Ayoub El Hachmi : Pour le Maroc, en tant qu’acteur influent en Afrique, il est essentiel de consolider les liens avec les pays du Sud

INTERVIEWS. A l’occasion de la tenue du 2ème Congrès international du Réseau Mena-Latina, qui a pris fin hier à Tanger, « Pagesafrik/Libé » s’est entretenu avec Ayoub El Hachmi, coordinateur exécutif du Réseau Mena-Latina. Ce Congrès, organisé à l’initiative de l’USFP en partenariat avec le Réseau Mena-Latina, a connu la participation de représentants d’organisations internationales et de personnalités politiques des quatre coins du monde. Pagesarfrik/Libe: L’USFP a accueilli le deuxième Congrès du Réseau MENA-Latina à Tanger. Quelle importance stratégique revêt cet événement pour le parti ? Ayoub El Hachmi : Comme vous le savez, il y avait toujours des difficultés pour établir une relation directe avec les acteurs de la région d’Amérique latine. Nous n’avions jamais eu, si vous voulez, un contact direct avec les organisations ou les jeunes partis politiques de cette région. Nous devions toujours passer par l’intermédiation des Européens. Au sein de l’Internationale socialiste, nous avons donc pensé à créer un réseau capable de rassembler les jeunesses de la région MENA et d’Amérique latine. Quel intérêt cela représente pour le Maroc ? Et qu’est-ce que cela apporte à l’USFP ? Pour le Maroc, c’est clair : notre pays cherche de plus en plus à trouver sa place au sein du continent américain. C’est important, non seulement pour notre Cause nationale, mais aussi parce que cette zone a toujours été, si vous voulez, un terrain influencé par nos opposants. Il était donc essentiel d’établir des relations directes et d’expliquer notre vision et nos solutions concernant le conflit du Sahara marocain. Pour un parti socialiste, c’est aussi stratégique : les partis socialistes ont une forte influence en Amérique latine. Nous voulions donc créer des liens directs avec des responsables gouvernementaux et parlementaires pour transmettre nos messages et nos idées, tant au sein des partis qu’au sein des institutions. Ce congrès réunit des organisations progressistes d’Afrique, d’Europe, du Moyen-Orient et d’Amérique latine. Que peut apporter ce dialogue entre les différentes régions du monde ? C’est une coopération Sud-Sud, ce qui est très important. Jusqu’ici, nous avions surtout des relations avec le Nord. Mais pour le Maroc, en tant qu’acteur influent en Afrique, il est essentiel de consolider les liens avec les pays du Sud. Nous essayons donc de collaborer avec des organisations et des partis politiques confrontés aux mêmes enjeux que nous : immigration, trafic de personnes, problématiques de la jeunesse… Travailler ensemble nous permet de trouver des solutions communes et de faire entendre nos voix auprès du Nord. Les débats ont concerné notamment les conflits, les migrations et la jeunesse. Quel message souhaitez-vous faire passer à travers ces discussions ? Le message principal est d’élaborer des positions communes. Il s’agit de rapprocher nos points de vue pour faire passer nos messages via ces jeunes décideurs au sein de leurs partis et institutions, et plaider pour les causes qui nous rassemblent. Ce congrès marque aussi une nouvelle étape pour le Réseau MENA-Latina avec l’élection d’une nouvelle direction. Quelles sont vos attentes ? Au Maroc, nous occupions le poste de coordinateur exécutif du réseau. Nous sommes maintenant candidats au poste de secrétaire général du Réseau MENA-Latina et nous espérons bien l’obtenir. Plus largement, quel message adressez-vous à toutes les forces progressistes internationales à travers cette rencontre ? Il faut faire du networking, c’est essentiel. Nous ne pouvons pas relever tous les défis mondiaux sans coopération. Il est donc crucial de consolider nos forces et de travailler ensemble pour affronter les enjeux auxquels chaque région est confrontée. Propos recueillis par Alain Bouithy
Tanger. Les jeunes congressistes débattent des défis migratoires, économiques et politiques

