L’OMC alerte sur les tensions qui secouent le marché mondial des engrais

Conflit dans le détroit d’Ormuz

Les craintes des analystes se confirment : la fermeture du détroit d’Ormuz a de lourdes répercussions sur le commerce mondial des engrais à base d’urée et de phosphate, selon une analyse du Secrétariat de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Les données analysées par l’organisation internationale chargée de régir le commerce mondial entre les pays montrent que la situation qui prévaut dans la région continue de perturber les marchés mondiaux des engrais, alimentant des inquiétudes concernant la sécurité alimentaire.

« Les expéditions d’engrais transitant par le détroit d’Ormuz à destination de pays situés hors du golfe Persique se sont pratiquement arrêtées dès le début du conflit et sont restées proches de zéro depuis lors », fait remarquer l’institution, soulignant qu’une reprise durable des expéditions reste à confirmer.

L’étude montre que le commerce des engrais figure parmi les secteurs les plus touchés par ce conflit. Etant donné que les engrais sont des intrants essentiels à la production agricole, « cette perturbation suscite des inquiétudes quant à une baisse des rendements agricoles, avec des répercussions potentielles sur les prix des denrées alimentaires et la sécurité alimentaire mondiale », alerte l’OMC.

La situation est telle que certaines économies d’Afrique et d’Asie sont particulièrement vulnérables aux pénuries et aux hausses des prix des engrais qui en résultent, constate l’institution qui rappelle que l’azote, le phosphore et le potassium constituent les principaux éléments nutritifs des plantes.

Comme l’explique l’organisation dans son analyse, l’azote favorise la croissance végétative, le phosphore soutient le développement des racines et la reproduction, tandis que le potassium améliore la santé générale des plantes et leur résistance.

L’institution rappelle également que les engrais azotés, phosphatés et potassiques sont indispensables à la production agricole, ce qui explique les inquiétudes suscitées par les perturbations actuelles des approvisionnements.

Les prix de l’urée sont certes presque revenus à leur niveau d’avant-guerre, après avoir fortement augmenté : en avril 2026, ils sont passés d’environ 400 dollars la tonne métrique à plus de 850 dollars, avant de retomber à 453 dollars en juin.

Ceux du phosphate diammonique (DAP) ont également fortement bondi après le début du conflit, passant d’environ 580 dollars à près de 770 dollars la tonne.

L’OMC affirme toutefois que « ces hausses demeurent inférieures aux sommets atteints en 2022 après le déclenchement de la guerre en Ukraine, lorsque l’urée avait brièvement dépassé 900 dollars la tonne, le DAP avait avoisiné les 960 dollars et la potasse avait franchi les 1.200 dollars ».

Le détroit d’Ormuz est une voie essentielle pour le commerce de tous ces produits, sachant que les économies de la région du Golfe assurent 24,8 % des exportations mondiales d’engrais azotés et 11,4 % des exportations d’engrais phosphatés. En revanche, leur présence sur le marché de la potasse est négligeable.

Les données suggèrent que les économies asiatiques absorbent 40 % des exportations d’engrais azotés de la région du Golfe et près de la moitié (48 %) de ses exportations d’engrais phosphatés, indique l’OMC qui souligner que le Maroc figure parmi les principaux exportateurs mondiaux d’engrais phosphatés, aux côtés de la Chine et de la Fédération de Russie.

Pour l’institution, le rétablissement du trafic dans le détroit d’Ormuz « contribuera à atténuer les frictions commerciales et à rétablir la stabilité sur les marchés mondiaux », conclut-elle.

Alain Bouithy

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