
Mathias DZON et l’Alliance ARD en sont persuadés: « l’Etat/PCT a plongé près de 95% de Congolais dans une extrême pauvreté », affirment-ils dans une tribune en réaction au message à la Nation du Président Congolais lors du 63e anniversaire de l’indépendance que nous publions ci-dessous.
« Le mardi 15 août 2023, le Congo-Brazzaville a célébré le 63ème anniversaire de son accession à la souveraineté internationale. A cette occasion, le président de la République, monsieur Denis Sassou Nguesso a fait une adresse au pays, articulée autour de quatre thèmes structurants majeurs:
– L’hommage aux « Pères » de l’indépendance ;
– Le futur Sommet des 3 bassins forestiers du Congo, de l’Amazonie et du Bornéo-Mékong ;
– Le Panafricanisme ;
– La paix.
Le discours décliné par le président de la République est marqué par cinq tendances principales :
1- L’absence pour le moins incompréhensible et injustifiable de bilan de l’action gouvernementale et de perspectives d’avenir ;
2- Un contresens historique sur les « pères » de l’indépendance du Congo-Brazzaville ;
3- L’exaltation à des fins politiciennes du Bassin du Congo ;
4- La récupération éhontée de la revendication des activistes panafricains pour une indépendance réelle de l’Afrique ;
5- La reprise du disque, mille fois rayé, de l’affirmation selon laquelle le Congo-Brazzaville serait un havre de paix sous le leadership éclairé de l’actuel chef de l’Etat.
A) De l’absence de bilan et de perspectives.
Sous d’autres cieux, la célébration d’un anniversaire de l’indépendance d’un pays est l’occasion pour le chef de l’Etat, de dresser un bilan actualisé de l’action gouvernementale, bilan montrant les progrès réalisés dans la construction nationale, les faiblesses de l’action publique sur le terrain et traçant des perspectives d’avenir. Dans le discours prononcé par le président congolais, le 14 août 2023, il en a rien été.
Le chef de l’Etat n’a pas daigné souffler un traître mot, ni sur la crise multidimensionnelle gravissime qui plombe le pays, ni sur le dialogue politique national inclusif, seule et unique bonne solution pour sortir le Congo-Brazzaville du gouffre où l’Etat/PCT l’a plongé, ni sur les accords scélérats et illégaux signés avec le Rwanda, ni sur la situation sociale dramatique des populations, notamment l’explosion exponentielle de la morbidité et de la mortalité sur l’ensemble du territoire national, et tout particulièrement, l’épidémie de choléra, de chilligelose et de fièvre typhoïde qui sévit à Dolisie actuellement et qui a entraîné l’hospitalisation de près de mille citoyens et plus de 15 morts.
Face à cette épidémie ravageuse, le chef de l’Etat est resté étonnement muet et s’est contenté d’apporter, à titre personnel, une contribution financière de dix millions de francs CFA. Un président de la République ne devrait pas agir comme ça, car, ce que les Congolais attendaient du chef de l’Etat, ce n’est pas une aumône, mais bien plutôt, une riposte sanitaire nationale conséquente, qui passe par la détermination scientifique des causes de l’épidémie, aux fins de l’attaquer à ses racines, tant il est vrai que pour guérir un mal, il faut s’attaquer à ses causes.
Comme on a pu le constater, la galère du peuple congolais est le cadet des soucis de celui là-même dont le slogan est : « Tout pour le peuple, rien que pour le peuple ». Si en parole, le chef de l’Etat congolais proclame son grand intérêt pour la cause du peuple, dans sa pratique quotidienne cependant, il n’est préoccupé que par deux choses : sa gloire personnelle et son maintien à vie au pouvoir, par la force, la manipulation et l’achat des consciences, la démagogie sociale, la ruse politique et la tricherie électorale.
Il passe le plus clair de son temps dans de coûteux et nombreux voyages à l’étranger pour tenter de redorer son image écornée sur le plan international et dans des villégiatures à Oyo, son village natal, sous le fallacieux prétexte de séjours de travail. Le pays n’est plus gouverné. Le Conseil des ministres se tient très rarement et souvent pour ne rien décider d’important pour le Congo et son peuple.
B) A propos de l’hommage aux « Pères » de l’indépendance
Le chef de l’Etat congolais a présenté les premiers acteurs politiques congolais de la période coloniale (Fulbert Youlou, Jacques Opangault, Jean Félix Tchicaya), comme les pères de l’indépendance du Congo-Brazzaville. Cette affirmation nous paraît être un contresens historique, car, dans la langue française, le mot père signifie, géniteur, ou créateur ou promoteur, ou initiateur, c’est-à-dire, celui qui est à l’origine de quelque chose. Dans ce sens, il n’est pas exact de dire que Fulbert Youlou, Jacques Opangault, Jean Félix Tchicaya sont les pères de l’indépendance de l’actuel Congo-Brazzaville.
