Congo-Brazzaville : Une campagne lancée, une nation toujours en débat

Congo-Brazzaville : Une campagne lancée, une nation toujours en débat

Les Congolais restent dans l’attente des consignes des non-participants à l’élection présidentielle. SANS DETOUR. Le 28 février, la République du Congo a officiellement ouvert la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle du 15 mars. Pendant deux semaines, sept candidats sont appelés à convaincre les électeurs. Parmi eux, le président sortant Denis Sassou Nguesso, face à Gavet Elengo Melaine Destin ; Kignoumbi Kia-Mboungou Joseph ; Mafoula Uphrem Dave ; Manangou Vivien Romain ; Mavoungou-Zinga Mabio ; et Nganguia Engambe Anguios. La machine électorale est en marche. Mais la nation, elle, demeure traversée par un débat fondamental : faut-il participer ou non à cette élection ? Un débat persistant en pleine campagne électorale Alors que les candidats déclarés ont choisi d’entrer pleinement dans la compétition électorale, une frange importante de la classe politique observe encore une posture d’attente, voire de réserve stratégique. Le débat entre participation et non-participation demeure ouvert et continue de structurer en profondeur l’espace politique congolais. Mais une question s’impose désormais : ce débat sert-il encore véritablement la cause démocratique, ou risque-t-il de s’enfermer dans une répétition stérile, sans impact réel sur l’issue du processus électoral ? Au cœur de cette attente se trouve le Rassemblement des forces du changement, dirigé par Clément Mierassa. Lors d’une tribune télévisée réunissant l’ensemble de ses responsables, cette plateforme avait annoncé qu’elle rendrait publiques des consignes claires concernant sa position face à l’élection. Par ailleurs, l’un de ses principaux leaders, Jean Jacques Serge Yhombi Opango, président du Rassemblement pour la démocratie et le développement (RDD), a confirmé que ces orientations seraient prochainement formulées. Cette annonce maintient l’attention et alimente l’attente d’une clarification politique susceptible d’influencer le positionnement d’une partie significative de l’opinion. À ce jour, de nombreux Congolais restent suspendus à ces consignes, espérant qu’elles viendront éclairer le débat national et préciser la posture à adopter dans le contexte électoral actuel. Les limites stratégiques de la non-participation Ainsi, si les participants ont marqué un premier pas dans le processus électoral, les non-participants — ou les indécis stratégiques — n’ont pas encore dit leur dernier mot. Le paysage politique demeure en tension, suspendu à des orientations susceptibles d’influencer une frange importante de l’opinion. Parmi ceux qui ont choisi de ne pas prendre part à l’élection figure Modeste Boukadia, président du CDRC, qui appelle à une transition cogérée. Une telle perspective soulève toutefois la question des moyens concrets de sa mise en œuvre. Sans leviers de pression structurés — notamment l’appui des organisations syndicales ou l’adhésion de segments de la force publique — cette option apparaît, à ce stade, difficile à traduire en dynamique politique effective. Une certitude institutionnelle Malgré l’intensité des débats, une évidence s’impose : au terme du processus électoral, un président sera proclamé et exercera le pouvoir pour un mandat de cinq ans. À l’instar de la Constitution, qui s’impose à tous — qu’on l’ait approuvée ou contestée —, le verdict des urnes produira un cadre institutionnel auquel la nation devra se conformer. Il semble peu probable que des acteurs politiques incapables de s’accorder en amont sur une stratégie commune puissent, en aval, constituer un front cohérent et efficace pour contester les résultats. D’autant plus qu’une contestation crédible suppose des preuves tangibles de fraudes ou d’irrégularités. Or, comment réunir de tels éléments lorsqu’on n’a pas pris part au processus, ni déployé de représentants dans les bureaux de vote, ni participé aux mécanismes de contrôle électoral ? Même les stratégies de lobbying évoquées par certains, notamment par Maître Brice Nzamba, risquent de se heurter à des limites pratiques et politiques si elles ne s’appuient pas sur des éléments factuels solides et vérifiables. L’histoire politique récente du pays invite ainsi à la prudence quant à l’hypothèse d’un front post-électoral unifié capable d’inverser ou de bloquer une dynamique institutionnelle déjà enclenchée. Mais au-delà de ces considérations stratégiques, un problème plus fondamental mérite d’être posé. L’angle mort de la campagne : le projet de société La campagne est lancée. Les meetings se multiplient. Les discours s’enchaînent. Pourtant, le débat sur les projets de société demeure étonnamment discret. Le président sortant prône « la continuité de la marche ». Mais quelle marche ? Il existe plusieurs types de marche : la marche nordique, structurée et méthodique ; la marche sportive, rythmée et performante ; la marche d’endurance, collective et disciplinée ; la marche urbaine, culturelle et pédagogique ; ou encore la randonnée, exigeante et orientée vers un objectif clairement défini. Parler de continuité sans préciser la nature, le cap et les indicateurs de cette marche revient à entretenir une ambiguïté stratégique. Continuer, oui — mais vers quoi ? Selon quel modèle de développement ? Avec quelles priorités nationales clairement hiérarchisées ? Quant aux autres candidats, leur discours s’articule principalement autour de la critique du mandat sortant. L’attaque supplée la proposition. La dénonciation tient lieu de programme. L’opposition semble davantage structurée contre un homme que pour une vision alternative structurée. Une responsabilité collective Plus préoccupant encore : l’exigence citoyenne d’un projet de société formalisé ne s’impose pas comme thème central du débat public. Le risque est alors de réduire l’élection à un choix de personnes, d’alliances ou de stratégies, plutôt qu’à un choix de trajectoire nationale. La question fondamentale n’est pas seulement de savoir qui participera, qui appellera au boycott, ou qui donnera des consignes. Elle est de savoir quel projet commun portera la nation au-delà du scrutin. Vers un projet commun institutionnalisé Cette situation offre l’occasion de réitérer une proposition formulée dans l’ouvrage Kongo Ya Sika : Et, si nous créions notre démocratie ? : l’institutionnalisation d’un Dialogue national permanent — ou d’une Conférence nationale souveraine — comme cadre structurant de l’élaboration d’un projet commun de société. Un tel cadre permettrait d’identifier les priorités nationales consensuelles ; de définir des objectifs stratégiques clairs à moyen et long terme ; d’inscrire ces priorités dans une feuille de route que le président élu aurait l’obligation politique et morale d’exécuter. Dans cette perspective, l’élection présidentielle ne serait plus seulement la désignation d’un dirigeant, mais le choix d’un exécutant