Au deuxième jour du Congrès du Réseau MENA-Latina CONGRES. Les forces progressistes du Réseau «MENA-Latina» ont poursuivi leurs échanges, jeudi 2 avril, à Tanger dans une ambiance aussi studieuse que professionnelle. « Immigration et criminalité organisée » et « Tarifs et politique commerciale internationale » étaient au menu de la deuxième et dernière journée du Congrès dont la séance d’ouverture a été présidée, la veille, par le Premier secrétaire de l’USFP, Driss Lachguar, entouré des principaux responsables mondiaux de ce mouvement. Des thématiques qui n’ont pas laissé indifférents les congressistes, composés essentiellement de jeunes dont le Premier secrétaire a salué la veille l’enthousiasme et la volonté d’avancer, en soulignant qu’« à l’heure où la montée des populismes et de l’extrême droite s’accentue, où le sens de la liberté et de la justice est dévoyé, vous avez décidé de construire ce pont politique et humain entre le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Amérique latine ». Saisissant cette occasion, Driss Lachguar a rappelé une vérité tenace : « Nos jeunesses partagent les mêmes maux: le chômage, les migrations forcées ou non sécurisées, la défiance envers l’action politique et l’aggravation des inégalités sociales ». Avant de délivrer un message sans ambiguïté : « Mais c’est depuis le cœur de Tanger que nous affirmons aujourd’hui que nous ne partageons pas seulement les souffrances, mais aussi la volonté, les solutions et l’espoir. » Selon le programme concocté, cette journée prévoyait également des discussions sur la «Ratification des règlements internes et élections des coordinateurs pour le réseau MENA-Latina». Pour rappel, la première journée de cet important rendez-vous a été ponctuée par des échanges et discussions autour de deux thèmes : « La guerre au Moyen-Orient et ses répercussions politiques et économiques », « Afrique et Amérique du Sud : Conflits armés et paix fragile ». Deux thématiques qui ont donné lieu à un échange riche entre les panelistes et les congressistes. A noter que le deuxième Congrès du Réseau MENA-Latina a réuni plusieurs responsables et représentants d’organisations issues d’Afrique, du Moyen-Orient, du Bassin méditerranéen et d’Amérique latine. Tanger. Alain Bouithy
Joao Martins Pereira : Construire une vision commune et un avenir partagé pour les jeunes à travers le monde

INTERVIEWS. A l’occasion de la tenue du 2ème Congrès international du Réseau Mena-Latina, qui a pris fin hier à Tanger (Maroc), « Pagesafrik.com/Libé » s’est entretenu avec Joao Martins Pereira, président des jeunes socialistes européens. Ce Congrès, organisé à l’initiative de l’USFP en partenariat avec le Réseau Mena-Latina, a connu la participation de représentants d’organisations internationales et de personnalités politiques des quatre coins du monde. Pagesafrik.com/Libe : Vous avez participé au deuxième congrès du Réseau MENA-Latina organisé ici à Tanger. Qu’est-ce qui a motivé votre présence à cet événement ? Joao Martins Pereira : En tant que président des Jeunes socialistes européens, il est important pour nous d’être présents dans ce type de rencontre et de réseaux qui permettent de mettre en contact et en perspective un certain nombre de combats entre plusieurs régions du monde. Et donc, en tant que Jeunes socialistes européens, nous souhaitons accompagner ce mouvement, apporter notre point de vue, mais surtout nous inspirer des échanges et des discussions entre les composantes d’Amérique latine et de la région MENA. Nous entretenons déjà de nombreux liens entre l’Europe et ces régions, et il est essentiel pour nous de nourrir ces relations et contacts. Ce congrès a rassemblé des organisations venues d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Europe et d’Amérique latine. Selon vous, que peut apporter cette convergence politique à l’échelle internationale ? Pour nous, c’est quelque chose de majeur. Nous sommes socialistes et sociaux-démocrates et l’internationalisme fait partie intégrante de notre ADN. Il est donc essentiel de développer ce type de relations, de réseaux et de moments de rencontre. Ces espaces permettent de travailler ensemble afin de trouver des solutions communes aux problèmes internationaux. Ils permettent également à la famille socialiste mondiale d’élaborer des réponses partagées face aux grands enjeux de notre époque, notamment face à une extrême droite qui, elle aussi, s’internationalise et dispose de moyens importants. Il est donc