Gaza : 71 milliards pour survivre et reconstruire

Après deux ans de guerre à Gaza, l’addition est vertigineuse : 71,4 milliards de dollars seront nécessaires sur dix ans pour relever l’enclave palestinienne, selon un rapport de l’Union européenne, de l’ONU et de la Banque mondiale. L’urgence est immédiate : 26,3 milliards doivent être mobilisés dès les 18 prochains mois pour remettre en marche les services vitaux, rebâtir des infrastructures dévastées et relancer une économie à l’arrêt. Un chantier colossal, à la mesure de l’ampleur des destructions et de la crise humanitaire. Au-delà de l’estimation globale des besoins de reconstruction, le rapport détaille également l’ampleur des destructions causées par le conflit et qui sont estimées à 35,2 milliards de dollars. Les pertes économiques sont évaluées à 22,7 milliards de dollars, ce qui porte le montant total estimé des effets du conflit sur les biens matériels à 57,9 milliards de dollars. Le rapport ne se limite pas aux seules pertes financières globales et précise également les secteurs les plus gravement touchés, notamment le logement, la santé, l’éducation, le commerce et l’agriculture. Près de 372 000 logements ont été détruits ou endommagés, plus de la moitié des hôpitaux sont hors service, la quasi-totalité des écoles ont été détruites ou endommagées, et l’économie à Gaza s’est contractée de 85 %. Logement en tête des priorités de reconstruction Au-delà du constat des destructions, le rapport hiérarchise les besoins de reconstruction par secteur. Le logement arrive en tête avec 16,2 milliards de dollars. Suivent l’agriculture et le système alimentaire (10,5 milliards de dollars), la santé (10 milliards de dollars) ainsi que le commerce et l’industrie (9 milliards de dollars). Ces secteurs représentent ensemble près des trois tiers des besoins totaux de reconstruction et constituent les « priorités les plus urgentes », selon le document. Sur le plan géographique, ce sont les gouvernorats de Gaza et du Nord de Gaza qui ont subi les dégâts les plus importants. Par rapport aux conflits de 2014 et 2021, le niveau de destruction dans la bande de Gaza est d’une ampleur tout à fait différente. Emploi, sécurité alimentaire et services sociaux Si les destructions se concentrent dans certaines zones, le rapport élargit le constat aux effets humains dans l’ensemble de la bande de Gaza. Il met en évidence l’impact catastrophique sur le développement humain dans toute l’enclave palestinienne, dont le retard est estimé à 77 ans. Environ 1,9 million de personnes ont été déplacées, souvent à plusieurs reprises, et plus de 60 % de la population a perdu son logement. Près des trois quarts de la population active de Gaza avant le conflit ont perdu leur emploi, ce qui a entraîné un taux d’emploi de 9,3 %. Cette situation, combinée aux pertes d’emploi en Cisjordanie, a entraîné une baisse de treize points de pourcentage du taux combiné pour la Cisjordanie et Gaza, le plaçant parmi les plus bas de la base de données de la Banque mondiale. Face à l’effondrement de l’emploi, le document détaille les priorités immédiates de relèvement. La lutte contre l’insécurité alimentaire, les besoins en matière de protection sociale, les questions d’accès au logement, la reprise de l’éducation, ainsi que le soutien en santé mentale et psychosocial aux populations font ainsi partie des besoins à court terme. Nécessité d’un accès humanitaire sans entrave Le rapport identifie aussi plusieurs autres urgences immédiates, notamment la reprise des services de base tels que la santé, l’eau, l’assainissement et l’hygiène (WASH) et le déblaiement des décombres. Les coûts de déblaiement et de gestion de plus de 68 millions de tonnes de débris s’élèvent à eux seuls à plus de 1,7 milliard de dollars. Ces priorités opérationnelles immédiates supposent toutefois des conditions sécuritaires et humanitaires minimales. Selon l’ONU et ses partenaires, un cessez-le-feu durable et une sécurité adéquate constituent des conditions minimales. « Un accès humanitaire sans entrave doit être le fondement du relèvement », insiste le rapport, relevant que la libre circulation des personnes et des biens à l’intérieur et entre Gaza et la Cisjordanie sont essentiels. « La communauté internationale doit mobiliser des ressources de manière ciblée, séquentielle et coordonnée, et tous les obstacles au déploiement de l’expertise et des équipements doivent être levés rapidement », conclut le rapport. ONU