République du Congo/Election présidentielle de mars 2026. Un l’emportera, mais convaincra t-il les Congolais?

République du Congo/Election présidentielle de mars 2026. Un l’emportera, mais convaincra t-il les Congolais?

SANS DETOUR. Le 28 février 2026, s’est ouverte, en République du Congo, la campagne électorale pour le scrutin présidentiel des 12 et 15 mars 2026. Y sont en lice, l’actuel Chef de l’Etat, le Président Denis Sassou Nguesso et six autres compétiteurs que sont MM. Melaine Destin Gavet Elongo, Joseph Kignoumbi Kia Mboungou, Anguios Nganguia Egambé, Mabio Mavoungou Zinga, Uphrem Dave Mafoula et Vivien Romain Manangou. Pour l’opinion congolaise, la presse internationale le soulignant également, c’est une élection sans enjeu véritable. Le Président Denis Sassou Nguesso afftontera des concurrents aux moyens limités, au regard des contraintes financières et autres impératifs logistiques qu’impose une campagne difficile, sur un territoire d’accès pas toujours facile, en certains espaces. Si l’élection du Président Denis Sassou Nguesso semble profiler à l’horizon, une question majeure se pose à propos. Qu’apportera de mieux sa manière de gouverner, en cas de victoire? Sous son mandat qui se termine, la République du Congo, riche en ressources naturelles, notamment pétrolières et forestières, peine à se moderniser et à offrir une meilleure qualité de vie à ses citoyens. Les séquences présidentielles du Chef d’Etat Congolais, à la suite du 5 février 1979 exclues, le Président Denis Sassou Nguesso, au pouvoir, depuis le 25 octobre 1997, promet de poursuivre les réformes. De même qu’il s’engage à renforcer le processus systématique d’optimisation des capacités, de la responsabilité et de l’efficacité des institutions du pays. Cependant, les critiques soulignent que le Congo manque de transparence et de rigueur dans la gestion et la définition d’objectifs et d’attentes précis ainsi que les dispositions d’adaptation aux environnements changeants. Ce à quoi s’ajoute un respect non affirmé des lois et règlements établis par le pays lui même. Pour tout dire, le Congo traine le pas dans son développement, au sens plein du terme, et les richesses du pays profitent plus à une minorité qu’a l’ensemble de la population nationale. Il est vrai que le Président Denis Sassou Nguesso a lancé des projets d’infrastructures, telles la modernisation du port de Pointe-Noire et du Chemin de Fer Congo Océan ainsi que la construction de routes. Mais, il reste beaucoup à faire pour améliorer le quotidien du plus grand nombre des Congolais. La problématique de la modernisation du pays est d’autant plus cruciale que la population congolaise est majoritairement jeune et en croissance rapide. Il est donc essentiel de créer des opportunités d’emplois et de formation pour ces jeunes aux fins d’assurer leur avenir et celui du pays. Ceci dit, la question qui taraude l’esprit des Congolais est de savoir si le Président Denis Sassou Nguesso, une fois réélu, serait à mesure d’imposer une autre manière de diriger, plus juste, plus stricte, plus diaphane et moins parentale. En clair, changer son style de gouvernance pour mieux répondre aux attentes congolaises. Ce qui nécessiterait une volonté politique forte de la part du Président Denis Sassou Nguesso et de tous les acteurs politiques du pays qui l’accompagnent dans sa campagne électorale. Des voix s’élèvent pour souhaiter un dialogue, au sortir de l’élection présidentielle, quel qu’en soit le vainqueur. Au gagnant de ce scrutin, donc Chef d’Etat en chaire, d’organiser un tel dialogue. Mais ce sera un rendez-vous sans grand intérêt. Deux motifs à cela. Le Président entrant mettra plutôt en œuvre son projet de société à la base duquel il a été voté. Ensuite, ceux de ses alliés voudront que leur schéma soit intégralement appliqué plutôt qu’une kyrielle de réformes qui sortiraient des contributions populaires rassemblées dans une salle, au risque de perdre les raisons pour lesquelles ils ont soutenu leur champion. Sans compter qu’un dialogue après les élections pourrait être vu comme un moyen pour le nouveau Président de la République de légitimer son mandat. C’est pourquoi, pour beaucoup de Congolais, dans le contexte politique actuel, un dialogue national inclusif, avant les élections, aurait été plus pertinent, pour définir un cadre commun et des priorités nationales, plutôt que de laisser le nouveau Président imposer sa propre vision. Cela n’a pas été possible. Il faut avancer. Quitte à s’en tenir à la manière dont les choses se dérouleront après les élections, une fois installé dans ses fonctions le Président rentrant. Même un gouvernement d’union nationale n’est pas la solution idéale au changement qu’appellent les Congolais de leurs voeux. Ce sera un ordinaire placement des figures de divers horizons qui tableront sur le programme du nouveau Président. Le gouvernement d’union nationale est une clé de façade. Au cas où les parties rassemblées ne partageraient pas une identité de vue, la coalition pourrait se transformer en une simple répartition de postes et de ministères. L’opportunisme politique aura joué, avec tout ce qu’il comporte de manière d’utiliser au mieux les circonstances mettant à profit les occasions favorables, au détriment de l’éthique, de la morale et des causes nationales justes. A tout prendre, un programme commun de gouvernement pourrait être une approche plus intéressante. Mais cela nécessite un niveau de consensus et de compromis très élevé entre les camps concernés. Et même là, les crises pourraient naître, car les intérêts divergeant, les ambitions personnelles pourraient prendre le dessus. C’est pourquoi, il est essentiel que les acteurs politiques congolais soient capables de mettre de côté leurs intérêts personnels, leurs appétits et leurs basses envies de s’enrichir pour le bien du pays. Mais c’est un défi de taille. Que faire alors? Il faudra probablement que les forces de l’opposition et la société civile, mieux organisées, continuent à pousser pour des réformes, même si cela se fait dans des circonstances non aisées. Au demeurant, une prise de conscience des citoyens congolais qui exigeraient des nouveaux dirigeants plus de transparence, plus de responsabilité, plus de sens civique et plus de réussite dans leur action. Ce qui impliquerait une mobilisation et une organisation, pas encore là, mais qui sont à construire. Le Congo est immortel. Paris 28 février 2026 Ouabari Mariotti Ancien Ministre – République du Congo