vital pour nous de renforcer ces connexions afin de pouvoir, au final, améliorer concrètement la vie des populations et apporter des réponses rapides et efficaces aux défis auxquels elles sont confrontées partout dans le monde. Les conflits armés et les voies de la paix figuraient parmi les thèmes au cœur des discussions de ce congrès. Quel rôle les forces progressistes peuvent-elles jouer dans un monde marqué par les tensions géopolitiques ? Notre force réside justement dans cette dimension internationaliste dans notre combat. Nous ne sommes pas dans une logique d’opposition entre « eux » et « nous ». Lorsqu’il y a des conflits, nous savons qu’il existe des relais démocratiques et progressistes sur les terrains et territoires concernés. C’est une force que d’autres mouvements politiques n’ont peut-être pas à l’échelle mondiale. Cette capacité de dialogue et de coopération constitue un atout important de notre famille politique Notre rôle consiste à favoriser les rencontres entre ces forces progressistes au niveau national afin de prévenir les conflits, mais aussi d’apporter des réponses lorsqu’ils existent déjà. Nous devons incarner une alternative face à ceux qui promeuvent la guerre, les tensions et les logiques nationalistes. La question des migrations était également au cœur des débats. Quelles solutions solidaires et réalistes peuvent émerger de cette discussion entre les différentes régions ? La perspective européenne est particulièrement toute importante dans ce débat, car la question migratoire occupe aujourd’hui une place centrale dans le débat public en Europe. Cependant, il ne faut pas oublier que cette problématique concerne d’abord les pays d’origine, notamment en Afrique et en Amérique latine. Ce sont des personnes qui quittent leur territoire et leurs racines dans l’espoir de trouver une meilleure vie ailleurs. Je pense que la véritable réponse consiste à créer les conditions permettant à chacun de vivre dignement dans son pays, en sécurité et avec des perspectives d’avenir. Cela suppose une véritable solidarité internationale. Malheureusement, aujourd’hui, les financements destinés à cette solidarité sont fragilisés, aussi bien du côté des pays du Nord que des institutions internationales. Il est donc nécessaire de réactiver ces mécanismes de financement, dans la transparence, afin de montrer à quoi ils servent, de soutenir le développement et d’éviter que des personnes soient contraintes de quitter leur pays, parfois au risque de tomber dans des réseaux de trafic ou de vivre des situations dramatiques. Notre rôle consiste à créer des conditions de vie meilleures dans les pays partenaires d’Afrique et d’Amérique latine dans l’intérêt de l’Europe. Cela permet de construire des relations économiques, culturelles et humaines équilibrées, tout en évitant la fuite des cerveaux et le départ massif de la jeunesse. La jeunesse et les mutations du monde constituent un autre axe de réflexion. Comment les mouvements progressistes peuvent-ils mieux mobiliser les jeunes aujourd’hui ? A votre niveau, par exemple, avez-vous engagé des réflexions dans ce sens ? Oui, bien sûr. Les Jeunes socialistes européens sont une organisation dite «parapluie» qui regroupe des organisations nationales de jeunesse. Notre rôle consiste justement à favoriser les rencontres, les échanges et les débats afin de construire une dynamique commune. L’objectif est que les combats internationalistes soient portés simultanément en Europe, en Afrique, en Amérique latine et ailleurs dans le monde, avec un discours et une ambition partagés. Bien sûr, nous devons apporter des solutions aux problèmes hérités des générations précédentes, mais la jeunesse doit surtout construire son propre avenir, avec les jeunes du monde entier. Elle a cette force particulière : celle de regarder vers l’avenir. Propos recueillis par Alain Bouithy
La ville du Détroit à l’heure du MENA-Latina : L’USFP réunit les forces progressistes à Tanger

