L’avenir de la Françafrique se joue au Sénégal…

OPINION. L’avenir de la France en Afrique se joue présentement plus qu’ailleurs qu’au Sénégal. Le dilemme de la métropole française face au prochain scrutin présidentiel sénégalais de 2024 où elle doit choisir entre le soutien de l’illégal troisième mandat de Macky Sall et l’option en faveur de l’orthodoxie démocratique incarnée par Ousmane Sonko sera très déterminant pour le maintien de la zone d’influence française sur ses anciennes colonies de l’Afrique de l’Ouest.

Au regard des garanties assurées par le régime actuel de Dakar pour la sauvegarde des intérêts économiques de l’Hexagone, il n’est que très peu probable que la France abandonne son fidèle allié pour oser prêter main-forte à Sonko et ce, pour la simple raison qu’un maître prédateur ne peut jamais mais alors jamais se réjouir de la politique d’affranchissement de ses anciens esclaves, telle que l’incarne l’opposant Ousmane Sonko.

Et cet affranchissement est curieusement nourri par le camp des dominants. Dans quel sens? Chaque privation de liberté envisagée par Macky Sall sur Ousmane Sonko ou encore chaque tentative d’écarter cet opposant du jeu politique sénégalais en instrumentalisant la justice du pays, se retournent contre l’actuel président qui, au final, fait gratuitement la publicité de son adversaire.

Dans ce sens donc, toute tentative d’arrestation de ce bouillant opposant transforme ce dernier en martyr du combat de la conquête des libertés auprès de l’opinion d’une grande partie du peuple qui se range derrière lui. Et c’est justement là où le piège risque de se fermer sur les tenants de ce vieux système françafrique qui, en cherchant à appuyer leur ancien protégé, auront clairement défini de quel côté de l’histoire ils se positionnent.

Quelle que soit la manière où ils vont manœuvrer, l’application du schéma Ouattara à propos d’un troisième mandat au Sénégal s’avérera inévitablement la preuve du projet de maintenir le statu quo d’une politique instituée il y a plus d’un demi-siècle par Jacques Foccart mais abhorrée par la majorité de l’opinion Sénégalaise. L’usage de ce schéma sera si pas synonyme de chaos social et de très probables soulèvements de la jeunesse sénégalaise en cas de passage en force de Macky Sall, du moins facteur déterminant qui pourra précipiter les événements au pays de la Terenga et dans toute la sous-région du Sahel.

L’incertitude de l’ère post-Ouattara en Cote-d’Ivoire, le basculement du Gabon et du Togo dans le Commonwealth puis l’alliance stratégique de plus en plus en place entre ces trois voisins “indociles”, notamment le Mali, la Guinée et le Burkina Faso, constituent déjà les fissures non négligeables dans le dispositif de la Françafrique placée désormais sous haute tension. Une quelconque perte de contrôle de la France sur le Sénégal sera alors de l’huile qui sera jetée sur les braises déjà incandescentes. L’incendie pourra grossir et s’élargir sur les ex-colonies françaises jusqu’au point de réduire drastiquement la marge de manœuvre de la France dans la sous-région.

Avec cette fois-là le risque d’une réaction en chaîne, d’un effet domino, d’une espèce de raz-de-marée qui secouera les autres pays de la sous-région sous forme d’une nouvelle ère géopolitique qu’on pourra nommer “printemps sahélien”. Je me suis toujours méfié des tempêtes de sable fort régulières dans le désert, elles ont la caractéristique commune d’effacer l’ancien paysage géographique et/ou politique en l’espace d’un temps très réduit. Situation à suivre de très près…

Par Germain Nzinga

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