Farida Bemba Nabourema : Croire qu’une alliance entre un pouvoir américain guidé par l’intérêt et des autocrates africains puisse produire la liberté relève de l’absurde

Farida Bemba Nabourema : Croire qu’une alliance entre un pouvoir américain guidé par l’intérêt et des autocrates africains puisse produire la liberté relève de l’absurde

Le salut de l’Afrique ne viendra ni de la Maison-Blanche ni des parrains de nos autocrates, mais du courage, de la lucidité et de la dignité de ses propres peuples. Voilà en substance le message que livre Farida Bemba Nabourema dans une tribune incisive qui déconstruit avec vigueur l’illusion d’un salut politique venu de Washington. La militante togolaise des droits humains, écrivaine et universitaire y dénonce la croyance, qu’elle juge dangereusement naïve, selon laquelle une alternance ou une posture américaine pourrait libérer les peuples africains de leurs régimes autoritaires. A lire ci-dessus. « Certains, sur ce continent, persistent dans une naïveté presque pathologique, rêvant que Donald Trump viendra les délivrer de leurs tyrans domestiques. J’en reste abasourdie. Il faut avoir perdu tout sens politique pour en arriver à des raisonnements aussi indigents. « Trump viendra sauver le Togo ». « Trump viendra libérer le Cameroun ». Comme si la Maison-Blanche était un dispensaire pour peuples abandonnés. Depuis quand Trump mène-t-il une croisade pour la liberté des peuples ? Ses alliances stratégiques au Moyen-Orient, avec l’Arabie saoudite, l’Egypte ou Oman, sont-elles des modèles de démocratie libérale ? Ces régimes ne sont pas leurs alliés par miracle. Ils le sont parce qu’ils servent des intérêts. Rien d’autre. Lorsque Washington agit contre un dirigeant comme Maduro ou Khoméni, ce n’est pas pour défendre un quelconque principe démocratique: Il n’en a que cirer comme tout le reste de l’occident d’ailleurs. Trump ne combat pas les dictatures. Il combat les gouvernements qui refusent de se plier aux exigences américaines et qui ose les défier. Nuance fondamentale que certains refusent de voir. Ce n’est pas la nature autoritaire d’un régime qui dérange Mai’s son degré d’obéissance. Et que dire de nos propres dirigeants, ces chefs sans colonne vertébrale, prêts à troquer la liberté de leur peuple contre une assurance vie politique ? Ils n’attendent même pas qu’on les somme de se plier. Eux même offrent la soumission. Ce sont des serviteurs volontaires Leur seule ambition consiste à durer au pouvoir quitte à brader les ressources, les institutions, la dignité nationale. Eyadema l’a fait dès 1967 quand il a demandé à l’état d’Israël d’assurer sa protection sur le plan militaire et diplomatique en échange de ses services. Imaginer que de tels hommes seraient menacés par Trump relève du fantasme. Croire qu’une alliance entre un pouvoir américain guidé par la seule logique de l’intérêt et des autocrates africains obsédés par leur survie produira la liberté relève de l’absurde. Le salut d’un peuple ne vient pas des patrons de nos dictateurs qui leur sont loyaux et fidèle depuis des décennies. Elle exige du courage, de la lucidité et un minimum de dignité nationale. Ceux qui fantasment sur un sauvetage trumpien devraient commencer par se demander si leurs propres oppresseurs sont en conflit avec Washington. La réponse est embarrassante. Farida Bemba Nabourema Citoyenne Africaine Désabusée! »