Les travaux du deuxième Congrès international du Réseau MENA-Latina ont été lancés mercredi 1er avril dans la ville de Tanger, en présence de nombreux invités venus d’Afrique, d’Europe et d’Amérique latine. La séance d’ouverture de ce congrès a été présidée par le Premier secrétaire de l’USFP, Driss Lachguar, aux côtés de plusieurs responsables d’organisations socialistes internationales, notamment la présidente de l’Union internationale de la jeunesse socialiste, la coordinatrice générale du Réseau MENA-Latina, la secrétaire générale des Jeunes socialistes européens ainsi que la coordinatrice générale des Femmes socialistes européennes. « Si le premier Congrès avait posé la pierre angulaire de ce projet ambitieux, le retour du Réseau à Tanger en 2026 marque son entrée dans une phase de maturité, d’enracinement et d’influence », a déclaré le Premier secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires, Driss Lachguar. Les conflits armés et les voies de la paix, les flux migratoires et la solidarité internationale, la jeunesse face aux mutations du monde ainsi que la criminalité internationale dans un contexte de bouleversements politiques et économiques profonds alimenteront les discussions prévues dans le cadre de cette rencontre qui accueille une quarantaine de participants. Créé à l’initiative des jeunes de l’USFP, d’Ettakatol en Tunisie aux côtés d’autres des pays d’Amérique latine, le Réseau MENA-Latina, comme l’a rappelé El Hassan Lachguar, coordinateur du Forum international des jeunes parlementaires socialistes, «joue un rôle important dans le rapprochement des jeunes sur des thématiques qui nous tiennent tous à cœur et dont certaines seront abordées lors de ce congrès». Alain Bouithy Renforcer les espaces de dialogueet de travail commun des jeunes Il est essentiel de renforcer les espaces de dialogue, de coordination et de travail commun des jeunes. Dans ce cadre, je tiens à saluer l’une des initiatives issues de la dynamique du Réseau MENA-Latina: le Forum international des jeunes parlementaires sociaux-démocrates. Depuis 2021, ce forum s’attache à transformer l’esprit militant commun en force de proposition, de plaidoyer et d’influence législative concrète, traduisant la conviction fondamentale que la rue et l’hémicycle ne sont pas des espaces séparés, mais la continuité d’un même combat pour le changement. Driss LachguarPremier secrétaire de l’USFP Rapprocher les jeunes sur des sujetsqui nous tiennent tous à coeur MENA-Latina est le premier réseau qui a permis de créer un lien entre les jeunes des différents partis socialistes de l’Amérique latine et ceux de la région Maghreb et nord-africaine. Partenaire du Forum international des jeunes parlementaires socialistes, il joue un rôle important dans le rapprochement des jeunes sur des sujets qui nous tiennent tous à cœur dont certains seront abordés lors de ce congrès qui sera aussi et surtout l’occasion de le restructurer pour s’assurer de l’implication des nouveaux leaders des différents partis en son sein. El Hassan LachguarCoordinateur du Forum inter nationaldes jeunes parlementaires socialistes Partager nos bonnes pratiques La région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, notamment sa capitale, Tanger, a beaucoup d’expériences dans l’organisation de rencontres internationales, surtout celles liées aux mouvements progressistes et démocrates. La rencontre du Réseau MENA-Latina à Tanger n’est d’ailleurs pas une première ; c’est presque une tradition. Nous sommes convaincus que sans coopération et coordination entre les mouvements et partis socialistes, et sociaux-démocrates, il est impossible de répondre aux besoins et aux attentes des populations. Accueillir un événement comme celui-ci nous permet de partager nos bonnes pratiques. Cela nous donne la force d’aller plus loin et de relever les défis. Mohamed AssoualiMembre du Bureau politique/Secrétaire provincial de l’USFP à Tétouan Elaborer des positions communes Le message principal est d’élaborer des positions communes. Il s’agit de rapprocher nos points de vue – la jeunesse socialiste du Maroc et les jeunes socialistes des autres pays d’Amérique du Sud, d’Afrique ou du Moyen-Orient – pour faire passer nos messages via ces jeunes décideurs au sein de leurs partis et institutions, et plaider pour les causes qui nous rassemblent. Ayoub El HachmiCoordinateur exécutif du Réseau MENA-Latina Recueillis par Alain.B
Maroc/Elections.Les principaux points du programme électoral de l’USFP