En effet, si pendant la période coloniale et la première décennie des indépendances du Congo français, Fulbert Youlou, Jacques Opangault et Jean Félix Tchicaya ont été indiscutablement les principaux acteurs politiques du Congo, à travers leurs partis respectifs : l’Union démocratique pour ladéfense des intérêts africains (UDDIA), le Mouvement Socialiste Africain (MSA) et le Parti Progressiste Congolais (PPC), il n’est cependant pas exact de dire qu’ils sont les géniteurs de l’indépendance congolaise.
Pour rappel, en 1958, l’UDDIA, le MSA et le PPC ont fait campagne pour le maintien du Moyen Congo dans la communauté française. A cette occasion, un seul pays africain avait voté pour l’indépendance : c’est la Guinée de Sékou Touré. Plus largement, s’agissant des indépendances africaines de 1960, elles sont une décision d’une grande habileté tactique du Général De Gaulle, le père de ce qu’il est convenu d’appeler « La Françafrique ».
En effet, suite à la défaite de la France au Vietnam (Dien-Bien-Phu), et confronté à la montée en flèche de nombreux mouvements indépendantistes dans les anciennes colonies françaises d’Afrique, notamment le Parti africain de l’indépendance, en sigle PAI, l’Union des populations du Cameroun, en sigle l’UPC, la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France, en sigle FEANF, le Général De Gaulle, déclarait : « Des pays qui depuis plusieurs années aspirent à l’indépendance, la réclament avec insistance. Faut-il réprimer ce mouvement, ou au contraire, le comprendre, pour mieux le canaliser ? ». Pour répondre à cette interrogation, le général De Gaulle avait décidé d’octroyer des indépendances nominales aux anciennes possessions coloniales françaises d’Afrique.
C’est dire que l’indépendance du Congo-Brazzaville n’est pas le fruit de la lutte de l’UDDIA, du MSA ou du PPC. Il ne suffit pas d’avoir été un acteur politique majeur pendant la période coloniale pour être qualifié de père de l’indépendance du Congo. Tout dépend du camp politique auquel on appartenait à cette époque. Du reste, l’accession à l’indépendance n’a pas fait disparaître la sujétion des colonies, car, les anciennes métropoles coloniales ont conservé des liens privilégiés avec leurs anciennes possessions.
En tout état de cause, si un hommage devait être rendu aux vrais pères de l’indépendance du Congo, il irait, d’une part, aux résistants à la pénétration coloniale au Congo, c’est-à-dire, à tous ceux qui, sous la colonisation se sont levés pour défendre dans telle ou telle localité du Congo, la terre de leurs ancêtres contre la pénétration coloniale, et, d’autre part, à ceux qui, au niveau politique, se sont organisés pour revendiquer et lutter pour l’accession du Congo à l’indépendance.
Dans la première catégorie, il s’agit des résistants à la pénétration coloniale, notamment :
1- Les Fourous, qui sous l’impulsion de Ndombi-Bolunza ont stoppé, les 2 et 3 juillet 1878 sur la rivière Alima, l’expédition coloniale française conduite par Pierre Savorgnan De Brazza en provenance de Franceville (Gabon), au cours de sa première tentative de pénétration dans le Congo ;
2- André Grénard Matsoua, Bouéta Mbongo, Mabiala-Ma-Nganga, dans la région du Pool ;
3- Le roi Makoko Iloo II (successeur du roi Makoko Iloo I qui avait reçu Pierre Savorgnan De Brazza à Mbé, le 10 septembre 1880). En effet, le roi Makoko Iloo II s’était rebellé contre le pouvoir colonial. Pour ce motif, il avait été déporté à Brazzaville, mais avait refusé de se plier à la volonté des colonisateurs. Pour montrer sa détermination, il avait fait une grève de la faim et mourut d’inanition ;
4- Mbunzè-O-Bèlè, « kani » de la chefferie Ollembè en pays Mbochi, assassiné le 13 octobre 1911 au cours de la bataille de Bèlè par la colonne militaire coloniale commandée par François Guyonnet ;
5- Nga-Atsèsè, « le kani des kanis » de la chefferie d’Asoni dans le pays Mbochi, qui ordonna à toutes les populations de ne pas payer l’impôt de capitation instauré par l’administration coloniale et qui, avant sa mort, a demandé à toutes les chefferies Mbochis de continuer la résistance à la pénétration coloniale, en vue de la défense de la terre de leurs ancêtres ;
6- Nguaa-Nkaan, couronné Ngue-Mboon VI, chef spirituel suprême des Gangoulous et Anlour-Ngobian, couronné Ngaa-Lien IV (son Premier conseiller), qui organisèrentla bataille de Mbaya, en juin-juillet 1911, bataille qui est le facteur déclencheur de la résistance à la pénétration coloniale française dans le bassin de l’Alima-Keni ;
7- Mweme-Mbadaga, chef du village Lango dans le pays Akwa (Actuel département de la Cuvette) qui organisa, de 1905 à 1911, avec son fils Yombi-Engua, la résistance à la pénétration coloniale française. Il fut abattu en 1911 ainsi que son fils, par le lieutenant Braum ;
8- Zoniaba, chef de la résistance à la pénétration coloniale française en 1909 en terre Sangha-Sangha (Actuel département de la Sangha) ;
9- Ndzoyi Mapingou, qui organisa pendant 10 ans, la résistance à la pénétration coloniale sur les terres de Zanaga (Actuel département de la Lékoumou). Il fut capturé et décapité par les forces coloniales en 1914.
