
PARLONS-EN. Au regard de la loi, notamment le décret 80/130 du 06 juin 1988 fixant les conditions d’exercice libéral de la médecine et des professions para- médicales et pharmaceutiques au Congo, de nombreux laboratoires d’analyses médicales sont administrativement, juridiquement et déontologiquement frappés du sceau de L’illégalité.
Cette mauvaise pratique de la biologie médicale humaine, qui se passe sous le nez et la barbe du ministère de la santé, expose, malheureusement, certains patients à des résultats médicaux jugés faux. Tant pis pour les dégâts!
« …Ces laboratoires d’analyses médicales sont… gérés par des représentants incompétents, sans formation adéquate et encouragés par le manque de sanctions », lit-on dans un mini rapport, auquel nous avons eu accès, rédigé par un spécialiste congolais en biologie médicale humaine.
Faut-il noter que le postulant à la pratique de la clientèle privée en matière d’analyses médicales doit remplir les conditions ci -après:
– être de nationalité congolaise;
-être titulaire d’un diplôme d’Etat congolais ou d’un diplôme étranger de valeur scientifique reconnue équivalente;
-être titulaire, pour les médecins ou pharmaciens biologiques, de de 2 Certificats d’études spécialisées (CES) au moins ou de titres reconnus;
– justifier d’une ancienneté d’au moins trois ans dans la profession dans la fonction publique ou dans le secteur privé;
-être inscrit au conseil de l’ Ordre de la profession concernée;
être détenteur d’une autorisation du ministère de la santé…;
-remplir les formalités requises pour l’accès à la profession de commerçant;
-les fonctionnaires civils ou militaires doivent être en outre, soit mis en disponibilité, soit admis à la retraite ou démissionnaires. En ce qui concerne les étrangers, seuls ceux qui exerçaient régulièrement à la date de signature du décret du 06 juin 1988, avaient été autorisés à poursuivre leurs activités…
N’empêche. « Une grande pagaille s’est installée dans le sous secteur de la biologie médicale humaine au Congo », confie, sous ouvert d’anonymat, un professeur de médecine.
Faux réactifs, équipements douteux, mains non expertes, non respect de la distanciation géographique d’un laboratoire à l’autre…, tout y passe. Apparemment, même une vendeuse de cacahuètes peut importer du matériel bio médical de la Chine et ouvrir son laboratoire d’analyses médicales, avec l’appui de faux laborentins, et compter sur ses relations avec certaines entreprises et médecins de grands hôpitaux publics qui lui envoient des patients moyennant commissions.
Il arrive aussi qu’un patient souffrant d’une pathologie bénigne soit contraint par son médecin soignant d’effectuer une longue liste d’examens médicaux, juste pour faire tourner le business du laboratoire afin d’y augmenter ses propres commissions.
Le pire pourrait se produire pour un patient dont les résultats des examens médicaux sont faussés par un faux biologiste médical ou faux réactifs aux origines douteuses. Mameh!
Comment une profession libérale normée par l’Etat devient-elle une affaire des mains peu expertes?
« En attendant un projet de loi sur la biologie médicale, il faut faire appliquer la loi de 1988 », reconnaît, sans sourciller, un cadre du ministère de la santé. Juste des paroles. Puisque le ministère ne prend pas encore la mesure de la gravité de la situation.
À la lecture de la liste des laboratoires informels, dont nous avons obtenu copie,
la situation est gravissime pour que le ministère de la santé agisse tout de suite. Laboratoires, propriété certaines confessions religieuses, laboratoires situés à l’entrée des hôpitaux de référence, laboratoires ayant apparement pignon sur rue à Brazzaville et Pointe-Noire, même un laboratoire ayant récemment acquis l’exclusivité de l’établissement des certificats médicaux au Congo…, sont informels. Aïe!
Pourquoi le ministère de la santé ne met-il pas à la disposition du grand public la liste des laboratoires d’analyses médicales » black listés » afin que chaque patient puisse se faire examiner par un laboratoire régulier et surtout qualifié? Le ver est-il dans le fruit ou le fruit est-il dans le ver?
- Par A.Ndongo
- Journaliste économique et financier.