Sénégal. Yoro Dia, le gardien autoproclamé de Macky sall qui refuse de quitter la scène

Sénégal. Yoro Dia, le gardien autoproclamé de Macky sall qui refuse de quitter la scène

PARLONS-EN. Après la chute de son mentor, l’ex-président Macky Sall, dont il fut le zélé ministre conseiller chargé de la communication, Yoro Dia refuse obstinément de quitter la scène. Le rideau est tombé sur le régime du « gouffreur » économique depuis belle lurette, mais l’homme, lui, campe toujours sous les projecteurs. À intervalles réguliers, avec une ponctualité de métronome, il surgit sur X pour décocher ses flèches contre Ousmane Sonko et son gouvernement. Yoro Dia, ancien locataire des couloirs dorés du pouvoir, s’est reconverti en vigile numérique de la vertu publique. Depuis son perchoir virtuel, il distribue bons et mauvais points avec la gravité appliquée d’un professeur surveillant une classe… qu’il a lui-même contribué à mettre sens dessus dessous. Le voilà donc qui s’étrangle dans les colonnes du journal Vox Populi, affublant Sonko du titre de « gardien des illusions ». Rien que ça. D’un revers de tweet, il dégaine aussi le spectre commode de « l’anachronisme politique » cette bouée rhétorique toujours bien utile quand il s’agit d’expliquer le présent sans trop fouiller le passé. Mais permettez qu’on s’étonne. Car enfin, qui tenait la barre pendant que le navire économique prenait l’eau ? Qui était aux premières loges quand la dette enflait comme un soufflé oublié au four, quand les promesses de prospérité se muaient en additions salées pour le contribuable ? Aujourd’hui, l’ancien architecte du système découvre soudain les vertus de la lucidité économique. Une illumination tardive, presque mystique. Dr Yoro Dia nous explique désormais, d’un ton professoral, que le Sénégal aurait besoin d’une révolution économique « à la Franklin D. Roosevelt ou à la Lee Kuan Yew ». Rien que ça. Le New Deal sur la corniche, Singapour version Sandaga le tout servi clé en main. On croirait entendre un consultant fraîchement débarqué d’un colloque. Puis vient le grand numéro dramatique : la mise en garde contre les « gardiens de la révolution » façon Joseph Stalin, Adolf Hitler ou Maximilien Robespierre. L’argument massue, le point Godwin version tropicale. Quand les munitions politiques se raréfient, on sort l’artillerie historique, effet garanti, nuance facultative. Sauf qu’à force de caricaturer, on finit par manquer la question essentielle : pourquoi, au juste, certains qualifient-ils Sonko de « gardien de la révolution » ? La réponse tient moins du slogan que d’un parcours. Depuis le début, l’homme incarne, aux yeux de ses partisans, le combat, la constance et une détermination rarement prise en défaut. Il a porté un discours de rupture, dénoncé ce qu’il présente comme des injustices systémiques et, surtout, mobilisé une jeunesse longtemps en quête de débouché politique. C’est dans ce terreau que Sonko a su conquérir des cœurs et insuffler, qu’on le conteste ou non, un véritable imaginaire de rupture dans le pays. Pas forcément une révolution au sens historique du terme mais suffisamment d’élan pour bousculer les lignes établies. Nuance que les procès d’intention digèrent mal. Sur le terrain, en tout cas, la musique est différente. Pendant que certains recyclent des métaphores poussiéreuses, une frange bruyante, déterminée et parfaitement éveillée de la jeunesse sénégalaise voit en Sonko non pas un « gardien d’illusion », mais le vigile d’un espoir longtemps confisqué. Appelez-ça naïveté si vous voulez. Eux appellent ça respiration. Et puis cette phrase finale, presque prophétique : « Le temps ne chôme pas. » Sur ce point, au moins, tout le monde tombera d’accord. Le temps travaille méthodiquement. Il classe les bilans, trie les héritages et expose les responsabilités comme on étale du linge au soleil. Alors oui, le temps ne chôme pas. Et c’est peut-être bien cela qui inquiète le plus ceux qui, hier encore, tenaient la montre. Par Malick BA Journaliste