Dans la deuxième catégorie des promoteurs de l’indépendance du Congo, il s’agit principalement des membres congolais du Parti africain de l’indépendance (PAI) de ceux de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF), de ceux de l’Association des étudiants congolais (AEC) et de quelques éléments des syndicats indépendantistes. Plus concrètement, il s’agit notamment de :
– Ambroise Edouard Noumazalay ; – Lazare Matsocota ; – Pascal Lissouba ; – Claude Antoine Da Costa ; – Van Den Reyen ; – Pierre Nzé ; – Claude Ernest Ndala ; – William Tchikaya ; – Elenga Ngaporo ; – Jean-Pierre Tchistère Tchikaya ; – Henri Lopez ; – Paul Kaya ; – Hilaire Mouthault ; – Aimé Mambou Niali ; – Aimé Matsika ( de la Confédération générale du travail, en sigle CGT) ; – Abel Thaulet-Ganga (de la Confédération générale africaine des travailleurs, en sigle SGAT), pour ne citer que ceux-là.
C) L’instrumentalisation du Bassin du Congo à des fins politiciennes
Comme chacun le sait, la communauté internationale est unanime pour reconnaître que la protection de l’environnement en général, la lutte contre le réchauffement climatique en particulier, est aujourd’hui une urgence mondiale et lui porte une attention toute particulière. Exploitant cet intérêt marqué pour l’environnement et surfant sur le rôle important que joue la forêt dans la séquestration des gaz à effet de serre qui sont à l’origine du réchauffement climatique, le chef de l’Etat congolais a fait du Bassin du Congo, son nouveau cheval de bataille et un miroir devant lequel il se regarde désormais chaque matin.
Dans tous les Sommets internationaux sur l’environnement, ses discours portent essentiellement sur le Bassin forestier du Congo, à telle enseigne que ses thuriféraires (dont son Premier ministre) le présentent sans honte, comme le premier écologiste du monde. Alors que le Bassin forestier du Congo est le patrimoine commun de plusieurs pays d’Afrique centrale (RDC, Congo-Brazzaville, Gabon, Cameroun, Centrafrique), le chef de l’Etat du Congo-Brazzaville s’est auto-proclamé chef de fil de la défense des intérêts du Bassin du Congo.
La RDC lui conteste cette prétention, car, selon elle, plus de 50% des forêts du Bassin du Congo se trouvent sur son territoire. Dans cette course au leadership du Bassin du Congo, le chef de l’Etat du Congo-Brazzaville a décidé d’organiser à Brazzaville, du 24 au 26 octobre 2023, un Sommet sur les trois Bassins du Congo, de l’Amazonie et du Bornéo-Mékong.
De son côté, le chef de l’Etat de la RDC a programmé, la tenue à Kinshasa du même Sommet, du 24 au 26 août 2023. Cette embrouille intervient dans un contexte politique marqué par de grandes tensions entre les deux Congo, tensions nées à la suite de la signature d’accords militaires entre le Congo-Brazzaville et le Rwanda, pays qui occupe militairement l’est de la RDC.
Au-delà du brouhaha orchestré par l’Etat/PCT sur le Bassin du Congo, le gouvernement de Brazzaville n’a pas de véritable politique de protection de l’environnement. A preuve, depuis la faillite de l’entreprise familiale Averda, chargée de la gestion des déchets, il n’existe plus aucune structure de collecte, d’enlèvement, de stockage, de traitement, d’élimination et de recyclage des déchets ménagers, hospitaliers, commerciaux et industriels. De même, il n’y a ni collecteurs d’évacuation des eaux usées et des eaux pluviales, à tel point que lorsqu’il tombe une grande pluie, les voiries urbaines et les routes secondaires se transforment en véritables fleuves et deviennent impraticables.