POLITIQUE. Voici les principaux points du programme électoral de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), en lice aux élections du 8 septembre :– Faire de l’inclusion sociale globale un levier de développement et un mécanisme de stabilité et de solidarité sociale, généraliser la protection sociale pour préserver la dignité du citoyen, tout en garantissant le droit à un service de santé publique de qualité et à un logement décent qui offre les conditions d’une éducation saine. – Développer une école de l’égalité des chances, ouverte sur le monde, et une université publique qui offre une formation aux normes internationales afin de favoriser la production du savoir et l’émergence de futures élites. – Renforcer la classe moyenne et lutter contre la précarité afin de soutenir le développement économique et promouvoir la paix sociale, ainsi qu’adopter un système fiscal juste et équitable pour favoriser le développement économique. – Développer l’investissement national de manière à permettre un accroissement régulier et productif des taux de croissance et d’emploi, tout en déclenchant une transformation structurelle du tissu productif pour répondre à la demande interne et à la concurrence sur les marchés internationaux. – S’orienter vers l’économie verte, consolider le développement spatial durable et œuvrer à l’augmentation des dépenses publiques relatives à la recherche scientifique en tant que facteur essentiel permettant la transition vers les modèles économiques émergents et l’innovation. – Protéger les enfants en tant que citoyens de demain, promouvoir la condition féminine dans le but de rompre avec toutes les formes d’injustice et de violence et d’impliquer pleinement les femmes dans le processus de développement. – Libérer les énergies créatives des jeunes à travers un investissement optimal dans l’éducation et l’emploi, tout en promouvant la participation politique des Marocains du monde. – Promouvoir les droits et libertés, réviser de manière globale le droit pénal marocain et veiller à la promulgation de la loi sur l’enrichissement illicite. – Promouvoir la réforme globale du système judiciaire pour accompagner la relance économique et préserver la dignité du citoyen, accélérer le processus de régionalisation avancée en tant que prélude à la justice sociale et territoriale et renforcer la gouvernance publique comme pilier à la consolidation de l’édification démocratique et de développement.
Fathallah Oualalou : Il ne faut pas avoir peur de la Chine

L’ancien ministre marocain de l’Economie et des Finances a animé le “Forum Adhérents” du CFCIM Fathallah Oualalou, ancien ministre de l’Economie et des Finances, était l’invité du dernier « Forum Adhérents », un rendez-vous d’information, d’analyses et d’échanges, organisé récemment par la Chambre française de commerce et d’industrie (CFCIM). Fin connaisseur de l’Empire du milieu, le professeur d’économie est intervenu sur le thème « Le Maroc, l’Afrique, l’Europe face à la Chine». Habitué et fidèle de ce rendez-vous, l’ancien maire et président du Conseil de la ville de Rabat a animé le « Forum Adhérents », chaque année, sans discontinuer à l’époque où il était ministre, a rappelé dans son mot de circonstance le président de la CFCIM, Philippe-Edern Klein. Avant de présenter brièvement l’éminent parcours de l’auteur de la récente publication intitulée « La Chine et nous: Répondre au second dépassement ». Durant plus d’une heure, l’homme d’Etat a partagé ses analyses et livré ses réflexions sur l’évolution économique de la Chine, agrémentant, à chacune fois, son exposé de références historiques et économiques pour bien situer le débat qui suivra. « Notre région doit tenir compte d’un phénomène important, celui de la Chine qui, en 35 ans, est passée d’un statut d’une économie en développement, à une économie émergente, à la deuxième puissance économique mondiale et, a l’ambition de devenir entre 2030 et 2040, la première puissance dans le monde», a d’emblée déclaré le ministre estimant qu’il est de ce fait important que le Maroc, le Maghreb, l’Afrique et l’espace sud-méditerranéen en tiennent compte. Cette évolution s’est faite grâce à l’adoption de nouveaux modèles de développement, a-t-il affirmé expliquant que la Chine a mis en place une