A Monsieur Anatole Collinet Makosso, Premier Ministre, Chef du Gouvernement République du Congo Brazzaville

Lettre ouverte au chef de gouvernement

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Le Premier Ministre Anatole Collinet Makosso et l'ancien Ministre Ouabari Mariotti. Montage ph: Pagesafrik

Monsieur le Premier Ministre

Devant l’histoire, l’opinion nationale et internationale, je viens, avec respect, par cette lettre ouverte, attirer votre attention sur l’impénétrable série noire de scènes odieuses de torture qui se répètent, dans nos villes.

Des scènes de torture qui sont des moyens directs de désintégration de notre tissu social, déjà bien fragilisé par la crise économique et la pandémie du COVID 19. Elles sont le fait des agents de notre Force Publique.

Ceux-ci ne s’en cachent pas, exécutant, avec cynisme, à visage découvert. Habillés, sans la moindre gêne, en uniforme de service qui symbolise la République. Et, par extension, contribue à la fierté de l’exercice de leur métier, répond à leurs exigences au quotidien, en terme de confort et de compatibilité avec leurs interventions sur le terrain.

Des tortures du viaduc de Kintélé, à Brazzaville, qui ont, en toute sauvagerie, entrainé le décès de deux des trois victimes, sont toujours attendues les motivations des criminels.

Sauf à penser que M. Oko Ngakala, Procureur de la République, près le Tribunal de Grande Instance de Brazzaville, ait clos le dossier par sa procédure de flagrance qui a mis aux arrêts les policiers et les autres individus présumés coupables.

Ce qui serait un déni de justice, un indéfendable dérapage et une grave atteinte aux droits des victimes, de leurs familles et une lourde entorse aux valeurs de la République.

Depuis le 13 janvier 2022, il circule, sur les réseaux sociaux, une vidéo avec une image insoutenable. Elle reproduirait une scène de torture qui aurait eu lieu au Commissariat de Ngoyo, dans la banlieue Nord de Ponte Noire, au Kouilou. Ce qui est à vérifier.

On y voit un malheureux homme, pleurant à chaudes larmes, torse nu, les bras attachés derrière le dos, étendu sur le sol, le corps et les membres inférieurs coincés, entre les pieds d’une chaise métallique par deux agents de police. Un troisième policier veille au grain.

L’acteur principal, également agent de police, fou furieux, frappe fortement, avec la lame d’une machette, les deux plantes de pieds et les orteils du malheureux, ces parties inférieures qui mettent en contact le corps avec le sol.

Dans le cas des tortures du viaduc de Kintélé, à Brazzaville, le maillet était l’arme du crime qui a causé des morts. Ce même maillet qui, sous d’autres cieux, est le symbole de l’intelligence qui unit les forces, agit et persévère, dirige la pensée. Dans le silence de la conscience, il cherche la vérité pour construire.

Au cas où les violences du Commissariat de Ngoyo seraient avérées, la machette, outil légendaire de coupe de la végétation, pour des travaux champêtres, dans notre culture, à l’instar de la serpe et de la hachette, en zone tempérée, deviendrait une arme de répression et de destruction de notre société par notre Force Publique.

Monsieur le Premier Ministre,

A l’allure où se comportent, comme dans une jungle d’animaux sauvages, les agents de la Force Publique, vis à vis des Congolais, les asphyxiant dans les postes de police, leur broyant les membres, pour les rendre paralytiques, sous l’effet de leur pratique brutale et éhontée, au nom d’une logique de travail et des fondements dont ils ont seuls la maîtrise, il faut craindre que ces agents se substituent aux tribunaux congolais.

Peut être qu’un jour, sait-on jamais, par volonté de nuire à la Nation, pourraient-ils se constituer en corps d’Etat qui représenterait l’ensemble des institutions du pays.

Nous voudrions d’un Congo où la justice oppose une barrière invincible aux barbaries de tous ordres dont celles émanant de la Force Publique.

Nous voudrions d’un Congo où aucune once de place ne devrait être faite aux tyrans qui sont en sommeil dans toutes les instances de la République.

Face à ce qui apparait, visiblement, comme une volonté affichée de certains agents de la Force Publique de se situer au dessus des lois et règles de la République, l’Etat de droit que les Congolais appellent de leurs voeux doit sortir de son sommeil qui dure des années, accablé comme du plomb au fond d’un lac, pour s’éveiller.

Monsieur le Premier Ministre,

Si elles sont rendues crédibles, les bestialités du Commissariat de Ngoyo interviendraient à deux moments précis. Vous êtes en déplacement, dans le Kouilou, pour l’inauguration d’un lycée moderne. Une valeur ajoutée pour la culture et l’éducation nationales. Le Président Denis Sassou Nguesso devant, pour sa part, arriver à Pointe Noire pour mettre en service le siège du Port Autonome de Pointe Noire. Une avancée pour l’équipement du pays en infrastructures modernes.

Comment expliquerait-on la concomitance de ces faits.

Sans subir la moindre influence, et dans sa liberté d’action, si jamais ladite affaire du Commissariat de Ngoyo serait exacte, le Procureur de la République, près le Tribunal de Grande Instance de Pointe Noire, devrait procéder à tous les actes nécessaires à la recherche et à la poursuite des infractions à la loi pénale.

Nous en attendrions les conclusions.

Dans l’entre temps, comme je l’ai proposé pour les infortunés du viaduc de Kintélé, les traitements et autres revenus des policiers criminels de Ngoyo seraient alors saisis, dans l’hypothèse de la confirmation des faits, pour être affectés aux soins de leur malheureuse victime.

Veuillez, agréer, Monsieur le Premier Ministre, Chef de Gouvernement, l’expression de ma haute considération.

Ouabari Mariotti

Ancien Garde des Sceaux,

Ministre de la Justice Paris 13 janvier 2022

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