que sur la répression comme procédure de réparation des fautes commises par les citoyens. L’éducation et la pédagogie sont aussi des méthodes de correction et d’amélioration. Elles viennent inculquer aux fauteurs de trouble, impliqués dans des actes répréhensibles, tels ceux qui relèvent de l’incivisme, des connaissances sur la citoyenneté, les principes et valeurs de la République, le savoir vivre ensemble, le respect des Institutions et de leurs Autorités.

Et, dans la période sensible précédant l’élection présidentielle de mars 2026, l’apaisement tant exigé par le Chef de l’Etat, soumet aux obligations de construction de la paix, au même titre, aussi bien les Populations congolaises que leurs Dirigeants. A ces derniers de créer, pour ce qui les concerne, dans l’exercice de leurs fonctions, les conditions objectives et permissives de la facilitation de cet apaisement. Ce qui ne semblerait pas toujours être compris de la sorte.

Monsieur le Ministre,

Le cas de M. Fred Makita est dans une veine identique à celui de M. Anatole Limbongo Ngoka, Président du Parti Africain pour un Développement Intégral et Solidaire (PARADIS), candidat déclaré à la prochaine élection présidentielle de mars. Dans l’exercice de ses droits de citoyen, M. Anatole Limbongo Ngoka a été étonnement expulsé des terres du Département de la Likouala, alors qu’il en est natif, pendant qu’il y séjournait en privé.

Fait troublant, l’on est en droit de s’interroger sur la non accommodante et rigide attitude des autorités préfectorales de la Likouala à l’égard de M. Anatole Limbongo Ngoka. Au point de se demander si cette expulsion de M. Anatole Limbongo Ngoka n’est pas liée à son engagement politique marqué par son intransigeance sur le respect des valeurs de la République et à sa candidature à la Présidence de la République.

Devant de telles situations qui ne sont ni plus ni moins que des postures d’intolérance politique qui troublent la conscience collective des Congolais, tout concourt pour l’agrément par le Président de la République de ce dialogue national inclusif que les forces vives du pays appellent de leurs voeux, avant l’élection présidentielle, pour aborder les maux qui minent la société congolaise.

Pour me redire, un dialogue national inclusif, comme le voudraient les forces vives du pays, permettrait de rassembler les différentes parties prenantes sur l’essentiel, de discuter de la vie de la nation, solutions à l’appui, et de renforcer la cohésion nationale. L’agrément du Président de la République pour un tel dialogue serait un pas important vers la création d’un climat de confiance et de paix, propice à la tenue d’élections plus libres et plus transparentes.

La fébrilité avec laquelle les Services de Sécurité appliquent la consigne du Chef de l’Etat devant conduire à une élection présidentielle apaisée pourrait multiplier les dérives, les mises en demeure et autres abus. Ce qui pourrait, si l’on y prend garde, compromettre l’apaisement tant souhaité par M. le Président de la République. D’où la nécessité politique et morale de ce dialogue aux fins que la Nation congolaise se parle à elle même. Histoire de permettre également de clarifier les attentes et les règles du jeu pour les acteurs politiques, et de créer un climat de confiance propice à des élections acceptées par tous.

Le Président Denis Sassou Nguesso vient de déclarer, en deux temps, que l’élection présidentielle aura bien lieu, en 2026. D’abord, lors de son message à la Nation, le 1er janvier 2026. Ensuite, devant le Corps Diplomatique, au cours de la cérémonie des vœux de fin d’année au Chef de l’Etat. Mais, au nom de l’intérêt supérieur de la Nation, une nécessité pour le bien de la Nation l’exigeant, et conformément aux pouvoirs qui lui sont conférés, le Président de la République a le droit et est en devoir moral d’expliquer à son peuple et à la Communauté Internationale les raisons du recul de ces élections pour que leur organisation soit le produit d’un véritable compromis national.

Ceci étant, la hauteur de vue du Chef, l’estime de son peuple, l’écoute active des voix s’élevant de l’ensemble du territoire national, l’affermissement de la volonté de gouverner, selon la volonté générale, seront, avec noblesse et dignité, reconnus au Président de la République.

Avec l’espoir que cette Lettre Ouverte trouvera un écho favorable, Lettre que j’ai voulue Ouverte pour marquer ma citoyenneté, à l’égard de la République du Congo, recevez M. le Ministre l’expression de ma considération distinguée.

Paris 10 janvier 2026

Ouabari Mariotti

Ancien Garde des Sceaux

Ministre de la Justice

République du Congo ».

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