Congo. Le Vrai Bilan de 42 ans de Gestion Opaque de l’Etat-PCT

Congo. Le Vrai Bilan de 42 ans de Gestion Opaque de l’Etat-PCT

Symposium de l’ARD des 22 et 23 février 2026 POLITIQUE. En réaction au faux Bilan de l’Etat-PCT, et pour éclairer l’opinion nationale et internationale, l’Alliance ARD dresse une Autopsie sans concession de l’échec retentissant de 42 ans de pouvoir sans partage, à travers 5 sous-thèmes, progressivement publiés ici. Sous-thème n° 1 : « La question nationale, les replis identitaires sectaires, le noyautage clanique des postes à responsabilité au sommet de l’Etat, le délitement de l’unité et de la concorde nationales, la transformation de la République en un patrimoine privé et/ou clanique, les mensonges honteux débités sur la paix, l’unité nationale et le vivre-ensemble » Dans tous les pays du monde, l’idée de nation est centrale. Elle est le fondement nécessaire de l’Etat centralisé et se réfère toujours à l’unité et à la concorde nationales, au vivre-ensemble et à la convivialité. L’expérience historique enseigne que de tout temps, la question nationale a été au cœur de la réflexion sur le développement des sociétés humaines. En effet, partout dans le monde, un pays n’accède au statut de nation que si les différentes communautés humaines qui y habitent manifestent une volonté consciente et partagée de vivre ensemble, malgré leurs différences d’appartenance familiales, ethniques, régionales, raciales, idéologiques, philosophiques, religieuses ou autres, si ses décideurs œuvrent à la construction et à la préservation de l’unité et de la concorde nationales, et s’ils gèrent les affaires publiques au profit de l’intérêt général et non pas, au profit exclusif de leurs intérêts personnels, de ceux de leurs familles, clans, ethnies, régions, races d’appartenance, c’est-à-dire, s’ils œuvrent pour le bien-être politique, économique, social, culturel et environnemental du plus grand nombre. Là où il y a des divisions chroniques et des conflits fratricides récurrents entre les différents groupes humains qui composent une société donnée, il n’y a pas de nation. C’est le vouloir-vivre collectif qui fait essentiellement une nation. L’amour de la patrie, la conscience nationale, l’unité et la concorde nationales, le vivre-ensemble sont des attributs structurels de la nation, tandis que les divisions entre les communautés, les discriminations, les inégalités et les injustices sociales en sont des facteurs destructeurs. Dans cet esprit, au Congo-Brazzaville, l’hymne national, intitulé la Congolaise exhorte les Congolaises et les Congolais à : 1- S’unir impérativement, aux fins d’édifier un seul peuple, des forêts à la savane, de la savane à l’océan ; 2- Contribuer à construire partout, l’unité du pays entier ; 3- Chanter avec ivresse la devise du Congo : « Unité-Travail-Progrès ». Dans la même veine, l’article 77 de la Constitution du 25 octobre 2015, relatif au serment prêté par le président de la République, lors de son entrée en fonction dispose : (…) Devant la nation et le peuple congolais, moi (untel), président de la République, je jure solennellement de : – Respecter et faire respecter la Constitution ; – Défendre la nation et la forme républicaine de l’Etat ; – Préserver l’unité nationale, l’intégrité du territoire national, la souveraineté et l’indépendance nationales ; – Garantir la paix et la justice à tous ». Violant allègrement ces prescriptions de la loi fondamentale, l’Etat/PCT a transformé la République du Congo, patrimoine commun de tous les Congolais, en une propriété privée d’un homme, d’une famille, d’un clan, le clan des NGUESSO. Aujourd’hui, en tant qu’Etat, la République du Congo n’existe plus. La capitale du pays n’est plus Brazzaville, mais Oyo, le village natal du président de la République. Les décisions importantes de l’Etat ne sont plus prises en Conseil des ministres à Brazzaville, mais en cercle familial à Oyo. Le pouvoir est « familialisé ». Les Institutions de la République font désormais office de faire-valoir. Le président de la République, son épouse, ses enfants, ses petits-enfants, ses frères, ses neveux, ses maîtresses et ses beaux-parents ont fait main basse sur les richesses du pays. Pendant que le peuple galère, ils baignent dans une opulence scandaleuse et un luxe insolent. Ils passent le plus clair de leur temps dans les jouissances mondaines. Le chef de l’Etat, qui hier pourfendait avec une virulence rare la nature ethno- régionaliste exacerbée du pouvoir dirigé par son prédécesseur, l’ancien président Pascal LISSOUBA, a érigé le népotisme, l’ethnocentrisme, le régionalisme, la préférence ethno-régionale, le favoritisme et le clientélisme en système. Le journaliste français Stéphen SMITH apporte à ce sujet un témoignage édifiant dans son livre « Négrologie » Il y déclare en substance : (…) De retour au pouvoir depuis 1997, après en avoir été chassé en 1992, Denis SASSOU NGUESSO ne fait plus confiance qu’à sa famille et à sa tribu (…). Sa fille Claudia est chargée de sa communication (…). A Brazzaville, une autre fille présidentielle, Ninelle est également conseillère de son pater, qui a nommé son époux, Hugues NGOUELONDELE, député maire de la capitale. Un autre fils du chef de l’Etat, Denis Christel NGUESSO, est le directeur du bureau londonien de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), qui assure l’essentiel des revenus du pays. Il travaille main dans la main avec un autre parent, Bruno ITOUA, patron de la SNPC. L’or noir est ainsi géré en famille, sans droit de regard du ministre des finances sur les pétrodollars du trading. Au quotidien, le plus proche collaborateur du président est son neveu et conseiller spécial, Jean Dominique OKEMBA. Deux autres neveux occupent également des postes clés : l’un, Edgard, comme directeur du domaine présidentiel, l’autre, Willy, à la tête de la Société congolaise des transports maritimes (SOCOTRAM) (…)¹. Par des pratiques népotiques, ethnocentristes et régionalistes exacerbées, L’Etat/PCT s’est tristement illustré comme un fossoyeur infatigable de la nation, de la République, des institutions constitutionnelles, de la paix sociale, de l’unité et de la concorde nationales. De mémoire de Congolais, jamais un pouvoir politique n’avait autant divisé les Congolais et créé une fracture sociale aussi abyssale entre le Congo profond et les tenants du pouvoir. Pour illustrer cette transformation de la République en une épicerie familiale et cette « familialisation » outrancière du pouvoir, nous analyserons la gouvernance de l’Etat/PCT dans trois secteurs stratégiques de