Les forêts du bassin du Congo recèlent un potentiel inexploité qui se chiffre en milliers de milliards de dollars : un nouveau rapport préconise des investissements stratégiques

Le bassin du Congo, qui abrite la deuxième plus grande forêt tropicale humide au monde, revêt une importance capitale pour les six pays qu’il traverse mais également pour la planète. Selon un nouveau rapport de la Banque mondiale, les forêts de la région sont non seulement essentielles à la stabilité du climat et à la biodiversité, mais aussi un pilier de la résilience économique. La valeur des services écosystémiques forestiers a presque doublé en seulement deux décennies, passant de 590 milliards de dollars en 2000 à 1 150 milliards de dollars en 2020. Sur la même période, la valeur totale des actifs forestiers a grimpé de 11 400 milliards de dollars à 23 200 milliards de dollars. D’après le rapport, la gestion et la conservation des forêts ainsi que la disponibilité des données varient considérablement à travers la région. Des pays comme le Gabon et la République du Congo se distinguent en intégrant la durabilité des forêts dans leurs plans de développement nationaux, et en affichant des taux de déforestation relativement faibles ainsi que des indicateurs d’un forte biodiversité. Le Cameroun et la Guinée équatoriale sont en train de renforcer leur gouvernance forestière et d’expérimenter des politiques qui prennent en considération la valeur des écosystèmes. De leur côté, la République démocratique du Congo et la République centrafricaine font face à des pressions complexes, notamment une croissance démographique rapide et une exploitation forestière, minière et agricole informelle, qui menacent la résilience des écosystèmes forestiers. Le nouveau rapport intitulé Bassin du Congo, comptes écosystémiques forestiers et recommandations politiques, qui vient compléter un ensemble de rapports nationaux, offre un aperçu de la manière dont les forêts peuvent être pleinement intégrées dans la planification macroéconomique afin de soutenir la diversification économique et les stratégies de financement climatique. Ses conclusions montrent qu’il est possible de tirer parti du secteur forestier pour créer de nouvelles opportunités, qu’il s’agisse de l’écotourisme communautaire, de la surveillance des forêts, de la transformation et valorisation des produits forestiers non ligneux ou du financement climatique basé sur les résultats. Soit autant de perspectives qui font évoluer le discours sur le développement vers la durabilité et la résilience à long terme. « Pour la première fois, les pays du bassin du Congo ont élaboré une comptabilité exhaustive des écosystèmes forestiers qui montre la valeur réelle de leurs richesses naturelles, souligne Ousmane Diagana, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du centre. Si elles sont gérées de manière durable, ces forêts peuvent devenir de puissants moteurs du développement durable, contribuant à créer des emplois, à soutenir une croissance climato-intelligente et à renforcer les économies locales. » Le rapport met en évidence un profond déséquilibre : les forêts du bassin du Congo génèrent plus de 1 000 milliards de dollars en services écosystémiques mondiaux, dont plus de 90 % proviennent de la régulation du climat, contre seulement 8 milliards de dollars de gains nationaux en 2020, provenant principalement du bois, de la viande de brousse, des produits alimentaires de la forêt et de l’écotourisme. « Nous ne pouvons gérer que ce que nous pouvons compter. C’est pourquoi la comptabilité des écosystèmes forestiers du bassin du Congo sera essentielle pour permettre aux pays de valoriser pleinement leurs forêts au service du développement et de l’emploi, déclare Valerie Hickey, directrice du pôle Changement climatique de la Banque mondiale. Sans compter qu’elle pourra également les aider à promouvoir les nombreux avantages de leurs activités de conservation pour le reste du monde. » BM
Matières premières critiques : Les restrictions à l’exportation se multiplient dans le monde

