RD Congo. Ce refus d’avions qui cache un autre…

TRIBUNE. Depuis juillet 2023, le peuple congolais a assisté stupéfait à des attaques ciblées des officiels congolais contre la Monusco. D’abord le président du Sénat qui a électrisé les foules à Goma le 15 juillet 2023, demandant clairement de mettre fin au mandat des casques bleus.

Puis trois mois plus tard le tour su président de la République qui du haut de la Tribune de l’assemblée ordinaire de l’ONU du 21 septembre 2023, fustigeait l’ONU qu’il accusait d’être incapable de mettre fin aux rebellions de l’Est congolais et en conséquence de quoi, il demandait carrément son départ immédiat du territoire congolais. Il concluait son speech par ces paroles fermes et tranchantes : « Il est temps pour notre pays de prendre pleinement son destin en main et de devenir le principal acteur de sa propre stabilité ».

Cette prise de destin en main s’est révélée comme un simple leurre. Car le CongoAirways ( la compagnie nationale) ne comptait plus aucun avion de ligne. En même temps et fier curieusement, l’ONU qui était priée de quitter le territoire n’était plus sollicitée de fournir sa logistique pour distribuer les kits électoraux dans des zones les plus reculées que seuls ses avions savaient atteindre depuis les élections de 2006 jusqu’à celles de 2018.

Le peuple congolais n’a pas tiré la lumière sur la déclaration tonitruante du président de la CENI qui affirmait tout récemment à la télévision nationale qu’il manquait d’avions pour distribuer les kits. Notez que Dénis Kadima ne parlait juste pour se plaindre.

Ses déclarations consistaient à préparer l’opinion sur une lourde vérité que lui et ses proches peinent à dire au peuple, vérité d’après laquelle la centrale électorale n’est pas capable d’organiser les élections le 20 décembre 2023 prochain, c’est-à-dire dans dix jours.

La proposition de Moise Katumbi de venir au secours de la République pour céder sa flotte aérienne a été mal venue, non point seulement parce que ça ferait de l’ombrage à son adversaire politique, mais surtout parce que ça venait perturber les calculs de communication politique du pouvoir en place décidé de faire avaler les couleuvres au souverain primaire.

En proposant faire appel aux avions angolais et en recevant ce dimanche le refus catégorique du gouvernement angolais, le pouvoir de Kinshasa se sent très très “soulagé”. Et Pourquoi???

L’on est sans ignorer que le président congolais toujours dans ses déclarations à l’ONU en septembre dernier, jugeait que le plan de désengagement prévoyant un retrait à l’horizon 2024 était « anachronique ». Pour Félix Tshisekedi, les Casque bleus devait commencer à quitter le pays dès DÉCEMBRE 2023. Notez bien DÉCEMBRE 2023 qui est le mois même des élections. Ce qui revient à dire qu’en refusant l’aide des avions de l’ONU et avec la manne de la réponse négative de l’Angola s céder ses avions, le pouvoir de Kinshasa détient désormais des arguments à vendre pour repousser le scrutin.

Ce matin on pouvait lire sur la banderole au-dessus du Quartier Général de la CENI “Jour J -10” mais l’on ne se fait point d’illusions. Les carottes semblent déjà cuites et ils le savent. Le refus d’avions de la part de l’Angola vient juste corroborer un autre refus antérieur de ne pas tenir le scrutin à la date prévue par le calendrier électoral.

Le problème du pouvoir de Kinshasa n’est pas la non tenue des élections (déjà actée) mais la recherche d’une voie, d’une manière adéquate de présenter ce refus qui serait acceptable de la part de l’opinion nationale et internationale. Les jours qui viennent seront riches en surprises…

Par Germain Nzinga

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