Congo : lutte clanique de succession, guerre de tranchées, imbroglio électoral sur fond de mécontentements et de remous sociaux (lecture en 4 minutes)

Congo : lutte clanique de succession, guerre de tranchées, imbroglio électoral sur fond de mécontentements et de remous sociaux (lecture en 4 minutes)

PARLONS-EN. La République du Congo est secouée par des rivalités internes féroces au sein du pouvoir, alors que la course à la succession de Denis Sassou Nguesso s’intensifie à la veille de la présidentielle 2026. Plusieurs « axes » s’affrontent, affaiblis par des purges et des scandales, dans un climat de tension palpable où les populations paient le plus lourd tribut. L’éclatement des axes de pouvoir n’est plus à cacher. L’axe Ondébé-Obouya, piloté par Jean-Dominique Okemba et Ndenguet, s’effrite sous les coups de boutoir du président lui-même, qui semble promouvoir l’ascension de Denis Christel Sassou Nguesso. A l’opposé, l’axe Ollombo-Gamboma porté par Oba Pierre, Bruno Jean Richard Itoua (BJRI), Pierre Ngolo, Oba Apounou et Hugues Ngouélondélé houspillé publiquement par Auguste Iloki mais il domine actuellement les Mayolas et Cie (affaiblis par des affaires de détournements de fonds qui les ont conduit à la Cour criminelle avec risque d’emprisonnement). Hugues tente de prendre de l’étoffe. Son clan s’affirme avec un récent rassemblement des natifs de Gamboma le 25 février, boosté par la visibilité d’un récent colloque international sur Mgr Benoît Gassongo, organisé pour propulser subtilement le candidat Sassou. Ces luttes claniques déstabilisent l’appareil économique pillé dès 2016 par des figures comme Jean Jacques Bouya (JJB), BJRI, Gilbert Ondongo et Firmin Ayessa, alors directeur de cabinet de M. Sassou. Les entreprises d’État – SNE (devenue E2C), SNDE (LCDE) et CFCO – ont été démantelées sans audit exhaustif, en dépit des recommandations du FMI et de la Banque mondiale consignées dans leur rapport de mai 2018 sur la gouvernance des entreprises publiques. Seule Congo-Télécom a été audité et épargné au sort, pour l’instant. Isolement de Sassouet guerre de tranchées Le tarissement des leaders alternatifs dans le sud et l’émiettement des forces dans le nord isolent M. Sassou plus que jamais, rappelant les crises de 1977 (mort de Marien Ngouabi) ou 1997 (guerre civile). L’abstention massive guette les urnes, malgré les mobilisations d’Elvis Digne Okombi Tsalissan pour rassurer les Occidentaux de la popularité de M. Sassou. A cela s’ajoutent des frustrations et des divisions entre responsables de campagne et parlementaires sur les fonds qui leurs sont alloués : « certains sont bien servis par Joujou Sassou, d’autres n’ont que des miettes ». En même temps, le PCT et les partisans d’Elvis Okombi Tsalissan se livrent une véritable guerre de tranchées dans les coulisses de la campagne présidentielle, avec des accusations mutuelles de sabotage et de manipulation. Cette escalade interne menace de fracturer l’ensemble de la coalition, tandis que les militants sur le terrain peinent à maintenir le cap. Parallèlement, les réseaux sociaux s’emparent de l’affaire, amplifiant les tensions et exposant au grand jour les dysfonctionnements au sein de la majorité au pouvoir. La réorganisation du secteur pétrole et gaz par BJRI et JJB, dont la gestion in extremis confiée à Raoul Ominga qui montre des failles mais soutenu par Françoise Joly, resserre l’étau sur Sassou et son fils perçu comme fragile et mal entouré. Le puzzle d’un drame shakespearien est en place : chacun choisit son camp, gérant les apparences d’un pouvoir dont la réalité explosive échappe à tout contrôle. Au gouvernement, Christian Yoka stagne : les figures comme Ludovic Ngatsé, Eboucka Babackas, Nyck Fylla, Alphonse N’Silou, Pierre Mabiala, Rigobert Maboundou, etc., perdent en popularité face à un exécutif jugé incompétent par la population qui réclame le changement radical de ce gouvernement. Mais il est à craindre que l’accord du pouvoir initié par N’Silou ( peur de quitter le gouvernement après 23 ans) entre partis de la majorité risque de figer le statu quo, contraignant M. Sassou à maintenir son gouvernement actuel. L’administration et les autres secteurs de la vie sociale ne sont pas en marge des remous. 23 magistrats de la Cour des Comptes et de discipline budgétaire ont refusé de percevoir leurs indemnités sous prétexte que le budget de la CCDB a été vu à la hausse. Ils exigent auprès de la gestionnaire une augmentation de leurs indemnités de trois cents mille à un million de fcfa en dehors de leurs salaires, tandis que les enseignants communautaires, les personnels des hôpitaux, les retraités avec 50 mois d’arriérés, les agents des mairies, continuent de broyer du noir. Quelle responsabilité! Il est certain qu’avec les exigences de ces magistrats, les recrues de la nouvelle formule code 104 d’Aimé Bininga qui sont en route, donneront du fil à retordre à son successeur d’Aimé Bininga pour le paiement de leurs émoluments. Lesdits magistrats qui ignorent les textes, seraient poussé par la chancellerie et Cie pour créer le désordre à 48h00 des élections. Appel aux hommes de foi : sortez de la passivité Face à ce drame Shakespearien, un appel aux leaders religieux : sortez de votre passivité pour proposer une alternative et un renouveau politique lucide plutôt que de se figer dans une posture de spectateurs et regarder le pays se déliter, ils devraient forger une stratégie autonome et promouvoir les leurs pour apporter un nouvel éclairage qui pourrait permettre de sauver le Congo. Dans tous les cas, un aggiornamento politique lucide s’impose pour sortir de l’impasse. Ghys Fortune BEMBA DOMBE