Les restrictions à l’exportation de matières premières critiques se généralisent, souligne l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans un récent rapport intitulé «OECD Inventory of Export Restrictions on Industrial Raw Materials». La tendance a connu une forte accélération en 2023, selon l’OCDE Selon l’organisation intergouvernementale d’études économiques, les nouvelles données montrent qu’elles se multiplient à travers le monde, «alors que la demande s’envole dans le sillage des transitions écologique et numérique et en réaction à l’inquiétude grandissante pour la sécurité économique». D’après le document couvrant la période allant jusqu’à fin 2023, Ie nombre de matières premières industrielles soumises à au moins une restriction à l’exportation a plus que quintuplé depuis 2009. Les données recueillies montrent que «cette tendance a connu une forte accélération en 2023, où plus de 500 nouveaux produits minéraux bruts sont venus allonger la liste», note l’OCDE précisant que c’est plus du double par rapport à 2022 et près de trois fois plus qu’en 2021. Le Secrétaire général de l’OCDE, Mathias Cormann, s’inquiète de cette généralisation des restrictions à l’exportation des matières premières critiques. Selon lui, cette tendance «peut faire grimper les prix et le risque de perturbation dans les chaînes d’approvisionnement, au détriment de la croissance mondiale, de l’expansion des énergies renouvelables et de la transformation numérique», explique-t-il. De l’avis de l’organisation, cette évolution cadre avec celle, plus générale, du paysage mondial marqué par la montée des tensions géopolitiques et de la concurrence stratégique. «Alors que l’invasion russe de l’Ukraine menée en 2022 a provoqué une flambée des prix des matières premières et de l’énergie, les Etats se montrent désormais plus autoritaires dans la gestion des ressources critiques, en accordant une place croissante aux restrictions à l’exportation », fait-elle remarquer. D’après l’OCDE, près de 94 % des mesures de ce type mises en place en 2023 l’ont été par sept pays seulement (Chine, Vietnam, Burundi, Russie, République démocratique du Congo, Zimbabwe et République démocratique populaire lao). Dans son rapport, il a également été constaté que les restrictions continuent de frapper en premier lieu les déchets et débris, généralement en raison des préoccupations environnementales et de l’intérêt grandissant pour les chaînes d’approvisionnement circulaires. Le constat est qu’elles se multiplient aussi à l’encontre des minerais et minéraux, en particulier de ceux qui interviennent à l’aval des chaînes d’approvisionnement critiques. Le cobalt et les terres rares particulièrement touchés L’OCDE en veut pour preuve : « Entre 2021 et 2023, la part des échanges mondiaux de matières premières industrielles hors déchets et débris frappés par au moins une restriction à l’exportation s’est élevée à 14%. Le cobalt et les terres rares ont été particulièrement touchés, avec respectivement 67% et 46% des échanges concernés». De l’avis des auteurs dudit rapport, si les taxes et les obligations de licence restent les plus communément utilisées, on assiste ces dernières années à une montée en flèche des restrictions de nature quantitative, comme les interdictions d’exporter et les quotas. L’OCDE note à ce propos que les interdictions d’exporter progressent toujours plus depuis 2019, « ce qui témoigne d’une volonté accrue des pouvoirs publics de préserver la valeur à l’intérieur des frontières », estime-t-elle. Mathias Cormann rappelle toutefois qu’une base factuelle unique en son genre, fournie par l’organisation, « permet de suivre l’évolution de ces restrictions et de mettre en évidence les solutions moins restrictives à l’appui de la sécurité de l’offre et des objectifs de développement des nations riches en ressources». Il est important de noter que l’édition 2025 du rapport de l’OCDE «donne aux responsables publics et autres parties prenantes des points de repère essentiels pour trouver des moyens moins restrictifs de sécuriser la satisfaction des besoins des pays importateurs tout en réalisant les objectifs de développement des nations riches en ressources», affirme l’organisation. En outre, le document fournit de précieuses données, actualisées chaque année, sur le périmètre, le type et l’évolution des restrictions à l’exportation recensées pour 65 matières premières industrielles et 82 pays producteurs, assure-t-elle. Alain Bouithy
TotalEnergies publie son rapport Sustainability & Climate 2025 et renforce ses objectifs de baisse d’émissions

