Lopito Feijoó : «Tout ce qui nous entoure contient un motif poétique»

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Le poète angolais Lopito Feijoó

Venu à Brazzaville pour participer à la troisième édition du salon du livre de Brazzaville, M. Lopito Feijoó est un des poètes angolais qui se préfère simple appendice de poète. Starducongo a eu l’occasion de discuter avec lui.

Comment se porte la littérature angolaise ?
Lopito Feijoó :
La littérature angolaise se porte très bien. Nous avons à Luanda beaucoup d’éditeurs, les trois principaux sont, l’union des écrivains angolais qui éditent ses membres avec sa ligne éditoriale et qui a, à ce jour publié 84 titres ; l’Institut national du livre et du disque et la société des droits d’auteurs. Il y a aussi des maisons d’éditions privées mais il arrive que des écrivains publient aussi à l’étranger. En ce qui me concerne, j’ai un livre traduit en langue française et que je présenterai au salon du livre de Paris 2016. J’ai aussi des livres traduits en anglais et en italien.
J’ai également des éditeurs en Pologne et au Brésil. Tous les grands écrivains ont des éditeurs hors des frontières nationales. La première phase de développement de la littérature angolaise est fondamentalement poétique, ensuite sont arrivés le roman et la petite histoire, c’est-à-dire les contes. En réalité, la poésie vient de reconquérir son espace perdu dans les années 70 et 80. Je tiens à vous informer qu’il y a des auteurs qui s’autoéditent en passant par la commission d’enregistrement des titres et bien sûr celle du ministère de la culture.

Pourquoi ne publiez-vous que la poésie ?
Lopito Feijoó :
Ah non, je ne fais pas que de la poésie, j’ai déjà écrit trois livres de critique littéraire qui sont des études de la littérature. J’ai aussi publié trois anthologies de la littérature angolaise. J’aime beaucoup la poésie à cause du subjectivisme. Tout ce qui nous entoure contient un motif poétique. Lorsque je regarde les drapeaux, j’y vois autre chose. Lorsque je regarde une femme qui passe, ce n’est pas elle que je regarde mais ce qu’il y a de subjectif que je vois en elle. Pour moi, la poésie renferme un grand mystère dont on ne connait pas le vrai message et dont on recherche la révélation. C’est ce que je recherche dans la poésie, c’est comment faire la révélation de ce mystère qui rôde autour de la parole. La poésie se fait avec le travail de la parole, une bonne poésie ne peut se faire simplement avec les idées, même les grands idéologues ne peuvent le faire.
Mallarmé est un grand poète aujourd’hui disparu, qui affirmait que le travail de la poésie représente 99% de transpiration et seulement 1% d’inspiration. C’est à ce niveau que se situe le mystère de la poésie. En poésie, l’observation précède le travail de rédaction au bureau.

Le salon du livre de Brazzaville est-il votre première expérience de participation à ce type de manifestation ?
Lopito Feijoó
: C’est la troisième fois que je viens à Brazzaville mais c’est la première fois que je participe au salon du livre de Brazzaville. Cela fait quatre fois que je prends part au marché de la poésie à Paris. Cela fait aussi quatre ans que je prends part au salon du livre à la porte de Versailles à Paris, j’ai aussi beaucoup d’amis du Congo, de l’Afrique centrale. Je travaille avec le projet Bassin du Congo. Je pense qu’il faut internationaliser la poésie africaine et angolaise. J’ai récemment pris part à un séminaire sur la culture noire au Brésil, où je suis également membre d’une académie de lettres. Je suis correspondant d’une académie au Portugal. Je suis à cheval entre Lisbonne et Luanda.
Ce qui est déplorable, c’est que les écrivains ne se connaissent pas et le jeune angolais par exemple ne connait pas le plus grand écrivain congolais. C’est triste. Ici aussi, les congolais ne connaissent pas les écrivains angolais. Cette collaboration est très importante entre les écrivains de deux pays voisins où il suffit de deux heures de vol pour être à Luanda et vice-versa. Il ne suffit que de 400 USD pour partir de Luanda à Brazzaville et retour. Ce n’est pas cher, à mon avis. C’est donc possible que trois ou quatre écrivains congolais aillent à Luanda vivre l’expérience du livre de Luanda.

Ce manque de collaboration n’est-il pas le fait du frein linguistique avec d’un côté le français et de l’autre le portugais ?
Lopito Feijoó
: Je ne pense pas que ce soit cela. C’est possible de surmonter la difficulté linguistique entre deux territoires. Les interprètes sont là pour faciliter le contact. Vous vous représentez qu’un grand poète comme Tchicaya U’Tamsi ne soit pas connu en Angola. Pour la proximité, on peut faire traduire des recueils de poèmes en portugais pour les angolais ou en français pour les congolais, l’important c’est l’établissement de ce pont culturel entre les deux pays frères. Si on repart vers le royaume, la capitale du royaume Kongo n’est autre que Mbanza-Kongo qui est en Angolais. Cela doit être accompagné par la volonté politique qui est une chose fondamentale.
Il faut aussi reconnaître que les deux Congo ont de la bonne musique. Seule la volonté politique peut permettre la construction du pont culturel entre les pays. La musique angolaise par exemple ne marche pas bien. C’est la musique des deux Congo qui occupe l’espace angolais – à la radio, à la télévision et dans les discothèques – la volonté des artistes est là, il ne manque que celle des politiques, il faut aussi regarder la bureaucratie avec les tracasseries du visa, ce n’est pas facile de courir après le visa à l’ambassade du Congo à Luanda.

Propos recueillis par Florent Sogni Zaou

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