De Gaulle et Sassou Nguesso : la longévité du pouvoir face au jugement de l’Histoire

De Gaulle et Sassou Nguesso : la longévité du pouvoir face au jugement de l’Histoire

Si le général Charles de Gaulle n’avait pas démissionné, les Français lui auraient demandé de rester longtemps. (Denis Sassou Nguesso) PAGE D’HISTOIRE. Dans une interview accordée à un média français, le président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso, répondant à une question sur la longévité de son pouvoir, déclara que si le général Charles de Gaulle n’avait pas démissionné, les Français lui auraient demandé de rester longtemps. À cette affirmation peut être associée une réflexion plus universelle : « À l’épreuve de l’éternité, seule demeure la qualité du service rendu. ». Ces deux phrases, mises en parallèle, permettent d’ouvrir une analyse comparative approfondie sur la nature du pouvoir, sa durée, sa légitimité et la manière dont l’Histoire juge les dirigeants. La longévité : symbole de stabilité ou signe d’enracinement ? La longévité au pouvoir fascine. Elle peut apparaître comme un gage de stabilité, d’expérience et de continuité. Mais elle peut aussi susciter des interrogations sur le renouvellement démocratique et la vitalité institutionnelle. Charles de Gaulle est une figure fondatrice de la France moderne. Chef de la France libre durant la Seconde Guerre mondiale, artisan de la souveraineté nationale restaurée, il revient au pouvoir en 1958 dans un contexte de crise profonde liée à la guerre d’Algérie et à l’instabilité gouvernementale de la IVe République. Il fonde la Ve République, dotée d’institutions solides et d’un exécutif fort. Son autorité repose sur une légitimité historique et populaire. Pourtant, en 1969, après l’échec d’un référendum portant sur la réforme du Sénat et la régionalisation, il démissionne immédiatement. Il avait annoncé que le rejet de sa réforme entraînerait son départ. Fidèle à sa parole, il quitte le pouvoir. À l’inverse, Denis Sassou Nguesso incarne une continuité politique exceptionnelle en Afrique centrale. Son parcours est marqué par plusieurs décennies d’exercice du pouvoir, avec une interruption dans les années 1990 suivie d’un retour à la tête de l’État. Son maintien s’inscrit dans un contexte institutionnel où les révisions constitutionnelles ont permis l’extension ou le renouvellement des mandats. La comparaison révèle ainsi deux logiques distinctes : Une longévité volontairement interrompue au nom du principe démocratique (De Gaulle); Une longévité consolidée par l’adaptation des règles constitutionnelles (Sassou Nguesso). Le rapport personnel au pouvoir Au-delà des institutions, la question centrale est celle du rapport intime du dirigeant au pouvoir. Pour De Gaulle, le pouvoir était une mission historique. Il se percevait comme l’incarnation d’un destin national à un moment critique. Une fois la mission accomplie — stabilisation des institutions, indépendance de l’Algérie, redéfinition du rôle international de la France — son maintien dépendait explicitement de la confiance populaire. Son départ en 1969 constitue un acte politique fort : il accepte le verdict du suffrage universel. Cette décision contribue paradoxalement à renforcer sa stature historique. Il ne s’accroche pas ; il s’efface. Dans le cas de Denis Sassou Nguesso, le pouvoir apparaît davantage comme un instrument de continuité étatique. Dans un pays ayant connu des tensions politiques et des conflits, la stabilité peut être présentée comme un argument central de légitimation. Le maintien au sommet de l’État peut alors être perçu comme une garantie de cohésion nationale. Cependant, cette continuité soulève inévitablement la question du pluralisme politique et de l’alternance. Là où De Gaulle a fait du référendum un mécanisme de validation ou de révocation personnelle, le système congolais a évolué par des ajustements constitutionnels permettant la reconduction du président en exercice. La différence tient donc moins à la durée brute qu’à la philosophie du pouvoir. Institutions, référendums et culture politique Les deux trajectoires s’inscrivent dans des contextes historiques et culturels profondément différents. En France, la tradition républicaine, malgré ses crises, s’est consolidée autour d’un principe d’alternance et de limitation implicite du pouvoir personnel. La démission de De Gaulle s’inscrit dans cette culture politique où la responsabilité devant le peuple est primordiale. En République du Congo, l’histoire politique post-indépendance est marquée par des périodes de parti unique, de transitions conflictuelles et de recompositions institutionnelles. La consolidation de l’État a souvent été priorisée face aux défis sécuritaires et économiques. Comparer les deux dirigeants nécessite donc de prendre en compte ces contextes distincts. Il ne s’agit pas de transposer mécaniquement un modèle sur l’autre, mais d’observer comment chacun a exercé son autorité dans son environnement spécifique. Le développement et le « service rendu » La seconde phrase — « À l’épreuve de l’éternité, seule demeure la qualité du service rendu » — introduit la dimension la plus décisive : celle des résultats. De Gaulle laisse derrière lui des institutions toujours en vigueur, une diplomatie indépendante, une vision stratégique de la souveraineté nationale. Son héritage est institutionnel, symbolique et géopolitique. Pour Denis Sassou Nguesso, l’évaluation historique portera principalement sur : Le développement économique du Congo, La gestion des ressources naturelles, L’amélioration des infrastructures, La stabilité politique, Le bien-être des populations. L’Histoire est exigeante. Elle dépasse les justifications immédiates. Elle juge sur la durée et sur l’impact concret. Un dirigeant peut gouverner longtemps sans laisser d’empreinte profonde. À l’inverse, un dirigeant peut gouverner moins longtemps et transformer durablement son pays. La longévité face à l’éternité La déclaration de Denis Sassou Nguesso suggère que De Gaulle aurait pu rester au pouvoir si le peuple l’avait souhaité. Cette hypothèse est plausible. Mais le fait historique demeure : De Gaulle a choisi de partir lorsque le peuple a exprimé son refus. Ce geste constitue peut-être la clé de son héritage. Il illustre une conception du pouvoir où la légitimité n’est jamais acquise définitivement. À l’épreuve de l’éternité, la mémoire collective retient moins la durée que la portée des actes. Elle retient la capacité à construire, à réformer, à unir — mais aussi la capacité à respecter les règles du jeu démocratique. Conclusion : l’Histoire comme arbitre suprême Comparer Charles de Gaulle et Denis Sassou Nguesso à travers ces deux phrases, c’est interroger la nature du leadership politique. Est-ce la durée qui consacre un dirigeant ? Ou est-ce la trace laissée dans les institutions, l’économie et la conscience nationale ? La longévité peut être un