À l’occasion de la publication du rapport Sustainability & Climate – 2025 Progress Report, TotalEnergies présente les avancées sur sa stratégie de transition. Ce rapport vient compléter le rapport de durabilité qui sera intégré au Document d’Enregistrement Universel en application de la CSRD. TotalEnergies récolte, en 2024, les fruits de sa stratégie multi-énergies intégrée et équilibrée Cette stratégie, conciliant croissance rentable et développement durable, est ancrée sur deux piliers : les hydrocarbures, notamment le GNL, et l’électricité, notamment renouvelable, énergie au cœur de la transition. Elle démontre cette année encore toute sa pertinence, TotalEnergies continuant à être, pour la troisième année consécutive, la major la plus rentable avec un ROACE de 14,8%, tout en étant celle qui investit le plus dans la transition énergétique avec près de 5 milliards de dollars investis en 2024 dans les énergies bas carbone, majoritairement dans l’électricité et les renouvelables. Dans les hydrocarbures, TotalEnergies continue de développer et produire du pétrole et du gaz de manière responsable grâce à son portefeuille à point mort bas et à faibles émissions, ce qu’illustrent de nouveau en 2024 ses performances en termes de baisses des émissions : Baisse des émissions de gaz à effet de serre sur les installations Oil & Gas opérées (Scope 1+2 – 100%) de 36% en 2024 par rapport à 2015 Diminution de l’intensité carbone Scope 1+2 du portefeuille Oil & Gas Amont à 17 kg CO2e/bep, en amélioration continue depuis 2020 Dépassement avec un an d’avance de l’objectif 2025 de réduction des émissions de méthane (- 55 % par rapport à 2020, contre un objectif de – 50 % précédemment), déjà parmi les plus faibles du secteur. Dans le gaz, énergie de transition qui pallie l’intermittence des énergies renouvelables dans la production d’électricité et constitue une alternative vertueuse pour les pays utilisant du charbon pour leur production d’électricité, la Compagnie estime que ses ventes de GNL ont contribué à ce que ses clients évitent environ 65 Mt d’émissions de CO2e en 2024. Convaincu que le partage des technologies et de bonnes pratiques est essentiel pour faire évoluer l’ensemble du secteur, TotalEnergies contribue également très activement à l’Oil & Gas Decarbonization Charter (OGDC) depuis sa création fin 2023. Cette initiative d’ampleur rassemble à présent 55 compagnies nationales et internationales représentant près de 45 % de la production mondiale de pétrole et de gaz, qui œuvrent ensemble à la réduction des émissions de GES de l’industrie, notamment de méthane. Dans l’électricité, TotalEnergies continue de construire un modèle rentable différencié qui deviendra un des moteurs de génération de cash de la Compagnie. En 2024, TotalEnergies a ainsi investi 4 milliards de dollars dans Integrated Power, augmenté sa production nette de 23%, et franchi le cap des 10% d’électricité dans son mix de ventes. Cette croissance a contribué à réduire l’intensité carbone cycle de vie des produits énergétiques vendus de 16,5% en 2024 par rapport à 2015, dépassant l’objectif initialement fixé à -14%. En 2025, TotalEnergies maintient le cap et renforce de nouveau ses objectifs de réduction des émissions Forte de ces résultats, TotalEnergies maintient le cap de sa stratégie et est devenue la société la plus engagée dans la transition énergétique parmi les Majors. La Compagnie a décidé de renforcer ses objectifs de baisse des émissions pour 2025 : Émissions de méthane sur les installations opérées (100%) : nouvel objectif 2025 de -60% en 2025 vs 2020 (contre -50% précédemment), accompagné du déploiement de moyens de détection en continu des émissions sur tous les sites amont opérés Émissions de Scope 1+2 sur les installations opérées (100%) : < 37 Mt CO2e en 2025 (contre < 38 Mt précédemment) Intensité carbone cycle de vie des produits énergétiques vendus : -17% en 2025 vs 2015 (contre -15% précédemment). Présentation du rapport à 14h00 (heure de Paris) Le rapport Sustainability & Climate – 2025 Progress Report fera l’objet d’une présentation en ligne ce jour par M. Aurélien Hamelle, directeur général Strategy & Sustainability, et Mme Namita Shah, directrice générale OneTech. La présentation sera suivie d’une session de questions-réponses. L’évènement sera retransmis en direct sur le site totalenergies.com à partir de 14h00 (heure de Paris). La présentation ainsi que le rapport seront accessibles sur le site.