Par ailleurs, il n’y a aucune politique de lutte contre les nuisances sonores (bruit de voisinage, bruit émis par les églises de réveil, les radios-matangas, les bars-dancing, les débits de boisson, les industries, le transport routier, le transport ferroviaire, le transport aérien, etc.). Dans la même veine, il n’y a aucune politique de lutte contre les pollutions des sols, des eaux et de l’air. Il n’existe pas de laboratoires de bromatologie pour contrôler la qualité de l’eau et des aliments. Les entreprises qui exploitent les mines liquides et les mines solides, ainsi queles entreprises de pêche, polluent les sols, les eaux et l’air dans les espaces où elles opèrent. En contrepartie, il n’existe aucune taxe sur la pollution des sols, des eaux, de l’air et sur les nuisances sonores. Le principe universel du « pollueur-payeur » n’est pas appliqué à l’encontre des sources de pollution.
L’hygiène publique laisse à désirer. Le milieu de vie est très insalubre. Il n’y a pas de structures modernes d’évacuation hygiénique des excrétas dans les formations sanitaires, les écoles, les collèges, les lycées, les universités, les marchés domaniaux et forains, les quartiers populaires et autres espaces à forte concentration de populations. Dans les marchés publics, les étals de vente des denrées alimentaires jouxtent les poubelles où pullulent des essaims de mouches, vecteurs de maladies infectieuses. De plus, les denrées alimentaires sont vendues à même le sol.
Que dire des espaces verts ? Ici encore, il n’y a ni jardins publics, ni parcs d’attraction, ni bois, ni piscines publiques, ni bords de rivière, ni centres de loisirs et de vacances, ni musées, etc. Pour masquer cette absence de véritable politique de l’environnement et tenter de redorer le blason terni du Congo, le pouvoir de Brazzaville recourt à la diversion, à travers le battage médiatique sur le Bassin du Congo, alors que sur le terrain, rien, mais absolument rien de concret ne se fait. Toute la campagne bruyante organisée sur le Bassin du Congo n’est rien d’autre que de l’enfumage, c’est-à-dire, une diversion, pour tenter de faire oublier l’incapacité de l’Etat-PCT d’apporter des solutions appropriées et fortes aux préoccupations quotidiennes des Congolais.
D) La récupération éhontée de la revendication des activistes panafricains pour une indépendance réelle de l’Afrique
L’Afrique est aujourd’hui l’objet d’un intérêt marqué des grandes puissances mondiales qui lui déclarent leur flamme. En témoignent les nombreux Sommets organisés dans le monde sur l’Afrique : – Turquie-Afrique ; – France-Afrique ; – Chine-Afrique ; – USA-Afrique ; – Japon-Afrique ; – Russie-Afrique, etc.
De leur côté, les activistes panafricains se sont levés pour sensibiliser les peuples africains sur les motivations réelles de la flamme des grandes puissances pour l’Afrique, proposer un changement de paradigme et appeler les Africains au devoir de vigilance, de lucidité, de patriotisme, d’unité, de solidarité et d’ouverture sur le monde, dans le dessein d’affronter ensemble, les défis de la construction d’un développement équitable et durable de l’Afrique et de la promotion d’une coopération internationale juste et équilibrée, expurgée de tout esprit de domination et fondée sur des partenariats gagnants-gagnants.
En vieux routier de la politique, instruit par l’expérience du déferlement sur le continent du vent de la perestroïka dans les années 1990, le président congolais a senti venir le danger de la nouvelle vague et ne veut pas rester sur le bord de la route. Dans son discours, il s’est employé à s’inscrire dans la trajectoire du vent du panafricanisme ambiant, en appelant à une prise de conscience à l’échelle du continent, en vue d’une réforme de la gouvernance mondiale. Cet appel du pied ne trompe personne, car, l’approche des problèmes de l’Afrique par les activistes panafricains est aux antipodes de la sienne.
E) A propos de la reprise du disque, mille fois rayé, de l’affirmation selon laquelle le Congo-Brazzaville serait un havre de paix sous le leadership éclairé de l’actuel chef de l’Etat.
