Congo/Électrification du Pool : une avancée qui ne saurait masquer quarante-deux années d’échec

TRIBUNE. Ce 15 juillet 2026, le président Denis Sassou Nguesso a procédé au raccordement au réseau électrique national des districts de Louomo, Goma Tsé-Tsé, Louingui et Boko, dans le département du Pool, situés à seulement 66 et 83 kilomètres de Brazzaville.

Cette nouvelle est naturellement une bonne chose pour les populations concernées. Personne ne peut sérieusement regretter que des milliers de Congolais aient enfin accès à l’électricité. Cependant, se réjouir de cette avancée ne signifie pas renoncer à toute lucidité sur ce qu’elle révèle de la gouvernance du pays.

Car la véritable question n’est pas de savoir si ces localités méritaient d’être électrifiées. Elles auraient dû l’être depuis longtemps. Le véritable débat est de comprendre pourquoi il a fallu attendre quarante-deux années de pouvoir pour raccorder au réseau électrique des districts situés à moins de cent kilomètres de la capitale.

L’accès à l’électricité n’est ni un cadeau ni une faveur accordée par un dirigeant. C’est un service public fondamental et un droit légitime pour chaque citoyen. Dans un pays disposant d’importantes ressources pétrolières, cette réalisation aurait dû être acquise depuis plusieurs décennies.

Denis Sassou Nguesso dirige le Congo depuis quarante-deux ans. Il ne peut donc invoquer ni le manque de temps, ni l’instabilité politique, ni l’absence de ressources. Son pouvoir a bénéficié de revenus pétroliers considérables et d’une longévité exceptionnelle dans l’histoire politique africaine. Pourtant, les résultats restent largement en deçà des attentes légitimes des Congolais.

Les chiffres sont sans appel. Selon les données de la Banque mondiale, seulement 51,3 % de la population congolaise a accès à l’électricité. Autrement dit, après plus de quatre décennies de gouvernance, près d’un Congolais sur deux demeure privé de ce service essentiel. La situation est encore plus préoccupante en milieu rural, où le taux d’accès n’atteint que 12,4 %.

À ces statistiques déjà préoccupantes s’ajoutent les coupures récurrentes qui perturbent quotidiennement la vie des ménages, des administrations et des entreprises, y compris à Brazzaville et à Pointe-Noire. Cette réalité freine l’activité économique, décourage l’investissement et pénalise l’amélioration des conditions de vie de millions de citoyens.

Dans ces conditions, présenter comme une prouesse historique l’électrification de localités situées à quelques dizaines de kilomètres de la capitale relève davantage de la communication politique que de la célébration d’une performance exceptionnelle. Le problème n’est pas que Louomo, Goma Tsé-Tsé, Louingui et Boko aient enfin accès à l’électricité. Le problème est qu’il ait fallu attendre aussi longtemps pour réaliser ce qui aurait dû être une évidence depuis des décennies.

Cette situation illustre les limites d’un modèle de gouvernance qui, malgré les importantes richesses générées par le pétrole, n’a pas permis de garantir l’accès universel à des services aussi élémentaires que l’électricité. Elle soulève également des interrogations sur l’utilisation des ressources publiques dans un pays régulièrement cité pour des affaires de corruption, de mauvaise gestion et de détournement présumé des deniers publics.

Reconnaître une avancée n’oblige pas à oublier le retard accumulé. Saluer une réalisation ne signifie pas renoncer à exiger davantage. Les Congolais sont en droit de demander des comptes sur l’état des infrastructures nationales après quarante-deux années de pouvoir. Ils sont également en droit de se demander pourquoi des besoins aussi fondamentaux ont mis autant de temps à être satisfaits.

L’exigence n’est pas de l’ingratitude. Elle est l’expression normale de la citoyenneté. Après plus de quatre décennies à la tête du pays, le pouvoir ne devrait pas demander aux Congolais de célébrer la normalité. Il devrait plutôt expliquer pourquoi celle-ci a été si longtemps différée.

Fait à Paris, le 15 juillet 2026.

Milos HEMILEMBOLO

Secrétaire national chargé des relations internationales de la Convergence Citoyenne.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Are you human? Please solve:Captcha