La croissance mondiale restera modérée dans un contexte d’incertitude persistante, selon un rapport de l’ONU

La croissance économique mondiale devrait se maintenir à 2,8 % en 2025, comme en 2024, selon un rapport des Nations Unies publié jeudi. D’après ce rapport intitulé Situation et perspectives de l’économie mondiale 2025, si l’économie mondiale a fait preuve de résilience en résistant à une série de bouleversements qui se renforcent mutuellement, la croissance reste inférieure à la moyenne de 3,2 % avant pandémie, en raison du manque d’investissement, de la faible croissance de la productivité et des niveaux d’endettement élevés. Le rapport souligne que la baisse de l’inflation et l’assouplissement monétaire dont bénéficient actuellement de nombreuses économies pourraient donner un léger coup de pouce à l’activité économique mondiale en 2025. Cependant, l’incertitude demeure, avec des risques liés aux conflits géopolitiques, aux tensions commerciales croissantes et aux coûts d’emprunt élevés dans de nombreuses régions du monde. Ces défis sont particulièrement lourds pour les pays à faible revenu et les pays vulnérables, où une croissance insuffisante et fragile menace de compromettre encore davantage la réalisation des objectifs de développement durable (ODD). « Les pays ne peuvent ignorer ces risques. Dans notre économie interconnectée, les bouleversements qui se produisent à une extrémité du monde font grimper les prix à l’autre extrémité. Chaque pays est concerné et doit faire partie de la solution, sur la base des progrès accomplis », a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, dans l’avant-propos du rapport. Perspectives économiques régionales La croissance des États-Unis devrait ralentir pour passer de 2,8 % en 2024 à 1,9 % en 2025, en raison du ralentissement du marché du travail et de la baisse des dépenses de consommation. L’Europe devrait connaître une reprise modeste, avec une croissance du PIB passant de 0,9 % en 2024 à 1,3 % en 2025, soutenue par une baisse de l’inflation et des marchés du travail résistants, bien que le resserrement budgétaire et les défis à long terme, notamment la faible croissance de la productivité et le vieillissement de la population, continuent de peser sur les perspectives économiques. L’Asie de l’Est devrait connaître une croissance de 4,7 % en 2025, tirée par la Chine qui prévoit une croissance stable de 4,8 %, soutenue par une forte consommation privée dans toute la région. L’Asie du Sud devrait rester la région à la croissance la plus rapide, avec une croissance du PIB prévue de 5,7 % en 2025, poussée par la solide expansion de l’Inde (6,6 %). La croissance en Afrique devrait augmenter légèrement pour passer de 3,4 % en 2024 à 3,7 % en 2025, grâce à la reprise de grandes économies comme l’Égypte, le Nigéria et l’Afrique du Sud. Toutefois, les conflits, l’augmentation des coûts du service de la dette, le manque de perspectives d’emploi et la gravité croissante des effets du changement climatique pèsent sur les perspectives de l’Afrique. Rebond du commerce et assouplissement monétaire Le commerce mondial devrait croître de 3,2 % en 2025, après un rebond de 3,4 % en 2024, grâce à l’amélioration des exportations de produits manufacturés en provenance d’Asie et à la vigueur du commerce des services. Toutefois, les tensions commerciales, les politiques protectionnistes et les incertitudes géopolitiques sont des risques qui pèsent lourdement sur les perspectives. L’inflation mondiale devrait baisser de 4 % en 2024 à 3,4 % en 2025, ce qui devrait soulager les ménages et les entreprises. Les principales banques centrales devraient continuer à réduire leurs taux d’intérêt en 2025 à mesure que les pressions inflationnistes continueront de s’atténuer. Si elle continuera de ralentir, l’inflation dans de nombreux pays en développement devrait rester supérieure aux moyennes historiques récentes, et un pays sur cinq devrait enregistrer des pourcentages à deux chiffres en 2025. Menaces liées au poids du service de la dette Pour les économies en développement, l’assouplissement des conditions financières mondiales pourrait contribuer à réduire les coûts d’emprunt, mais l’accès aux capitaux reste inégal. Beaucoup de pays à faible revenu continuent à se heurter à un service de la dette élevé et à un accès limité au financement international. Le rapport souligne que les gouvernements devraient profiter de la marge de manœuvre budgétaire créée par l’assouplissement monétaire pour donner la priorité aux investissements dans le développement durable, en particulier dans les secteurs sociaux essentiels. Malgré l’atténuation de l’inflation mondiale, l’inflation alimentaire demeure élevée, près de la moitié des pays en développement enregistrant des taux supérieurs à 5 % en 2024. Cette situation a aggravé l’insécurité alimentaire dans les pays à faible revenu déjà confrontés à des phénomènes météorologiques extrêmes, à des conflits et à l’instabilité