Congo. Non à la révision opportuniste de la Constitution – oui à la stabilité, et à la responsabilité républicaine

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TRIBUNE. À l’approche de l’élection présidentielle de mars 2026, certains cercles agitent l’idée d’une révision de la Constitution du 25 octobre 2015, invoquant les prétendus dysfonctionnements du quinquennat. Cette manœuvre, présentée comme un ajustement institutionnel, ressemble en réalité à un calcul politique. Depuis la sortie médiatique de Denis Christel Sassou Nguesso, ministre de la Coopération internationale et de la Promotion du Partenariat Public-Privé, des voix issues de certaines officines plaident pour la création d’un poste de vice-président, à l’image du modèle sud-africain. Mais peut-on comparer mécaniquement nos réalités politiques à celles de Afrique du Sud sans tenir compte de notre propre trajectoire institutionnelle ? Ne nous y trompons pas : derrière l’argument institutionnel se joue une guerre d’influence. La bataille des clans est ouverte. Chacun aiguise ses stratégies, non pour renforcer la République, mais pour consolider ses positions en vue des échéances à venir. La présidentielle de 2026 et les législatives de 2027 se préparent dès aujourd’hui dans les états-majors politiques, où l’enjeu réel est la recomposition du pouvoir. Le mandat 2026-2031 s’annonce comme un tournant historique. Selon la Constitution en vigueur, il serait le dernier du Président Denis Sassou Nguesso. La question de la succession devient donc centrale. Dans un contexte de rivalités exacerbées, imposer un dauphin relèverait de l’équilibrisme politique. Chaque clan aspire à l’après-Sassou, et la tension pourrait s’intensifier à mesure que l’échéance approche. Dans ces conditions, ouvrir le chantier d’une révision constitutionnelle pour créer un poste de vice-président serait perçu par beaucoup comme une manœuvre de repositionnement stratégique plutôt qu’une réforme d’intérêt national. Le peuple congolais, éprouvé par un mandat 2021-2026 jugé difficile, attend des réponses concrètes à ses préoccupations sociales, économiques et institutionnelles — non une reconfiguration opportuniste du sommet de l’État. Si changement il doit y avoir, qu’il soit profond, structurant et consensuel. Qu’il ouvre la voie à une République renouvelée, portée par de nouvelles énergies, une gouvernance apaisée et une vision claire pour l’avenir du Congo. La stabilité institutionnelle ne peut être sacrifiée sur l’autel des ambitions personnelles. L’histoire nous enseigne que l’évolution est nécessaire, mais qu’elle doit servir l’intérêt général, non les stratégies de clans. L’heure est à la responsabilité, à la lucidité et au courage politique. Qui vivra verra. Fait à Orléans, le 24 février 2026 Evrard NANGHO Le Patriote Engagé