ECONOMIE. « Nous avons le corridor routier et le port maritime les plus chers d’Afrique Centrale », déplore le président de l’Union patronale et interprofessionnelle du Congo (UNICONGO), Michel Djombo, dans une lettre ouverte adressée aux autorités congolaises que nous reproduisons ci-dessous.
« Lettre ouverte aux pouvoirs publics congolais
Tous les petits écoliers en République du Congo se sont laissés dire des décennies durant que leur pays était un pays de transit. Cela a peut-être été vrai à une époque lointaine mais ce n’est clairement plus le cas aujourd’hui.
Prenons le cas de l’acheminement de marchandises vers la Centrafrique pour illustrer nos propos. En effet, Il fut un temps où les marchandises destinées à Bangui suivaient un itinéraire à travers le port de Pointe-Noire, puis transitaient via le Chemin de Fer Congo – Océan (CFCO) et les voies navigables (les fleuves Congo et Oubangui) jusqu’à leur destination finale.
La particularité de ce corridor résidait dans son coût, bien moins élevé que le parcours routier entre Douala et Bangui. En effet, le transport sur de longues distances via le rail et les voies fluviales est plus économique que par la route, d’autant plus que la parafiscalité sur les routes d’Afrique Centrale fait rapidement grimper les coûts.
Cependant, de nos jours, le corridor Douala – Bangui a totalement surpassé son concurrent congolais, principalement en raison de la décrépitude du maillon crucial qu’est le CFCO. Pourtant, il existe une alternative routière à travers le Congo, en empruntant les routes nationales 1 et 2 pour rejoindre Bangui. Malheureusement, les coûts associés à cette option sont prohibitifs. Il en coûte environ 3 000 000 FCFA pour transporter en camion un conteneur de 20 pieds jusqu’à Bangui via le Cameroun, contre 4 000 000 FCFA via le Congo, rendant ainsi le transit par notre pays quasiment inenvisageable.
Un autre facteur qui a contribué à la perte de compétitivité du Congo par rapport au Cameroun en matière de transit réside dans les frais portuaires au Port Autonome de Pointe-Noire (PAPN). Jusqu’à juin 2023, ces frais, en dehors des droits de douane, s’élevaient à 1 300 000 FCFA en moyenne pour un conteneur de 20 pieds, contre environ 1 000 000 FCFA au Port Autonome de Douala (PAD). Notre port était ainsi environ 30% plus cher.
En juillet, la situation s’est encore détériorée avec l’introduction de nouvelles mesures coûteuses au PAPN, notamment l’installation de nouveaux scanners et un programme de contrôle de conformité (PCEC). Ces services sont facturés respectivement 105 000 FCFA et 98 000 FCFA par conteneur de 20 pieds si l’on considère deux conteneurs par importation (ou par BL). Bien que nous ne remettions pas en question la nécessité de mesures de contrôle au PAPN, il est indéniable que le coût de passage par notre port est passé de 1 300 000 FCFA à 1 503 000 FCFA par conteneur, le rendant désormais 50% plus cher que Douala.
Lorsque tous les coûts sont pris en compte, l’acheminement vers Bangui via Pointe-Noire revient environ 1 500 000 FCFA de plus. Sans oublier la lourde parafiscalité qui se manifeste chez nous sous la forme de multiples points de contrôle (forces de l’ordre, gardes forestiers, douanes, etc.) environ tous les 100 km sur nos routes nationales, un problème qui affecte néanmoins l’ensemble de la sous-région.
Cela n’a de sens économiquement que de transporter des produits à forte valeur ajoutée ou alors des biens qui sont significativement moins chers chez nous par rapport aux pays voisins. Pour preuve, nous constatons que le Congo exporte essentiellement des carburants vers la Centrafrique de nos jours, leurs prix étant subventionnés par l’État.
Une autre conséquence néfaste des coûts exorbitants liés aux corridors congolais est que même nos exploitants forestiers opérant dans le nord du pays se voient contraints d’exporter en majorité via le port de Douala. Ceux qui ne le font pas agissent principalement par patriotisme, car il n’existe guère de justification économique à opter pour cette voie lorsque l’on est situé aux frontières du Cameroun (dans la région de la Sangha) ou de la Centrafrique (dans la région de la Likouala).
Nous avons le corridor routier et le port maritime les plus chers d’Afrique Centrale. Ce fait doit interpeller les pouvoirs publics. Face à cette réalité, nous demandons aux autorités congolaises d’entamer une réflexion approfondie, en collaboration avec les partenaires sociaux et le secteur privé. L’objectif est de rétablir la compétitivité de notre pays et d’explorer les solutions permettant de lui redonner son rôle de plaque tournante du transit en Afrique Centrale. Il est crucial de concilier les objectifs maintes fois exprimés avec les actions
concrètes entreprises.
Le Président d’UNICONGO
Michel DJOMBO«