économique. Le rapport avertit que la persistance de l’inflation alimentaire, associée à une croissance économique lente, pourrait faire basculer des millions de personnes dans la pauvreté. Minéraux critiques : une occasion pour accélérer le développement durable Le rapport souligne le potentiel des minéraux critiques tels que le lithium, le cobalt et les terres rares pour la transition énergétique, ainsi que pour accélérer la réalisation des objectifs de développement durable dans de nombreux pays. Pour les pays en développement riches en ressources, l’augmentation de la demande mondiale de minéraux critiques représente une occasion unique de stimuler la croissance, de créer des emplois et d’augmenter les recettes publiques pour investir dans le développement durable. Toutefois, le rapport avertit que ces opportunités s’accompagnent de risques importants. Une mauvaise gouvernance, des pratiques de travail dangereuses, la dégradation de l’environnement et une dépendance excessive à l’égard des marchés volatils des matières premières pourraient exacerber les inégalités, nuire aux écosystèmes et compromettre les bénéfices du développement à long terme. Appel à une action multilatérale audacieuse Le rapport appelle à une action multilatérale audacieuse pour faire face aux crises interconnectées de la dette, des inégalités et du changement climatique. L’assouplissement monétaire ne suffira pas à lui seul à relancer la croissance mondiale ou à combler les disparités croissantes. Les gouvernements doivent éviter les politiques fiscales trop restrictives et se concentrer sur la mobilisation des investissements dans les énergies propres, les infrastructures et les secteurs sociaux essentiels tels que la santé et l’éducation. Une coopération internationale plus forte est
Nouveau rapport de la Banque mondiale : croissance économique en Tunisie et perspectives pour son système fiscal

L’économie tunisienne a enregistré une croissance de 0,6 % au premier semestre 2024, marquant une légère amélioration par rapport à 2023, selon la dernière édition du rapport sur la conjoncture économique de la Banque mondiale. Des signes encourageants apparaissent, notamment une amélioration du solde extérieur et une réduction de l’inflation. Parallèlement, si le secteur agricole montre des signes de reprise, d’autres secteurs clés, dont le pétrole et le gaz, l’habillement et la construction, continuent rencontrer des obstacles. Le rapport intitulé « Équité et efficience du système fiscal tunisien » prévoit une croissance de 1,2 % pour 2024. Cette performance intervient dans un contexte de ralentissement de la croissance économique au cours de la dernière décennie, marqué par des taux d’investissement et d’épargne modérés. Le rapport insiste sur la nécessité d’augmenter les investissements pour soutenir la croissance et renforcer la concurrence. Les énergies renouvelables font figure de secteur dynamique où les investissements et la concurrence progressent, avec la mise en œuvre d’un ambitieux programme tunisien prévoyant la construction de 500 mégawatts de capacité via des projets solaires dans les régions de Kairouan, Sidi Bouzid et Tozeur. De plus, le gouvernement prévoit 1.700 mégawatts supplémentaires d’ici 2026, visant à porter la part des énergies renouvelables à 17 % du mix électrique et ainsi économiser 1 million de tonnes d’équivalent pétrole en importations de gaz, soit environ 30 % des importations totales de gaz en 2023. La Tunisie est aussi parvenue à contenir son déficit courant, principalement grâce à une amélioration des termes de l’échange, dont la baisse des coûts d’importation d’énergie et la hausse des prix à l’exportation de l’huile d’olive, en plus du rebond du secteur touristique. Le déficit commercial a baissé de 3,4 % sur les neuf premiers mois de 2024 par rapport à l’année précédente, représentant désormais 7,8 % du PIB, contre 8,8 % en 2023. L’inflation est tombée à 6,7 % en septembre 2024, son niveau le plus bas depuis janvier 2022, tandis que l’inflation alimentaire reste stable à 9,2 %. La Tunisie s’oriente de plus en plus vers des sources de financement internes, la dette intérieure étant passée de 29,7 % de la dette publique totale en 2019 à 51,7 % en août 2024. Cette tendance oriente une part croissante des financements des banques vers les besoins du gouvernement et les éloigne du reste de l’économie. Elle présente également des défis pour la monnaie et la stabilité des prix. La seconde partie du rapport examine le système fiscal tunisien, soulignant l’importance d’un meilleur équilibre entre la fiscalité sur le travail et celle sur le capital pour promouvoir une approche plus équitable. Actuellement, la charge fiscale sur le travail, y compris les importantes cotisations sociales, même pour les personnes à faible revenu, peut encourager l’informalité, freiner l’embauche et limiter les salaires. Le rapport recommande aussi davantage de transparence au sein du système fiscal pour renforcer l’équité et la responsabilité. L’instauration d’une taxe foncière annuelle et l’augmentation des taxes sur les carburants en 2023 ont constitué des mesures positives, et un rééquilibrage de la structure fiscale et un renforcement de la taxe carbone contribueraient à un cadre économique plus stable et durable. « Malgré des défis persistants, l’économie tunisienne continue de faire preuve de résilience, et de nouvelles opportunités se présentent, souligne Alexandre Arrobbio, responsable des opérations de la Banque mondiale pour la Tunisie. La Banque mondiale reste déterminée à soutenir la Tunisie à relever les défis soulignés dans le rapport, en particulier pour soutenir la croissance et le développement du secteur privé. » BM