nouvelle politique de réformes et d’ouverture sur le monde qui tient compte de ce qui s’est passé au Japon et en Corée du Sud, notamment. « Elle a mis en place une politique d’industrialisation fondée essentiellement sur l’exportation et sur une main-d’œuvre pas chère au départ. En même temps, le système est resté centralisé, dirigé par un parti, l’armée et un Etat ouvert sur le capitalisme qu’il protège. Ce qui est nouveau », a noté le ministre. Depuis lors, l’Empire du Milieu est devenu la première puissance industrielle, le premier exportateur de produits industriels, le premier marché émetteur de touristes, la première puissance en matière d’Internet, de téléphone mobile et même d’économie verte, même s’il est vrai qu’il figure parmi les grands pollueurs au monde. « Il est surtout devenu au cœur de la demande mondiale, notamment face à l’essoufflement des économies du Nord qui, depuis maintenant 15 ans, et surtout depuis la crise de 2008, connaissent des taux de croissance très faibles », a relevé le ministre soutenant que la demande chinoise, notamment en matières premières et en hydrocarbures, a permis à deux continents de bouger : l’Amérique du Sud et l’Afrique qui, « depuis les indépendances en 1960 jusqu’à pratiquement 2000, ne connaissait aucune avancée en matière économique ». En effet, c’est à partir de 2000 qu’« on a enregistré des taux de croissance autour de 5% et quelquefois 10%, notamment dans les pays producteurs de matières premières et d’hydrocarbures, mais aussi dans les pays qui ont réussi de grandes réformes », a noté l’intervenant. Cela a duré jusqu’à 2014. A cette date, le taux de croissance en Chine a baissé, autour de 6% et c’est ainsi qu’elle a changé de modèle de développement qui n’est plus lié à l’exportation, « mais de plus en plus au marché local. D’où l’augmentation des salaires, l’intérêt accordé à la protection sociale et à la protection en matière de santé, etc.», a-t-il ajouté. C’est dire que le monde doit s’adapter d’autant plus que la Chine, grâce à ses grandes réserves, a traversé la crise de 2008 avec sérénité et s’est même permise de lancer un plan de relance de 3.500 milliards de dollars qui a eu énormément d’effets et d’acheter, en même temps, des obligations dans tous les pays déficitaires. Avec le nouveau modèle, le ministre fait observer que la Chine a mis en place une nouvelle stratégie mondiale, une nouvelle route de la soie à trois dimensions : la route énergétique, essentiellement vers la Russie pour acheter du gaz; la route par chemin de fer et par autoroute qui passe essentiellement par les anciennes républiques qui dépendaient de l’ex-URSS jusqu’en Allemagne et la route maritime, qui passe par le Kenya vers le canal de Suez pour arriver à Tanger Med et le long de la Méditerranée. A propos de ses rapports avec l’Europe, il est à signaler que la Chine est le premier importateur des produits européens et le deuxième partenaire commercial après les Etats-Unis. En 2010, les échanges sont estimés à 1 milliard d’euros par jour et en 2014, la Chine représente 14% des échanges de l’Union européenne, juste après les Etats-Unis (15%). Mais, ce qui est important à savoir, « c’est qu’en 2002, la part de la Chine n’était que de 7%. Elle est montée à 14% alors que la part des Etats-Unis était de 24%, et a baissé à 15%». Après avoir souligné les nombreuses analogies entre la Chine et le Maroc dont l’attachement à l’intégrité territoriale, le ministre a indiqué par la suite que les rapports entre les deux pays, comme ceux entre la Chine et l’Afrique et de la Chine avec le monde arabe, sont passés d’une phase à une autre. Mais il a fallu attendre l’ouverture économique et la politique des réformes qu’elle a menées dans les années 1980 pour que sa stratégie vis-à-vis du monde arabe et de l’Afrique et donc du Maroc change pour devenir essentiellement économique. Le commerce entre les deux pays a évolué depuis les années 80 mais pas d’une façon significative, d’autant plus que la Chine, comme le Maroc, est producteur de phosphates. Elle en est même la première au monde alors que le Maroc détient les plus grandes réserves. Autant dire, un dossier important dans les relations avec la Chine. Par ailleurs, a rappelé le ministre, la Chine a