
La Banque africaine de développement (BAD) plaide de nouveau pour une architecture financière internationale plus équitable et propice au développement de l’Afrique.
S’exprimant dans le cadre d’une table ronde de haut niveau, tenue en marge de la 78e Assemblée générale des Nations unies, le président de la Banque africaine, Akinwumi Adesina, a déclaré que l’actuelle architecture financière mondiale constituait un frein au développement de l’Afrique.
L’ampleur des ressources fournies par l’architecture financière internationale n’est pas suffisante pour permettre à l’Afrique de réaliser ses priorités en matière de croissance et de développement, a-t-il déclaré lors de cette rencontre placée sous le thème « Vers une architecture financière internationale équitable ».
Lors de sa communication, Akinwumi Adesina a précisé que l’Afrique est confrontée à un déficit de financement de 1.200 milliards de dollars à l’horizon 2030 pour financer ses objectifs de développement durable.
En outre, le président de l’institution panafricaine estime que l’architecture financière internationale actuelle ne fournit pas un financement climatique à l’échelle nécessaire pour permettre à l’Afrique de s’adapter au changement climatique.
Et ce dernier de rappeler : « L’Afrique ne contribue qu’à hauteur de 3% aux émissions mondiales et souffre de manière disproportionnée du changement climatique, perdant 7 à 15 milliards de dollars par an. Ce chiffre devrait atteindre 50 milliards de dollars d’ici 2030. Pourtant, l’Afrique est confrontée à un déficit de financement climatique de 213 milliards de dollars par an jusqu’en 2030 ».
Autre constat relevé lors de cette table ronde : l’architecture financière internationale actuelle rend la restructuration de la dette africaine trop complexe à réaliser, dans la mesure où cette dernière est désordonnée, longue et coûteuse.
Selon les explications du président Akinwumi Adesina, cet état de fait pose des risques sérieux pour les pays africains confrontés au surendettement.
Ce n’est pas tout. Le patron de la banque africaine estime, par ailleurs que l’architecture financière mondiale telle qu’elle se présente aujourd’hui biaise également la répartition des ressources financières internationales d’urgence en faveur des pays les plus riches qui en ont le moins besoin.
Argument à l’appui : sur les 650 milliards de dollars de droits de tirage spéciaux (DTS) émis par le Fonds monétaire international (FMI), l’Afrique n’avait reçu que 33 milliards de dollars, soit 4,5%, a-t-il noté.
Enfin, la même architecture financière apporte des réponses budgétaires inégales aux pays en développement en période de chocs mondiaux.
Il se trouve que l’Afrique n’a reçu que 89 milliards de dollars (représentant 0,5% de la valeur mondiale) alors que le montant total des mesures budgétaires prises pour lutter contre la pandémie de Covid-19 s’est élevé à 17.000 milliards de dollars, soit 19% du PIB mondial.
Pour rendre l’architecture financière mondiale plus équitable, Akinwumi Adesina propose cinq solutions.
La première : les banques multilatérales de développement doivent déployer des instruments d’atténuation des risques, y compris l’atténuation des risques de change, pour tirer parti des quelque 145.000 milliards de dollars d’actifs gérés par des investisseurs institutionnels pour des projets liés au climat.
La deuxième solution vise la simplification de l’architecture mondiale du financement climatique, en améliorant sa coordination, et à renforcer la capacité des pays africains à accéder aux fonds climatiques.
Dans ce cadre, il estime que les prêts doivent contenir des clauses d’urgence exonérant les pays de les rembourser lorsqu’ils font face à des chocs climatiques.
La troisième solution consiste à exhorter les banques multilatérales de développement à modifier leurs modèles économiques afin de fournir aux pays africains des volumes plus importants de financements concessionnels.
Pour le président de la Banque africaine de développement, il est nécessaire d’accélérer la mise en œuvre du cadre commun du G20 pour le traitement de la dette afin d’accélérer la restructuration et la résolution de la dette.
L’autre solution, la quatrième, vise l’amélioration de la capitalisation des banques multilatérales de développement. Ce qui va nécessiter une augmentation de leur base de capital, en particulier par le biais de fortes augmentations du capital versé, ce qui est nécessaire pour obtenir davantage de financement.
Quant à la cinquième solution, le président de la BAD propose de canaliser vers les banques multilatérales de développement une partie des droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI provenant des pays donateurs de DTS.
Le président Akinwumi Adesina a saisi cette occasion pour rappeler que la BAD et la Banque interaméricaine de développement avaient mis au point un modèle qui permettrait de multiplier par trois ou quatre l’effet de levier des DTS, tout en préservant la qualité de leurs actifs de réserve.
Alain Bouithy