Selon un nouveau rapport, l’action climatique est essentielle à l’ambition du Sénégal de devenir un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure

Un nouveau rapport du Groupe de la Banque mondiale met en lumière les retombées économiques et sociales considérables de l’action climatique au Sénégal dans le cadre de la mise en œuvre de son plan de développement Vision 2050. Le nouveau Rapport national sur le climat et le développement (CCDR) pour le Sénégal souligne le coût de l’inaction climatique et avertit que sans adaptation, les effets du changement climatique pourraient réduire le PIB du Sénégal de 9,4 % d’ici 2050. À l’inverse, l’action climatique peut inverser ces impacts, en particulier pour les plus vulnérables, et stimuler la croissance. Les investissements nécessaires à l’action climatique sont estimés à 1,36 milliard de dollars par an jusqu’en 2030 et à 530 millions de dollars par an entre 2031 et 2050. À elle seule, l’adaptation pourrait accroître le PIB du Sénégal d’au moins 2 % d’ici 2030 et réduire la pauvreté induite par le climat de 40 %. « L’action climatique est plus qu’une réponse aux défis environnementaux ; c’est investir dans la prospérité et la résilience du Sénégal », explique Keiko Miwa, directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Sénégal. « Grâce à ces initiatives transformatrices, le Sénégal peut renforcer son capital humain, protéger ses écosystèmes et bâtir une économie robuste et durable pour tous, soutenant une croissance à long terme et conforme à la vision du pays. » Le rapport recense les principales priorités pour lutter contre le changement climatique tout en maximisant les gains en matière de développement : Développer les énergies renouvelables et les transports durables pour atténuer le changement climatique, réduire les coûts de l’électricité, améliorer la santé publique et créer des emplois. En s’appuyant sur le nouveau système de transport rapide par bus (BRT) électrique de Dakar, le Sénégal peut réduire davantage la pollution atmosphérique, améliorer la mobilité et stimuler la productivité urbaine. Améliorer la gestion des ressources naturelles pour favoriser une activité économique résiliente et protéger les moyens de subsistance, en donnant la priorité à la résilience côtière. Plus de la moitié de la population du Sénégal et les deux tiers du PIB sont concentrés dans des zones très vulnérables aux risques climatiques. Promouvoir une agriculture climato-intelligente pour aider les agriculteurs à s’adapter au changement climatique, protéger la biodiversité et assurer la sécurité alimentaire tout en diversifiant le secteur et en augmentant la production. Ceci peut permettre d’augmenter les rendements agricoles de 20 % et les revenus des agriculteurs de 26 %. Renforcer la gestion des risques de catastrophe afin de réduire les coûts socioéconomiques des phénomènes météorologiques extrêmes grâce à des systèmes d’alerte précoce, à une planification coordonnée et au financement des risques de catastrophe afin d’aider les communautés à mieux se préparer et répondre aux catastrophes. Investir pour doter les jeunes et les femmes de compétences et de filets de santé et de protection sociale adaptatifs afin d’atténuer la menace à long terme du changement climatique et de réduire les inégalités de revenus. Créer un environnement propice au développement et au financement de solutions climatiques par le secteur privé. Au moins 40 % des financements nécessaires à l’action climatique devront provenir d’investissements privés. L’alignement des prix du carbone, le renforcement du secteur financier national et l’expérimentation d’instruments financiers innovants tels que les obligations et les prêts liés à la durabilité peuvent soutenir cet effort. « Le secteur privé peut jouer un rôle central dans le renforcement de la résilience climatique et du développement durable au Sénégal », souligne Olivier Buyoya, directeur régional d’IFC pour l’Afrique de l’Ouest. « L’apport d’un soutien réglementaire et financier à l’adaptation au changement climatique peut permettre aux entreprises d’intégrer des mesures d’adaptation au changement climatique, d’établir des normes de résilience et de promouvoir des pratiques durables. En outre, des produits financiers adaptés tels que des prêts à faible taux d’intérêt, des garanties de crédit et des allégements fiscaux et subventions ciblés peuvent aider les entreprises à investir dans des infrastructures essentielles résilientes au climat. Le rapport appelle à des investissements stratégiques et à des réformes des politiques pour mobiliser des ressources et créer un environnement propice à l’action climatique. La participation du secteur privé et la mobilisation de diverses sources de financement sont des étapes essentielles pour atteindre les objectifs climatiques et de développement du Sénégal. BM