Comme à son habitude, dans son discours du 14 août 2023, le président de la République a exhorté les Congolais à cultiver la paix. Reprenant en chœur cet appel à la paix, ses partisans prétendent que le chef de l’Etat congolais est un homme de paix et qu’il a fait asseoir une paix véritable sur toute l’étendue du territoire national. Certains d’entre eux vont jusqu’à faire croire que le chef de l’Etat congolais a toujours cultivé la paix par le dialogue. On croit rêver, car, le président congolais est très mal placé pour parler de paix.
En effet, comment ose-t-il parler de paix, lorsqu’il entretient des milices privées, des groupes violents et de nombreux mercenaires étrangers, alors qu’il est le chef suprême des forces armées congolaises, et qu’en cette qualité, il est le garant de la paix sociale et de la tranquillité des cœurs et des esprits ?
Comment ose-t-il parler de paix, alors qu’il ne se maintient au pouvoir depuis 40 ans, que par le recours à la force brutale, l’intolérance politique, la pensée unique, la manipulation et l’achat des consciences, la tricherie électorale ?
Comment ose-t-il parler de paix, alors que depuis le coup d’Etat anticonstitutionnel du 25 octobre 2015, il a décrété un état d’urgence permanent qui ne dit pas son nom sur l’ensemble du territoire national, verrouillé le pays par d’importants cordons de sécurité armés jusqu’aux dents et érigé des barrages routiers le long de toutes les routes principales du pays ?
Comment ose-t-il parler de paix, lorsqu’il maintient dans ses geôles depuis l’élection présidentielle de 2016, des Congolais qui n’ont commis d’autres crimes que celui de s’être porté candidats contre lui et d’avoir refusé de reconnaître sa victoire usurpée ?
Comment ose-t-il parler de paix, lorsque dans les grandes villes (Brazzaville et Pointe-Noire notamment), l’insécurité est partout : braquages de domiciles privés, agressions physiques de citoyens dans les rues en plein jour, enlèvements, assassinats gratuits, disparitions forcées, montages de complots imaginaires, arrestations et emprisonnements arbitraires, violences en milieux scolaires, violences faites aux femmes ?
Comment ose-t-il parler de paix, lorsqu’il affame les retraités, les étudiants, les fonctionnaires émargeant aux budgets de transfert qui accusent selon les cas, de nombreux mois, voire de nombreuses années d’arriérés de pensions, de bourses et de salaires ?
Comment ose-t-il parler de paix, lorsque l’Etat/PCT a plongé près de 95% de Congolais dans une extrême pauvreté, alors que, sous son règne, le Congo a engrangé depuis 2003, la colossale somme de près de 134 mille milliards de francs CFA ?
Comment ose-t-il parler de paix, alors qu’il a « familialisé » l’Etat et érigé en méthodes de gouvernement, le népotisme, l’ethnocentrisme, la préférence ethno-régionale, le noyautage clanique des postes de responsabilité au sommet de l’Etat, le favoritisme et le clientélisme ?
Comment ose-t-il parler de paix, lorsqu’il rejette systématiquement le dialogue politique national inclusif que l’opposition lui propose depuis le 12 août 2012, alors que dans le même temps, en sa qualité de médiateur de la crise libyenne, il propose comme solution de sortie, la tenue d’un dialogue politique inter-libyen ? Dans ce cadre, il vient d’organiser à Brazzaville, une Concertation des parties prenantes au conflit libyen, pour préparer ce dialogue.
Il faut aussi rappeler qu’il fait partie du groupe des chefs d’Etat africains qui proposent de sortir de la guerre qui oppose la Russie à l’Ukraine, par la négociation. On le voit, il pratique la politique de : « Deux poids, deux mesures ».
Comment ose-t-il parler de paix, lorsqu’il signe des accords militaires avec un seigneur de guerre comme le président rwandais, monsieur Paul Kagamé ?
Pour nous, la paix n’est pas seulement l’absence de guerre ; elle est aussi et surtout, la tranquillité des cœurs et des esprits, qui suppose la promotion du bien-être politique, économique, social, culturel et environnemental des citoyens d’un pays. Ce qui n’est pas le cas du Congo-Brazzaville. Non, le président actuel de la République du Congo n’est pas un homme de paix. Il a besoin de la guerre ou des désordres pour conserver à vie le pouvoir. Son long règne est jalonné du sang et des larmes des congolais.
Au total, le discours prononcé par le chef de l’Etat congolais, le 14 août 2023, à l’occasion du 63è anniversaire de l’indépendance du Congo est une simple opération de communication politique, destinée comme à l’accoutumée, à bluffer l’opinion nationale et internationale, à masquer l’échec cuisant de ses 40 ans de règne sans partage et à tenter de redorer son image totalement abîmée au Congo et dans le monde.
Fait à Brazzaville, le 24 août 2023
Pour la Conférence des présidents,
Mathias DZON«