SENEGAL. Ousmane Sonko le stratège, Bassirou Diomaye l’homme pressé

TRIBUNE. En politique, il y a ceux qui confondent agitation et stratégie. Ils courent, gesticulent, convoquent les maires, multiplient les audiences de transhumants et prennent la poussière de leurs propres précipitations pour un nuage de victoire. Puis il y a ceux qui comprennent qu’une bataille ne se gagne pas à la vitesse des réactions, mais à la maîtrise du temps. Ousmane Sonko semble appartenir à cette seconde catégorie.

Ce qui frappe dans cette séquence, c’est moins le fracas des décisions prises autour de lui que son calme presque déconcertant. Pas de panique. Pas de contre-offensive improvisée. Pas de crise de nerfs mise en scène devant les caméras. Ousmane Sonko observe, attend et laisse chacun porter le poids de ses propres décisions.

Son frère de parti ou ex frère choisit de le limoger ? Il en assume la signature. Il décide d’écarter des responsables de Pastef ? Il en porte seul la responsabilité politique. Il finit par quitter lui-même le parti et crée son parti politique ? Là encore, Ousmane Sonko ne lui retire ni la plume, ni l’encre, ni le papier. Il le laisse écrire lui-même chaque ligne de son propre récit.

C’est là que réside toute la subtilité. La politique n’est pas seulement l’art de parler ; c’est surtout l’art de choisir le moment où l’on se tait. Car celui qui répond à toutes les provocations finit toujours par devenir le figurant du scénario écrit par son adversaire.

Une vieille règle des stratèges affirme qu’il ne faut jamais offrir à son opposant le privilège de commander votre réaction. Celui qui dicte votre tempo dirige déjà une partie de la bataille. Sonko semble avoir parfaitement intégré cette leçon. Il refuse d’être entraîné dans une danse dont un autre choisirait la musique.

Il aurait pu démissionner avec fracas, entraîner derrière lui les responsables de Pastef et déclencher une purge spectaculaire. Les amateurs de feuilletons politiques auraient applaudi. Les plateaux de télévision auraient eu leur spectacle quotidien. Mais il aurait surtout validé le calendrier de son adversaire et accepté de jouer le rôle qu’on lui réservait.

À la place, il fait exactement l’inverse. Il laisse chacun signer ses propres actes, assumer ses propres ruptures et répondre devant l’opinion de ses propres choix. Pendant que certains s’épuisent à fabriquer des secousses médiatiques, lui donne l’impression de déplacer les pièces de puzzle sans jamais renverser l’échiquier.

Les joueurs impulsifs célèbrent souvent les coups d’éclat. Les joueurs expérimentés préfèrent les coups décisifs. Les premiers gagnent parfois une manche ; les seconds cherchent à gagner la partie.

En politique, le sang-froid est souvent l’arme la plus redoutable. Parce qu’il désarme les provocations, fatigue les impatients et oblige chacun à répondre de ses propres actes. Le silence, lorsqu’il est choisi et non subi, peut devenir un discours bien plus puissant que mille déclarations.

Au fond, cette séquence rappelle une vérité que beaucoup oublient : celui qui court derrière les événements les subit. Celui qui impose son propre rythme les domine.

Malick BA

Journaliste

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