Des options de politiques pour promouvoir la conservation des forêts et optimiser les recettes fiscales du Gabon : rapport de la Banque mondiale

Publiée (lundi 14 octobre, Dnr) par la Banque mondiale, la Note de conjoncture économique du Gabon 2024 présente des réformes qui permettraient au pays d’optimiser les recettes fiscales tout en développant le potentiel de croissance verte de son industrie du bois. Intitulé ‘Concevoir des politiques fiscales pour une gestion durable des forêts’, ce rapport présente, une analyse de l’évolution économique récente et des perspectives pour l’économie gabonaise, suivie d’une exploration détaillée du rôle des instruments fiscaux dans la promotion de la gestion durable des forêts et de la croissance économique, le thème spécial choisi pour cette édition. Le Gabon a connu une croissance plus faible en 2023, estimée à 2,4 %, en raison de perturbations des transports qui ont impacté l’exploitation du bois et du manganèse. À la suite de résultats électoraux contestés à la fin du mois d’août, un changement de régime pacifique a inauguré une période de transition politique, les nouvelles autorités annonçant leur intention de s’engager sur la voie du renforcement des institutions, d’une meilleure gouvernance et de la transparence des finances publiques, afin de créer davantage d’emplois et d’améliorer les conditions de vie pour les populations. Le rapport note que la position fiscale du pays s’est légèrement détériorée en 2023. Pour répondre à des besoins sociaux élevés et combler les lacunes de longue date en matière d’infrastructures, le gouvernement a augmenté les dépenses publiques en renforçant les mesures de soutien social et les investissements dans les services publics. Dans le même temps, la collecte des recettes fiscales a augmenté, mais à un rythme plus lent. Combinées à la hausse des taux d’intérêt, ces pressions sur les dépenses ont entraîné une augmentation de la dette publique. Pour l’avenir, le rapport souligne l’importance d’accélérer les réformes et de mettre en place des contrôles pour assurer des dépenses publiques plus efficaces et un meilleur recouvrement des recettes, pour permettre au Gabon de continuer à améliorer les conditions de vie sans compromettre la viabilité de ses finances publiques. Cette quatrième édition de la Note de conjoncture économique du Gabon affirme que, bien que le Gabon doive recevoir un soutien international adéquat pour les services climatiques essentiels fournis par ses forêts, les politiques fiscales peuvent servir comme un outil complémentaire pour promouvoir les objectifs économiques et en matière de conservation des forêts. « Grâce à des efforts de conservation dévoués, le Gabon a réussi à développer une industrie du bois locale florissante qui respecte les normes de production et de certification durables. Cette réalisation positionne le Gabon comme un pionnier et un modèle d’inspiration pour toute la région. » a constaté Aissatou Diallo, représentante résidente de la Banque mondiale au Gabon. Le rapport indique qu’un fort potentiel de croissance existe encore dans le secteur forestier. L’industrie du bois est devenue un acteur majeur de l’économie. Elle est la première source d’emplois privés formels et représentait 3,2 % du PIB et 6 % des exportations en 2023. Le secteur forestier a également gagné en importance pour les finances publiques, contribuant à hauteur de 41,9 milliards de francs CFA au budget de l’Etat en 2023, soit l’équivalent de 0,3 % du PIB et près de quatre fois plus qu’en 2016. Le rapport souligne l’importance des réformes en cours telles que la révision du code forestier et la mise en place d’un système de traçabilité numérique du bois pour lutter contre l’exploitation illégale. Sonia Barbara Ondo Ndong, co-auteur du rapport, souligne que « ces réformes pourraient intégrer des politiques fiscales visant à générer davantage de recettes publiques tout en promouvant davantage les objectifs de conservation du pays. » Selon Erick Tjong, co-auteur du rapport, « les politiques fiscales pour le secteur forestier pourraient faire partie d’une stratégie plus large visant à aligner les objectifs économiques et environnementaux, en augmentant les recettes de l’État tout en promouvant la création d’emploi et une plus grande valeur ajoutée dans une industrie du bois durable. » BM